Lac Titicaca

Tout le monde a forcément un jour entendu parlé du lac Titicaca, fierté d’Amérique du Sud, et source de bien des légendes, le lac Titicaca est le plus grand lac navigable d’altitude du monde. Il aurait donc été impensable que nous n’y fassions pas étape lors de notre périple. Nous avons donc rejoint les berges du lac Titicaca à Copacabana, du même nom que son homologue brésilien, mais bien plus tranquille et authentique. Afin d’apprécier au mieux l’énergie qui émane de ce lieu hautement spirituel pour ses indigènes, nous avons décidé d’aller passer une nuit et journée complète sur l’Isla del Sol (île du soleil) a à peine 1h30 de navigation. Cette île d’à peine quelques kilomètres de long et quelques centaines de mètres de large se dresse fièrement au milieu du lac Titicaca.

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· LA HAUT TOUT LA HAUT C’EST LE TEMPLE DU SOLEIL

Après avoir abordé, nous avons rejoint notre auberge, « templo del sol » (temple du soleil) située au sommet de l’île, nous voulions une vue imprenable, c’est chose faite, nous voilà à arpenter la montée plus que raide avec toutes nos affaires, backpack et sac à dos en ventral. Il est en général assez rare que nous marchions longtemps avec toutes nos affaires, la plupart du temps, nous élisons domicile dans un hôtel et nous déplaçons ensuite plus léger avec seulement nos petits sacs ou lors de rando plus conséquente avec le gros sac allégé, le reste des affaires restant en pension à l’hôtel. Mais cette fois-ci, c’était avec la totale, le tout en plein soleil à presque 4000m, alors même s’il n’y a que 200m de dénivelé, avec un peu plus de 25kg sur le dos, on a rapidement le souffle court… Nous demandons notre chemin aux habitants qui indéfiniment nous répondent « Arriba », « mas arriba », «alli arriba » (en haut, plus haut, tout en haut). Nous arrivons finalement dans notre auberge, qui domine l’île et à défaut de grand confort, nous offre une vue fantastique sur les 2 versants de l’île.

Nous profitons d’une belle éclaircie pour aller admirer l’île depuis deux jolis points de vue. Les lumières du soleil couchant donnent une ambiance un peu mystique, notamment sur le deuxième point de vue où se dresse un autel inca, toujours utilisé pour les offrandes. Au loin, le ciel est bien plombé et l’on voit des éclairs, tandis que de l’autre côté les nuages découvrent enfin les sommets enneigés qui encerclent le Titicaca. Cette météo surréaliste nous offre un jeu de lumières fantastiques, mais nous nous pressons de rejoindre notre auberge, avant que la pluie arrive.

Nous nous dirigeons vers le petit restaurant, Pachamama, juste en face de notre hostel, en compagnie de Fred, jeune Suisse rencontré un peu plus tôt sur le bateau qui lui aussi choisira notre auberge et avec qui nous passerons de très bons moments. Ce resto, tenu par la même famille que l’auberge proposait un repas complet : sopa de quinoa, trucha a la plancha et postre con bebida caliente (soupe de quinoa, truite à la plancha et dessert avec boisson chaude) pour un prix défiant toute concurrence, à peine 4€ avec le patron aussi timide que souriant. De quoi nous réchauffer un peu, car bien qu’il fasse très bon en journée, les orages sont plus que réguliers et refroidissent sacrément l’atmosphère. En regagnant notre chambre, nous avons la mauvaise surprise de trouver la fenêtre ouverte qui bien que fermée avant notre départ s’est rouverte pendant l’orage avec le vent, et nous laisse une chambre glacée pour dormir, le chauffage n’existant pas dans l’auberge… Mathieu qui pensait se réchauffer avec une douche chaude a en fait pris une douche à un peu moins de 20°C, le tout dans une pièce à peine au-dessus de 0°C, on fait mieux pour se réchauffer ! Heureusement, la couette en duvet du lit nous procurera un sommeil réparateur et nous bénissons à nouveau nos achats d’avant-départ : ah les sous-vêtements en mérinos, ça réchauffe jusqu’à l’os !

· RENDEZ-VOUS EN TERRE INTERDITE

Lors de notre passage sur l’Isla del Sol, quelques tensions entre le village du Nord et le village du Sud ont impliqué une fermeture du passage Nord-Sud pour les touristes, rien de bien méchant, mais comme toujours des histoires de sous : les taxes pour entrer sur l’île profiteraient seulement aux habitants du Sud, les Nordiques ont donc décidé de ne plus laisser passer les touristes du Sud vers le Nord. Mais en bon français que nous sommes, nous aimons bien contourner les règles, nous avons donc repéré un autre chemin qui contourne la crête et après quelques traversées des petits bourgs longeant la côte, nous sommes arrivés 200m derrière la zone de contrôle et avons pu continuer vers le Nord pour avoir une vue globale de l’île. Nous sommes allés jusqu’au point culminant de l’île, accompagnés de notre nouveau compagnon, que nous avons nommé Brigand, un des chiens errants de l’île, avant de rentrer par les crêtes pour rejoindre notre auberge, prendre notre déjeuner, récupérer nos sacs et redescendre vers le port. En chemin nous avons pu constater un phénomène qui ressemblait à s’y méprendre à deux début de tornades, une première pour nous ! 2h plus tard, nous appontions à Copacabana pour y passer la nuit dans un hôtel un peu plus haut de gamme que d’habitude pour compenser la nuit précédente. Une bonne douche et un vrai lit avec vue sur le lac, le luxe à l’état pur!

· COPACABANA

Après une nuit fort réparatrice dans notre chambre deluxe (30m2 ce n’est pas tous les jours), mais bon marché, nous avons voulu visiter les îles flottantes : îles flottantes en roseau où vivaient les autochtones autrefois et qui servaient de port de pêche et d’élevage à poisson. Aujourd’hui, plus touristique qu’authentiques, les îles flottantes sont en fait des pontons de bois soutenus par des grands cubes de polystyrène recouverts de joncs (totora) pour faire plus authentiques avec des cases en totora où l’on peut venir se poser pour déguster quelques truites d’élevage. Nous avons passé notre tour pour la dégustation, mais avons profité des lieux forts paisibles en compagnie de 2 autres couples que nous avions ralliés pour partager les frais de l’excursion, les uns français et les autres chiliens.

Une fois retournés sur le sol ferme, nous sommes partis manger, ou plutôt essayer, car notre première tentative fut une catastrophe, la nourriture étant immangeable, nous sommes revenus sur un bon basique, le restaurant de la veille au soir, à peine plus cher mais mangeable et même très bon, El Fogon de la Cabana !

Nous sommes ensuite allés visiter la cathédrale de Copacabana qui recèle une statue de la vierge dont l’histoire est assez amusante :

Lorsque les Aymaras intégrèrent l’Empire Inca, l’empereur Túpac Yupanqui fonda la colonie de Copacabana pour en faire une halte sur le chemin des pèlerins se rendant à Huaca (sanctuaire). Ce site dédié aux sacrifices humains se trouvait sur le rocher Titi Khar’ka (rocher du Puma), à l’extrémité nord de l’Isla del Sol. Avant l’arrivée des prêtres espagnols au milieu du XVIème siècle, les Incas avaient divisés la population locale en deux groupes, les Haransayas, occupant de hautes fonctions en remerciement de leur allégeance et les Hurinsayas, relégués aux tâches manuelles pour avoir résisté à l’empire. Cette mesure allait totalement à l’encontre de la culture communautaire des Aymaras ; les inondations et mauvaises récoltes qui sévirent dans les années 1570 furent attribués à cette aberrante partition sociale et le ressentiment à l’égard des Incas provoqua le rejet de leur religion et l’adoption partielle du Christianisme. Comme un peu partout dans les Andes, se développa alors un syncrétisme mêlant coutumes traditionnelles et rituels chrétiens au sein du Santuario de Copacabana. La communauté choisit la Santisma Virgen de la Candelaria comme sainte patronne et fonda une congrégation en son honneur. Pour combler l’absence de statue sur l’autel, Francisco Tito Yupanqui, petit-fils de l’Inca Túpac Yupanqui, façonna une figurine d’argile ; en dépit de ses efforts, la statue jugée insuffisante pour représenter la sainte patronne du village, fut retirée de l’église. Le sculpteur ne s’avouant pas vaincu se rendit à Potosi pour étudier les arts. En 1582, il entreprit la réalisation d’une statue de bois qu’il acheva au bout de huit mois. En 1583, la Virgen Morena del Lago (la vierge noire du lac) trônait sur l’autel en adobe de Copacabana. Peu après, des miracles et des guérissons se produisirent et Copacabana devint rapidement un haut lieu de pèlerinage.

Cette cathédrale est surtout une magnifique réalisation mauresque d’un blanc éclatant avec des dômes et des carreaux de céramique bleu de style andalou. On peut y assister à des bénédictions un peu particulières, voitures, camions et autobus se rassemblent devant la cathédrale décorés d’une myriade de guirlandes de fleurs, de rubans colorés et de drapeaux pour une bénédiction de leur véhicule : Bénédición de Movilidadaes. Les conducteurs versent des dons au prêtre en échange de la bénédiction – cela revient moins cher que de souscrire à une assurance voiture…

Pour conclure, nous avons vraiment bien apprécié nos quelques jours au bord et au milieu du Titicaca, avec des lumières splendides, des paysages uniques à presque 4000m alors qu’on se croirait presque en plaine, sauf pour la respiration. Petit point noir tout de même, le lac est particulièrement pollué depuis ces 10 dernières années, les produits utilisés dans l’extraction de minerais se retrouvent dans les rivières et finalement dans le lac, ce qui cause de gros dégâts tant au niveau de la faune que de la flore. Même si le gouvernement Bolivien en aurait pris conscience, les moyens sont longs à mettre en place et le poisson local est fortement pollué par les métaux lourds qui se retrouvent dans l’eau. On est bien loin des images de l’eau transparente, limpide et pure que l’on a en tête quand on pense au Titicaca dont on a tant entendu parlé. Ce sont malheureusement les besoins primaires qui dictent le comportement de l’Homme et dans des pays où la population est aussi pauvre qu’au Pérou et qu’en Bolivie, l’écologie passe nettement en arrière-plan par rapport aux besoins primaires d’accès à la nourriture.

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