Cusco, le nombril du monde Inca

Quand nous sommes arrivés à 5h du matin à Cusco après une nouvelle nuit en bus, il faisait nuit et nous n’avions qu’une hâte rejoindre notre hôtel et prendre une douche… Notre hôtel était perché sur les hauteurs de Cusco et nous avons découvert une magnifique vue au lever du soleil sur le puma de Cusco, puisque la ville aurait été construite dans la forme d’un de leurs trois animaux fétiches. De quoi nous donner envie de partir à la découverte de la ville, sans oublier que nous avions besoin de finaliser nos démarches pour partir en trek dès le lendemain.

Nous avons tout de suite été bluffés par la richesse historique de la ville, et nous avons compris, en même temps, à quel point nous venions d’arriver dans un haut lieu touristique : rabatteurs à tous les coins de rue pour massages, treks ou restaurants, en alternance avec des boutiques très chics de vêtements en laine d’alpaca, dont les prix défient l’entendement (sauf pour les Américains apparemment…)

Comme l’agence de trek était encore fermée, vu notre arrivée plus que matinale. Nous avons décidé de profiter pour découvrir le centre, et les églises qui ont justement l’avantage d’être ouvertes tôt le matin.

· LA CREATION DU NOMBRIL DU MONDE

Vous découvrirez le mythe de la création de Cusco dans notre article Mythes incas, mais histoire de comprendre l’origine du nom de la ville, il nous semblait bon de rappeler qu’au XIIème siècle le premier inca Manco Capac avait reçu comme mission par Inti, le dieu Soleil, de découvrir l’endroit où il pourrait enfoncer un bâton d’or dans le sol, jusqu’à ce qu’il disparaisse et que ce serait à cet endroit qu’il fonderait la première cité inca, à savoir Qosq’o en quechua, le nombril du monde.

Ensuite, c’est surtout le neuvième roi inca, Pachacutec de son nom petit nom, qui donna la célèbre forme de puma à la ville, et qui fit construire plusieurs sites que l’on peut encore admirer aujourd’hui ou que l’on peut imaginer sous les églises construites par les conquistadors sur les sites incas…

· LA PERIODE INCA : QORIKANCHA & SACSAYHUAMAN

Qorikancha est un site majeur de Cusco, et fait un peu l’impression du Colisée à Rome quand on y arrive, non pas pour la taille mais pour son incroyable situation au cœur de la ville. Encore une fois, il a servi de fondation pour une église coloniale le couvent de Santo Domingo, et l’on y trouve plus que les murs et les fondations, mais grâce aux maquettes, on arrive à se faire une bonne idée de ce qu’avait dû être ce site à la période inca. Plus difficile à imaginer, ce sont les 700 feuilles d’or qui recouvraient les murs. Qorikancha était à la fois un site de cérémonies avec des temples dédiés au Soleil, à la Lune, aux étoiles, à la foudre et aux arcs-en-ciel, mais aussi (et comme souvent dans l’Empire inca) un observatoire d’où les prêtes surveillaient les mouvements des astres.

Pour nous, ce fut la première découverte de l’extraordinaire maçonnerie inca, avec ses pierres parfaitement taillées et ajustées, et dont la construction prenait même en compte des ajustements pour parer aux séismes (courants dans la région). Et on avoue qu’on n’imaginait pas du tout trouver cela en plein milieu de Cusco. Mais nous n’étions au bout de nos découvertes, puisque le site de Sacsayhuaman dans la périphérie de Cusco, sur les hauteurs, est encore plus vaste. Encore une fois les Espagnols s’en sont largement servis pour construire leurs propres demeures, mais pour une fois on n’y trouve pas d’église, ni de couvent. C’était sûrement un peu trop grand. On y trouve d’impressionnantes formations en zigzag qui représentent les 22 dents du puma. Outre le symbolisme, c’était surtout un excellent mécanisme de défense. C’était une citadelle-forteresse, avec une garnison et tout ce qu’il fallait pour qu’on puisse y vivre, se nourrir, dormir, et on retrouve donc les grands classiques incas : château d’eau, terrasses agricoles, temples, trône de l’inca, voies d’irrigation…

· LA PERIODE ESPAGNOLE : EGLISES & BATIMENTS COLONIAUX

En 1532 arriva Francisco Pizarro que les Incas n’avaient pas vraiment vu arriver, trop occupés par leur propre guerre civile entre les deux frères incas, Huascar et Atahulpa. Au moment de l’arrivée des espagnols, Atahulpa venait de capturer son frère à l’extérieur de Cusco. La tête ailleurs, il se fit prendre par les espagnols qui en profitèrent pour tuer quelques milliers d’incas, et malgré la somme d’or proposé par Atahulpa, Pizarro décida quand même d’exécuter Atahualpa après plusieurs mois de captivité.

Ils pillèrent et colonisèrent la ville, utilisant l’or et l’argent jusqu’à plus soif ou jusque ce qu’il n’y ait plus de place pour de nouvelles églises. C’est ainsi que la plupart des bâtiments coloniaux ont été construits sur d’anciens sites incas, car non contents de les avoir pillés, il fallait apparemment aussi les faire disparaître pour assoir la culture espagnole et surtout la foi catholique…

Alors certes, ce n’est pas joli, joli, mais on ne peut pas nier que les Espagnols ont laissé de très jolis bâtiments, dont la superbe plaza des armas, entourée des magnifiques arcades coloniales et de nombreuses églises dont l’imposante cathédrale, elle-même encadrée par l’église Jesus Maria et El Triunfo, et plus loin l’église de la Compañia de Jesus dont la visite est très intéressante avec son incroyable façade baroque et le plus grand autel du pays. On peut aussi y profiter d’une magnifique vue de haut sur la place et d’une vue d’en bas sur les anciennes fondations incas du palais de Huayna Capac, le dernier inca qui régna sur un empire unifié (puisqu’il eut l’idée bizarre de diviser ensuite son Empire entre ses deux-fils qui se sont finalement entretués pour le pouvoir, Huascar et Atahualpa). La cathédrale a suivi le même schéma puisqu’elle se situe sur l’ancien palais de Viracocha, et qu’elle a été construite avec des pierres récupérées sur le site inca de Sacsayhuaman. D’immenses peintures de l’école de Cusco y trônent, témoins étranges de la combinaison des styles européens et de l’imagination des indigènes. C’est ainsi que la Vierge Marie portent souvent une jupe en forme de montagne, avec une rivière en guise d’ourlet, ce qui l’identifie à la Pachamama, ou que l’on découvre sur la table de la Cène, un cochon d’Inde rôti, plat typiquement andin ! Il y a aussi un Jésus avec une jupe qui représente pour eux le Señor de los Temblores (Seigneur des Tremblements de terre). Amusant syncrétisme.

De nombreuses ruelles et rues pavées partent de la plaza de armas, et s’y promener tout simplement est vraiment très agréable. On a aimé l’atmosphère de la ville et même les rabatteurs donnent une touche sympathique, quand on n’est pas trop fatigué bien sûr. Les réveils matinaux pour les différentes excursions nous ont aussi permis de voir la vie nocturne de Cusco qui vit finalement autant le jour que la nuit. Lorsque l’on se promène, on peut passer de place en place, ou découvrir en s’aventurant dans des cours intérieurs de magnifiques patios entourés de superbes balcons, demeures privées, hôtels de charme, restaurants ou musées.

Nos errances nous ont menés jusqu’à l’Iglesia San Francisco, qui est aussi depuis 2 ans un musée impressionnant. On y trouve un magnifique et très grand couvent franciscain avec toutes les pièces habituelles (bibliothèque, réfectoire, cuisine, dortoirs, salle d’écriture…), une crypte originale avec des ossements humains (rappel du caractère éphémère de la vie apparemment), et d’immenses peintures de l’école de Cusco dont paraît-il la plus grande d’Amérique du Sud, de 9m sur 12m, présentant un arbre généalogique de l’ordre franciscain.

· MUSEE INKA POUR S’Y RETROUVER

Les musées ne manquent pas à Cusco et comme nous étions enfin sortis de la malédiction bolivienne où tous les musées étaient fermés lors de nos passages, nous avons donc dû choisir tant l’offre est abondante. D’après nos lectures, le musée Inka semblait sortir du lot, et surtout nous semblait vraiment pertinent pour mieux appréhender la culture inca avant de se rendre sur les sites majeurs. Nous n’avons pas été déçus. Le musée est aussi agréable qu’intéressant et cela nous a effectivement permis de nous y retrouver entre civilisation pré-inca (car la culture inca est finalement assez récente), culture inca, et culture hispanique. Une très bonne entrée en matière avant Machu Picchu et la Vallée Sacrée. On recommande.

· MERCADO SAN PEDRO POUR SE POSER

Après toutes ces nourritures intellectuelles et spirituelles, il est important de ne pas oublier les nourritures terriennes. Sur le conseil de Fred, nous voilà au Mercado San Pedro, le grand marché de Cusco pour un déjeuner réconfortant et certainement le moins cher de notre voyage au Pérou, avec son incontournable soupe au quinoa, suivi d’une milanesa de poulet, accompagnée de tarwin (purée faite à partir des pois de lupins…), une première absolument délicieuse. Tout cela pour la modique somme de 1,7€ ! Autant dire que ça donne envie de revenir et que l’on en a aussi profité pour roder dans ce magnifique marché, avant d’être pris dans une procession qui sortait de l’église juste à côté. Après notre immersion dans l’histoire, retour au moment présent !

En synthèse, Cusco mérite bien son statut de capitale inca, la capitale archéologique du continent sud-américain, une capitale cosmopolite, hyper attachante, et vraiment magnifique. Autant dire qu’on peut y passer plusieurs jours sans s’y ennuyer et qu’au-delà des visites, il est très agréable de prendre le temps de flâner, de trouver son café préféré pour se poser, de tester un massage inca après un trek ou de profiter de l’un des excellents restaurants que recèle la ville, à alterner avec une plongée plus typique dans les étals du marché pour un maté, un repas ou un excellent jus de fruit. Cusco, cusque c’est beau !

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