Machupicchu via le trek du Salkantay

Quand on voyage longtemps dans le monde et que l’on n’a pas lu tous les guides avant de partir, il faut de temps en temps se plonger dans le guide du pays suivant alors que l’on n’y est pas encore. C’est ainsi que l’on a découvert, stupéfaits, que l’Inca Trek, le célèbre trek de 5 jours qui mène au Machupicchu par le chemin de l’Inca se réservait entre 6 mois et 1 an à l’avance et moyennant une somme non négligeable. Un peu sceptiques, nous démarrons une étude de marché à distance, à coup de demandes de devis à de nombreuses agences.

On vous passe les nombreux échanges. Une conclusion se dégage cependant : 1) les agences nous confirment que l’Inca Trek est déjà booké jusqu’au mois d’octobre (soit 6 mois plus tard), 2) que des treks alternatifs qui mènent au Machupicchu existent, et le trek du Salkantay nous apparaît comme la meilleure alternative pour nous. Grâce à Zoe et Andy que nous rencontrons dans le salar d’Uyuni, nous optons pour l’agence Salkantay trekking pour effectuer le trek en question. C’est ainsi qu’après une courte journée à Cusco, nous suivons le brief de Salkantay trekking le soir même de notre arrivée, et que nous nous préparons à partir, essayant de profiter au maximum de nos deux dernières semaines de voyage.

· De Cusco (3350m) à Soraypampa (3920m) : rituel chamanique sous la pluie

Réveil 3h du matin, ramassage des futurs randonneurs, direction Mollepata à 2900m pour un petit-déjeuner tous ensemble (après 3h de route), avant de rejoindre Challacancha à 3600m, point de départ de notre trek. Nous retrouvons sur place Juan Estrada, notre muletier, qui nous attend avec 5 mules pour porter le ravitaillement des 3 prochains jours et nos sacs prêtés par Salkantay, et contenant maximum 7kg. Cela nous permet de ne porter que nos affaires pour la journée. Un vrai luxe, que nous apprécions, et que nous payons bien sûr !

La première journée ressemble un peu à une phase d’échauffement et de test de la condition de chaque participant. Nous découvrons notre guide Henri, mais qui se fera appeler Jerry, un habitué de la montagne et de la gestion des groupes, qui met tout de suite en place un esprit d’équipe. « One team, one dream », « All for one, one for all »…. De nombreuses pauses émaillent nos trois premières heures de marche, et nous comprenons que cela lui permet de jauger le groupe, de s’assurer que chacun reprend son souffle et ne souffre pas du mal des montagnes, et bien sûr de nous donner de nombreuses informations sur les paysages, la faune et la flore que nous découvrons.

Les discussions vont bon train au sein de notre petit groupe de 7 personnes, aussi multiculturel que bavard : Tung, le vietnamien avec ses 90 pays déjà au compteur ; Dinakar, un indien vivant aux US ; Carole et Patrick, nos voisins suisses de Lausanne ; Henry, notre teddy bear anglais qui corrige nos fautes et notre prononciation. Une association prometteuse.

Notre matinée ensoleillée où nous avons serpenté le long de la vallée nous conduit après 300m de dénivelé positif au camp où nous attend un copieux déjeuner (qui nous laisse présager du meilleur pour la suite), ainsi que nos « bulles » pour la nuit, sorte d’igloo transparent où nous pouvons nous reposer en regardant le ciel étoilé.

Mais il nous reste encore une après-midi d’échauffement, une « ballade » vers le lac Humantay, où nous allons avec deux chamans pour s’assurer à la mode locale que tout se passe bien pendant le trek. Malheureusement une pluie incessante accompagnera toute notre ascension vers le lac, et nous arrivons devant le très joli lac émeraude, trempés, et les pieds plein de boue. Nous pratiquons de bon cœur le rituel que les chamans nous proposent, avec la traduction de Jerry, et Mathieu se voit même confier la tâche de transporter la pierre qu’il voulait offrir pour le rituel, en haut de la passe de Salkantay, où il devra la déposer. Il est alors rassuré de ne pas avoir choisi une pierre plus lourde…

Après la cérémonie, nous redescendons dans le chemin qui se transforme peu à peu en bain de boue, et nous nous dépêchons pour changer de vêtements, mettre les vêtements mouillés à sécher, et surtout nos Goretex qui ont été mises à rude épreuve. Heureusement l’organisation de Salkantay trekking nous remet très vite d’excellente humeur : un goûter avec popcorn, boissons chaudes et petits gâteaux nous attend, avec un dîner aussi copieux et délicieux que le déjeuner. Après quelques jeux de carte, discussions et fous rires, nous avons terminé autour d’un feu de bois pour brûler avec les chamans l’ensemble des offrandes faites pendant le rituel, afin que la Pachamama nous protège ! On peut aller dormir serein, sous les étoiles.

· La passe du Salkantay sous la neige

Au lever matinal (5h), nous sommes réveillés avec une tasse de maté de coca et nous avons le privilège de voir le Salkantay face à nous, qui culmine à 6264m.  Aujourd’hui une longue journée nous attend : 22km, 700m de dénivelé positif et technique, 1700m de dénivelé négatif… Nous partons dès l’aube pour les 3 heures de marche qui nous attendent jusqu’à la fameuse passe du Salkantay. Le groupe suit bien et la solidarité est naturelle. Jerry nous propose son rituel d’oxygénation : des feuilles de muña, arrosées de sa potion magique, que nous inhalons afin de nous dégager les voies respiratoires. Nous commençons tous à être addicts, surtout Patrick, qui en redemande ! On ne saura jamais si c’est la muña ou les 10 mois de voyage, mais la montée se passe pour le mieux. Un maté de coca et un snack nous attendent à la passe, comme dirait Tung, c’est ça le service 5 étoiles : « you pay for what you get ». Seul point noir, la vue sur le Salkantay est désormais plutôt bouchée, et nous nous retrouvons même sous la neige qui commence à tomber. Nous décidons donc de repartir sans tarder et deux heures de descente plus tard, nous sommes contents de retrouver notre cuisinier pour une halte déjeuner vraiment attendue.

Entre la journée de la veille et l’après-midi, le paysage a considérablement changé. D’un côté, nous étions dans un paysage plutôt aride et rocailleux avec le mont Salktantay face à nous, et là nous pénétrons peu à peu dans la jungle péruvienne, tout en étant encore en altitude, c’est vraiment surprenant ! De plus en plus de fleurs bordent le chemin, et les montagnes devant nous sont vraiment verdoyantes, ça nous rappellerait presque le début de notre trek dans les Annapurnas. Le soleil nous réchauffe et le moral est au top… jusqu’à ce que 15 minutes avant l’arrivée à notre camp, la pluie se remette à tomber. La perspective d’une nuit en tente sous la pluie nous plombe un peu le moral, mais c’était sans compter sur le jeu de jambes de Jerry. Nous arrivons dans un petit village à 2900m, Chaullay, où nous logeons chez des habitants et où nous découvrons nos tentes posées au 1er étage d’une habitation, sous une toiture. Nous serons donc au sec cette nuit ! Après une séance de stretching tous ensemble, un apéro et encore un super dîner, nous plongeons dans nos tentes pour une nuit réparatrice.

· La journée revigorante

Encore un lever matinal, mais cette fois pour la bonne cause. 900m de dénivelé négatif et 6 heures de marche nous attendent, mais avec des pauses très sympas, au milieu des vergers de fruits exotiques : granadilla (fruits de la passion très sucrés), petites bananes, avocats, tomates d’arbre… Tung et Mathieu font un concours de celui qui achètera le plus de granadillas, mais Tung, notre Marry Poppins vietnamienne, prend le dessus ! Désormais, il peut nous proposer à chaque pause : Snickers, bonbons à la coca, cacahuètes, barres de céréales, mais aussi granadillas…

Après une descente dans la jungle de plus en plus dense, où nous suivons le cours d’eau et traversons les nombreuses cascades, nous arrivons à playa Sahuaycco à 2064m pour le déjeuner. L’ambiance touristique, et les nombreux groupes de trek ne nous plaisent pas vraiment, mais nous partons vite, sous l’autorité de Jerry, vers les thermes. Nous évitons ainsi la foule des trekkeurs, et profitons « en famille » de notre après-midi de ressourcement. Au programme, stretching dans les bains chauds, concours d’apnée, discussions et douches froides pour éliminer les toxines. Nous sortons tous revigorés et motivés pour l’apéro du soir, et notre désormais jeu de cartes rituel « the shit head »… La météo étant enfin avec nous, le ciel étoilé est absolument splendide, et laisse présager d’une magnifique journée à venir.

· La journée la plus longue

Aujourd’hui Tung décide de s’économiser et de ne pas marcher avec nous pour pouvoir profiter pleinement du Machupicchu le lendemain. Cela nous met un petit coup au moral car le groupe est très soudé mais nous comprenons son choix et le respectons. Nous nous mettons rapidement en route, mais pas assez rapidement au goût de Jerry, qui, nous le savons désormais, aime bien être devant !

Nous entamons alors une ascension de 300m de dénivelé, assez abrupte, sous le soleil et dans la chaleur tropicale. Cela change des derniers jours. Lorsque nous arrivons au point culminant, nous découvrons alors des ruines incas, desquelles nous apercevons pour la première fois le site du Machupicchu, de quoi nous clouer le bec !

Après ce superbe panorama, il faut de nouveau redescendre. Carole enfile sa genouillère et Dinakar ferme la marche, toujours attentif à ne pas en laisser un à la traîne. C’est à ça que ressemble notre petite famille. Après quelques douleurs la veille, les thermes ont manifestement fait des miracles pour le genou de Charlotte qui descend au pas de course. Quand à Henry, il survole… Nous arrivons enfin à Hidroelectrica, le point incontournable pour rentrer dans la vallée qui permet d’accéder au Machupicchu. Bien sûr, nous sommes là pour marcher. Pas question donc de prendre le train jusqu’à Aguas Calientes, nous allons donc marcher le long des rails comme de nombreuses autres personnes, par le seul passage qui permet de pénétrer dans cette vallée, en suivant une profonde gorge, et nous apercevons à nouveau le Machupicchu de temps à autres, qui trône au-dessus de nous.

Après cette journée finalement assez intense de 9h de marche, nous arrivons enfin dans la ville d’Aguas Calientes, totalement consacrée au tourisme, puisque point de passage incontournable pour aller au Machupicchu. Après 4 jours dans la nature, cela nous semble un peu surréaliste. Restaurants, boutiques, hôtels, bars, marchés foisonnent et le train entre carrément dans la ville. Nous décidons de célébrer notre arrivée avec un happy hour au Pisco Sour avant un copieux repas au restaurant. Jerry nous explique les options pour la journée du lendemain : marche jusqu’à l’entrée de Machupicchu (1h30, de nuit pour être dans les premiers à entrer sur le site) ou prendre le bus afin de s’économiser et de profiter plutôt du site. D’emblée, nous sommes tous d’accord pour être sur le site dès l’ouverture (dès 6h) et nous optons pour la même option que Jerry : prendre le 1er bus, ce qui nous vaut un rdv à 3h45 dans le hall d’hôtel. Il est donc grand temps d’aller se coucher !

· L’apothéose du trek au Machupicchu

Le réveil à 3h20 pique un peu. La « sticky family », comme nous avons baptisé le groupe, est prête à 3h45 et nous sommes vraiment dans les premiers à faire la queue pour le bus. Nous nous asseyons sur le trottoir et organisons des rotations pour aller acheter de l’eau, café ou thé, pique-nique pour le déjeuner, passage aux toilettes… Très vite, nous nous félicitons de nous être levés tôt tant la queue a pris des proportions démesurées, et s’étend déjà jusqu’à très haut dans la rue. Nous prenons donc le 1er bus et faisons ainsi partis des premiers à entrer sur le site de Machupicchu. Jerry, toujours à fond, nous a clairement briefés : « pas d’arrêt photos, vous me suivez, on fonce au meilleur point de vue pour profiter d’une vue sans personne sur le site ». Nous nous mettons donc en mode commando et montons rapidement vers un point culminant de la zone agricole pour profiter de cette vue magique sur Machupicchu. 1er moment suspendu !

On a souvent parlé dans le blog de ces lieux dont on a tant entendu parler et qu’on a largement vus en photos, et de notre inquiétude d’être un peu déçu en le découvrant en vrai. Pas de ça non plus avec Machupicchu. Le site est grandiose. Toutes les photos que l’on peut voir ne dévoilent pas l’incroyable cirque de montagnes qui entourent le site, qui donnent un sentiment de puissance et de grandeur.

La citadelle inca du XVème siècle se présente majestueuse face à nous, avec tout son mystère, puisque, comme à l’île de Pâques, ce ne sont que des hypothèses que font les archéologues sur les raisons de sa construction. De manière classique, on pense que Machupicchu était un centre administratif, politique et religieux. D’après des théories plus récentes, il se pourrait que ce soit plutôt un domaine royal, bâti par Pachacutec, roi dont les conquêtes ont largement contribué à l’étendue de l’Empire inca. Quoiqu’il en soit, on sait que des sentiers (les chemins de l’inca) reliaient Machupicchu à Cusco, et à de nombreux autres sites, ce qui en faisait vraisemblablement un centre d’échanges entre les régions de l’Amazonie et de la cordillère et qu’au maximum 500 personnes y vivaient. On retrouve l’incroyable savoir-faire inca : des constructions avec des blocs de pierre polie assemblés sans mortier, sans qu’une aiguille puisse passer dans le moindre interstice. Bon, en cherchant bien, on peut trouver des passages, mais ça donne l’idée générale… Les Incas ont nivelé le site pour le rendre habitable puisqu’on se situe tout de même au sommet d’une montagne, et entre 2 autres sommets : le Huayna Picchu et le mont Machupicchu. Ils ont acheminé l’eau depuis des cours d’eau d’altitude grâce à un système de canalisation qu’ils maitrisaient parfaitement. Ils ont construit leurs fameuses terrasses pour pouvoir cultiver du maïs, des pommes de terre et de la coca, notamment.  Leur système d’irrigation permettait à la fois d’arroser les cultures, mais aussi de canaliser les précipitations. Ce qui semble faire à peu près consensus, c’est que Machupicchu devait être un important centre cérémoniel aux vues du travail de la pierre et des ornements.

Ce qui en fait la splendeur et le mystère, c’est que les conquistadors ne l’ont jamais découvert. Quelques aventuriers y seraient passé au XIXème siècle, mais c’est l’historien américain Hiram Bingham, qui découvra Machupicchu en 1911, guidé par des habitants, puisque 4 familles quechuas vivaient alors sur Machupicchu où ils utilisaient les anciennes terrasses incas, très pratiques et bien pensées, pour leurs propres cultures. Pour les passionnés, le récit de sa découverte a été publié en français sous le titre : La Fabuleuse Découverte de la cité perdue des Incas. Nous avons vu quelques clichés de l’époque et le site était recouvert de végétation lors de sa découverte. Il a été largement dégagé mais n’en reste pas moins un immense labyrinthe où il est finalement assez agréable de se perdre pour admirer les différents bâtiments : lieux d’habitation, temples, place sacrée, bains cérémoniels, tombeau royal, temple du soleil, tour d’archéologie avec un pilier sculpté qui permettait de prédire les solstices (informations fondamentales pour les cultures), maisons des prêtres… Il faut juste éviter de trop se perdre, au risque de devoir redescendre intégralement le site jusqu’à l’entrée et de devoir recommencer. Quant aux envies pressantes, mieux vaut oublier, car il faut carrément ressortir du site ! Les Incas étaient vraiment bons en construction, mais la logistique actuelle laisse à désirer !

Pour notre part, après deux heures de visites guidées sur le site avec Jerry, nous avons dit au revoir à Jerry et à Dinakar et Tung, avant de partir à l’assaut du mont Machupicchu avec Carole et Patrick. Apparemment inquiets de ne pas avoir assez marché, nous avions réservé l’ascension du mont, pour la modique somme de 25$ par personne, et avec uniquement deux créneaux horaires pour y accéder. Soyons honnête : avec l’altitude, la chaleur et la fatigue des derniers jours, Charlotte a bien cru ne pas arriver au bout de cette ascension pourtant courte (1h20) mais particulièrement intense. Heureusement le spectacle au sommet récompense largement de l’effort fourni. La vue est tout simplement grandiose !

Lorsque nous avons eu le sentiment d’être vraiment repus après plus de 8 heures sur le site, nous avons repris un bus jusqu’à Aguas Calientes, puis un train jusqu’à Ollantaytambo, puis un minibus jusqu’à Cusco, puis un taxi jusqu’à notre hôtel, et nous avons enfin plongé dans notre lit vers minuit, exténués et ravis.

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