Potosi, la mine de l’Espagne

Nous n’avions que peu de temps pour traverser la Bolivie. Nous avions donc décidé d’aller à l’essentiel avant de rejoindre le Pérou, tout en essayant d’avoir un petit aperçu de cet incroyable pays. Nous ne nous sommes donc pas attardés à Uyuni, et avons rejoint directement (après 5h de bus) la célèbre Potosi, avant les deux haltes suivantes à Sucre, puis la Paz. Un bel aperçu de cette si surprenante et attachante Bolivie !

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Tout commença en 1544 quand un inca, Diego Huallpa, se mit à la recherche d’un lama égaré. Il s’arrêta auprès de la montagne appelée « Potojsi » en quechua et alluma un feu. Précisons à ce stade que Potosi se situe à 4070m d’altitude… Le feu peut s’imposer comme moyen de survie. Sous l’effet de la chaleur dégagée par le feu, le sol se mit à fondre, et un liquide brillant se mit à couler. Diego Huallpa venait de découvrir un filon d’argent !

L’histoire ne dit pas comment les espagnols en apprirent l’existence. Mais ils arrivèrent avec des milliers d’indigènes comme futurs esclaves mineurs, et en même temps qu’ils créèrent la ville en 1545, ils commencèrent l’exploitation à grande échelle du Cerro Rico, dont l’argent extrait finança l’Empire espagnol. Pendant les années d’opulence, tandis que l’argent coulait à flot, Potosi devint la cité la plus grande et la plus riche des Amériques. L’expression « Vale un Potosi » qui s’applique à des transactions très lucratives est toujours d’actualité. Et l’on comprend pourquoi on trouve à Potosi des églises grandioses (plus de 80 églises édifiées pendant la période faste), une architecture coloniale splendide et désuète que l’on peut découvrir en flânant tranquillement dans les rues et le magnifique hôtel de la monnaie, qui fut créé en 1572 pour frapper la première devise mondiale !

Mais les mines commencèrent à s’épuiser au début du XIXème siècle et la population tomba de 200 000 habitants à moins de 10 000 habitants. Ce sont les minerais d’étain, de plomb et de cuivre qui sauvèrent la ville. Le zinc et le plomb sont aujourd’hui au premier rang des exportations nationales de métaux, quant à l’argent, l’extraction se poursuit mais à petite échelle. Aujourd’hui la plupart des exploitations du Cerro Rico appartiennent à des coopératives de mineurs.

Nous avions donc prévu de faire escale à Potosi pour faire la visite de ces mines, dans lesquelles on peut aller avec des ex-mineurs, qui connaissent les conditions de travail mais aussi les mineurs qui, eux sont toujours en train de creuser…

Ces visites sont très controversées. D’abord pour les conditions de visite (gaz, poussière, produits chimiques, température variant du très froids avec l’altitude à des températures supérieures à 40°C dans les niveaux inférieurs…) et pour le côté « voyeuriste ». Nous avions donc longuement hésité mais notre auberge de jeunesse proposait un tour avec un ancien mineur et nous recommandait vivement cette immersion dans les entrailles de la ville. Mais une intoxication alimentaire a cloué Charlotte au lit et nous avons dû annuler cette visite. Pour le pire ou le meilleur, on ne saurait dire…

Nous ne pouvons donc que restituer ce que d’autres voyageurs ont découvert : les mines coopératives appartiennent aux mineurs, il faut donc qu’ils extraient assez de minerai pour gagner leur vie. Ils achètent eux-mêmes outils, explosifs et les lampes à acétylène pour déceler les poches mortelles de monoxyde carbone.

Même si ce ne sont plus les conditions du XVème siècle qui ont tué tellement d’esclaves que les Espagnols ont fait venir des Africains pour continuer l’exploitation, il semble qu’on n’en soit pas très loin. Les mineurs meurent de silicose (maladie des poumons causée par l’inhalation de fines poussières de silice), quand ce n’est pas de cancer lié au gaz arsénique, aux vapeurs d’acétylène et aux dépôts d’amiante…

Les mineurs se préparent le matin en mâchant ensemble des feuilles de coca. Ils font une offrande au dieu Tata Kaj’chu pour obtenir sa protection sous terre. Ils terminent vers 19h pour ceux qui n’y passent pas la nuit, et vendent leur production le week-end. Les mineurs croient aussi à la présence du diable sous terre, en raison de la chaleur intense qui y règne. Afin d’apaiser celui qu’ils nomment El Tio ou El Supay, ils lui font aussi des offrandes, notamment le vendredi soir avant de quitter la mine : alcool, feuilles de coca et cigarettes. Une fois le rituel accompli, ce sont les mineurs qui partagent alcool et coca, et qui leur en voudrait de vouloir oublier un peu ces conditions si difficiles.

Alors, certes on n’a pas vu, on n’est pas descendu dans les entrailles du Cerro Rico, on ne s’est pas rempli les poumons de poussières et autres substances, mais on est reparti de Potosi plutôt conquis par la ville et plus conscients de ce sur quoi a reposé à un moment donné la richesse de l’empire espagnol.

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