Arequipa, au milieu des volcans

Mais qu’est-ce-que c’est que cette idée de vouloir absolument construire des villes à côté de volcans actifs ? On était déjà perplexe à Auckland, on a continué à s’étonner au Chili, et maintenant nous découvrons Arequipa, 2ème ville du Pérou, après 10 heures de bus (grand confort, soit dit en passant, merci Cruz del Sur), au milieu d’immenses volcans !

Oui, Arequipa, qui compte tout de même 1 million d’habitants et beaucoup moins haute que Cusco (seulement 2350m) est gentiment gardée ou menacée (ça dépend du point de vue) par trois volcans spectaculaires, El Misti à 5825m, Pichu Pichu à 5664m et Chachani à 6075m. De fait, des tremblements de terre secouent régulièrement la région, et le dernier majeur, datant de 2001, a occasionné de sérieux dégâts dans la ville. Pour autant, l’architecture tient bon et on trouve toujours de magnifiques bâtiments en sillar, une roche volcanique de couleur claire, utilisée pour de nombreuses constructions.

· QUARTIER DU CENTRE

Après une nouvelle arrivée matinale (6h du matin) suite à un bus de nuit de 10h au départ de Cusco, nous voilà fraîchement arrivés et sans possibilité d’early check-in. Le rêve d’une bonne douche s’écroulant, nous nous mettons en quête d’un café pour petit-déjeuner. Première surprise, nous avons beau être dans l’hypercentre, nous mettons un peu de temps à trouver le lieu tant recherché, et finissons dans un bon café à touristes sur la place d’Armes, mais avec une vue imprenable sur ladite place et sur l’immense cathédrale.

Avec l’envie de profiter au maximum des quelques jours qui nous restent, nous partons à la découverte de la ville, ou du moins du centre. La cathédrale bien sûr, mais aussi les charmantes rues pavées du centre, qui se révèlent parfois moins charmantes tant les pierres sont glissantes et l’incontournable Monasterio de Santa Catalina. Une fois n’est pas coutume, nous sommes les premiers touristes à entrer dans le monastère, comme quoi arriver à 6h du matin, ça ouvre des opportunités. Claudia, jeune péruvienne, qui maitrise parfaitement le français nous sert de guide dans cette ville dans la ville. Elle nous fait découvrir le cloître des novices où des jeunes filles de 12 ans arrivaient et vivaient cloîtrées jusqu’à 16 ans, sans pouvoir parler si ce n’est pour réciter leurs prières. Il faut savoir que les familles payaient cher pour qu’elles rejoignent le monastère, que ce n’était pas par vocation mais plutôt par rang de naissance, la deuxième fille devant rejoindre la vie religieuse, et qu’il n’était pas question de quitter le monastère sous peine de jeter le déshonneur sur toute la famille. Après ces quatre difficiles années consacrées au travail (couture notamment) et à la prière, les novices devenaient des sœurs, et gagnaient beaucoup en liberté. Elles intégraient alors le cloître des orangers, et vivaient dans une maison individuelle ou parfois partagée avec quelques sœurs (des membres de leur famille) et avaient quatre servantes par maison pour s’occuper de tout le quotidien. La maison reflétait souvent le niveau de richesse de la famille et il est donc aisé de comprendre que ce monastère était réservé à une certaine élite. Pour notre part, c’est le premier monastère que nous visitons avec ce mode de vie individuel et où nous découvrons de la porcelaine de Limoges, cadeau de famille que les sœurs utilisaient quand elles recevaient d’autres sœurs. A un certain moment, la vie communautaire fut obligatoire à Santa Catalina, et fut alors créé une grande cuisine, un réfectoire et un dortoir pour 80 sœurs, quant aux servantes, cela n’était plus d’actualité. On peut imaginer que ce changement n’a pas dû être simple pour les sœurs qui avaient connu la vie en maison individuelle… Le dortoir a désormais laissé la place à un musée où sont exposées de nombreuses toiles religieuses de l’école cusqueña (de Cusco), que nous avons enfin eu le droit de prendre en photos.

Après cette passionnante visite, nous avons pu récupérer notre chambre à l’hostel et profiter d’une bonne douche chaude, toujours sympa après un bus de nuit. Regonflés, nous sommes partis vers le restaurant le ZigZag dont le menu paraissait alléchant. Outre l’accueil et le charmant escalier Eiffel qui mène à l’étage, nous nous sommes pourléchés les babines du menu des Andes : excellente salade de crudités locales avec vinaigrette balsamique (on avait presque oublié le goût du balsamique), trio de viandes (bœuf, porc et alpaca) sur plaque volcanique accompagné de ses pommes de terre locales (au moins 4 sortes), glace de lucuma (goût proche de la datte), verre de chicha morada (breuvage sans alcool fabriqué avec du maïs violet et des épices). Que du bonheur !

Repus, nous nous sommes promenés dans les ruelles d’Arequipa, toujours conquis par les bâtiments coloniaux, les nombreuses églises, les feria artisanales, et bien sûr pas de visite de ville sans passage au marché. Achats de quelques fruits (on ne se lasse pas des granadillas et des petites bananes tellement goûtues), d’un peu de pain, et d’un mélange de fruits secs à des prix défiant toute concurrence.

Dîner dans un restaurant (Los Leños) supposé faire les meilleures pizzas d’Arequipa, et effectivement délicieuses, avant de vite rejoindre notre chambre pour préparer nos affaires et dormir avant nos deux derniers jours de treck dans le canyon de Colca, dont le départ est annoncé à 3h du matin.

· JUANITA, « LA JEUNE FILLE DES GLACES »

Nous n’avons pas intégré le musée Santuarios Andinos dans notre visite, un peu fatigués et manquant de motivation pour une fois. Mais nous avons bien aimé l’histoire de cette découverte que tout arequipeño est capable de vous raconter.

En 1992, un alpiniste péruvien, Miguel Zarate, alors qu’il menait une excursion pensa découvrir un ancien site funéraire au sommet du Nevado Ampato (6288m). En 1995, il persuada l’archéologue-alpiniste Johan Reinhard de l’accompagner. Les éruptions récentes du volcan voisin, le Sabancaya, avait fait fondre la neige, mettant le site à nu, en quelque sorte. Ils découvrirent ainsi une statue et des offrandes, et plus bas la momie d’une jeune inca dont la sépulture avait glissé le long de la montagne lors de la fonte de la glace.

Grâce aux températures très froides, le corps avait été conservé pendant plus de 500 ans. Manifestement cette fillette, âgée de 12 à 14 ans, avait été sacrifiée au sommet du volcan. Les Incas considéraient les volcans comme des dieux, capables de catastrophes et qu’il fallait apaiser par des sacrifices humains. Voici l’histoire de Juanita, la jeune fille des glaces, sachant qu’elle n’est pas seule, puisque plus de 20 victimes de sacrifices incas ont été découvertes sur différents sommets andins depuis les années 1950.

· QUARTIER DE YANAHUARA

Nous avions rencontré lors de notre visite de la Vallée Sacrée près de Cusco, Sonia, une française vivant à Arequipa avec Kenneth, son compagnon péruvien. Comme souvent, nous avions profité des précieux conseils de Sonia, car les locaux nous permettent toujours de découvrir des facettes plus authentiques de leur ville.

Cette fois, nous avions notamment demandé des conseils gastronomiques à Sonia (dont le ZigZag faisait partie), et en l’occurrence une bonne picanteria pour aller déguster quelques plats typiques dont peut-être le fameux cuy chactado (prononcé couille, et cuit sous des pierres chaudes), autrement dit du cochon d’Inde.

Nous voici donc à La Capitana, une picanteria recommandée par Sonia, où nous nous retrouvons tous les quatre. Nous nous empressons bien sûr de commander un cuy (qui se veut tout de même un plat luxueux au Pérou, plutôt consommé pour des occasions spéciales) et un rocota relleno (gros piment rouge farci de viande et accompagné de pastel de papa), tout cela arrosé de chicha (bière de maïs fermenté). Nous en profitons pour échanger sur la vie à Arequipa et pour donner à Sonia quelques affaires que nous décidons de laisser au Pérou, convaincus que des Péruviens en auront plus d’utilité que nous, une fois rentrés.

Nous faisons une dernière balade dans le joli quartier de Yanahuara jusqu’au mirador du même nom pour aller admirer ces menaçants mais magnifiques volcans qui entourent la ville. Kenneth et Sonia proposent alors de nous faire goûter quelques douceurs. Plus vraiment habitués à prendre un dessert, nous sautons sur l’occasion de consommer un peu de sucre. Nous nous posons donc sur des bancs près de deux « abuelas » qui préparent des picarones, comprendre des beignets qu’elles arrosent de miel. Les quelques graines d’anis qu’elles ajoutent à la pâte leurs donnent un goût vraiment agréable, et plus subtil. Mathieu ne recule pas ensuite devant l’envie de tester le queso helado que l’on trouve à tous les coins de rue, sorte de fromage blanc sucré et glacé. Un vrai régal culinaire cette dernière journée à Arequipa. Encore une fois, rien de mieux que de découvrir avec les gens du cru, muchas gracias Sonia y Kenneth.

2 réflexions sur “Arequipa, au milieu des volcans

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s