Le sel de l’altiplano

Le fameux tour qui traverse la frontière de San Pedro de Atacama à Uyuni avait été un vaste sujet de discussion pendant la préparation de notre voyage. Charlotte en avait un souvenir extrême : à la fois des paysages époustouflants, mais aussi une nuit cauchemardesque, absolument pas préparée 14 ans plutôt à affronter une vague de froid intense… En même temps, ne pas voir le Salar d’Uyuni était impensable pour Mathieu, et c’est ainsi que nous avons décidé de nous inscrire pour cette épopée tellement spéciale.

· DE SAN PEDRO A LA LAGUNA COLORADA : ENTRE LAGUNES ET ACTIVITES VOLCANIQUES

Une fois la bonne agence trouvée à San Pedro, c’est-à-dire de préférence une agence bolivienne, car il y a encore beaucoup de tensions entre les Chiliens et leurs pays voisins et ceux-ci n’ont pas l’autorisation de passer au-delà de la frontière en tour organisé et doivent faire appel à des agences boliviennes, nous voilà partis pour une traversée de 3 jours et 2 nuits de San Pedro de Atacama (Chili) à Uyuni (Bolivie). Départ dès le lever du jour, nous sommes un groupe d’environ 18 personnes, dans un bus qui doit nous déposer à la frontière bolivienne, et où le chauffeur ne parle pas anglais et seule Charlotte parle anglais et espagnol, elle s’improvise donc « hôtesse de bus traductrice », mais à notre grande surprise, personne ne lui laissera de propina (pourboire).

On quitte donc les 2500m du désert d’Atacama pour passer la frontière qui avoisine les 4500m, remplir les formalités, faire quelques photos bien entendu et nous répartir dans trois 4×4 avec chauffeur. Les backpacks sont attachés sur le toit de notre 4×4, à côté des bidons d’essence, en effet, pas la moindre station essence sur le trajet, donc autonomie obligatoire. Notre groupe est composé d’un couple British-Australien, de 2 filles du Nord de l’Angleterre et de nous 2. Le programme de la journée, la laguna blanca et laguna verde (étendues blanche et bleu-verte au pied des volcans Licancabur et Juriques qui culminent à près de 6000m) en début de matinée, puis le désert de Dali (pour ceux qui connaissent, la ressemblance est vraiment frappante avec les peinture de ce dernier), entouré de montagnes multicolores dans un décor particulièrement sec et hostile avant de rejoindre les thermes de Polques pour prendre un bain dans un cadre 100% nature à 4800m dans une eau à un peu plus de 30°C. Et enfin, les geysers de Sol de Mañana (4870m). La matinée se terminera sur les coups de 15h30, autant dire que les appétits crient famine, surtout celui de Mathieu, qui a toujours beaucoup de mal à sauter un repas (oui 15h30 pour Mathieu, c’est comme sauter un repas !).

Juste après manger, nous nous rendons à quelques kilomètres de notre camp (basique, mais paraît-il beaucoup plus évolué que celui que Charlotte avait connu 14 ans plus tôt et surtout mieux isolé… qu’est-ce que ça devait être à l’époque…) à la laguna colorada, vaste étendue d’eau très riche en différents minerais, (comme ses collègues du matin) mais qui elle se pare d’une couleur rouge brique où de nombreux flamants rose viennent se nourrir pour notre plus grand plaisir à les regarder déambuler avec leur démarche presque comique, le nez dans l’eau à la recherche de quelques vers à manger.

Retour ensuite à notre camp où nous dînerons, juste 3h après le déjeuner… autant dire que l’appétit n’est pas trop là, mais nous en profitons pour découvrir un nouveau jeu « Monopoly Deal », qui nous change agréablement de nos 3 jeux fétiches depuis bientôt 9 mois : belote à 2, belote mongole et trou du cul amélioré… Merci Zoé et Andy !

Nous aurons ensuite l’occasion de contempler un superbe ciel étoilé sans lune, laissant apparaître d’innombrables étoiles et galaxies la plupart du temps inaccessible à l’œil humain du fait des pollutions diverses (écologique ou lumineuse). La voie lactée se dévoile en myriade d’étoiles et nous retrouvons nos repaires de l’hémisphère sud, la croix du sud, la constellation du scorpion, de la vierge et de la balance, Jupiter, Saturne et bien d’autres que nous ne connaissons pas encore.

· DESERT ALTIPLANIQUE : DE SILOLI, AU SALAR DE CHIGUANA EN PASSANT PAR LES CANYONS

Départ au lever du jour pour arriver les premiers dans le désert de Siloli, plus connu pour son « arbol de piedra », l’arbre de pierre et de nombreuses formations rocheuses érodées au fil des siècles par le vent particulièrement fort et le sable, donnant aux rochers des formes plus originales les unes que les autres.

Après quelques séances d’escalade et de photos, nous reprenons la route pour les lagunes altiplaniques de Honda, Chiarkota et Cañapa où l’on peut à nouveau observer les flamants rose (flamants andins, flamants du chili et les plus nombreux flamants de James) en pleine partie de pêche, faire quelques ricochets sur les eaux gelées de certaines lagunes. Sur la route nous traversons un canyon étroit qui nous permettra d’observer et d’approcher des viscachas, mammifère très proche de la famille des chinchillas qui semble avoir apprivoisé les touristes qui leur lancent quelques miettes de pain réservées au petit déjeuner. La route est particulièrement cahoteuse, pour le plus grand plaisir de notre chauffeur qui semble s’éclater proportionnellement à mesure que la qualité des pistes diminue.

Nous nous arrêterons encore plusieurs fois sur la route pour profiter des paysages, et aussi d’autres formations rocheuses façonnées par le vent, Mathieu du haut d’un rocher essaye d’ailleurs de lutter contre la force du vent qui permet une inclinaison inhabituelle du corps tout en restant debout. Ces innombrables formations nous inspirent pour de nombreuses positions de yoga ou autres délires que nous avons d’ailleurs réalisé tout au long de notre parcours autour du monde et que nous réserverons à un article spécial !

Nous croisons une ligne de chemin de fer qui semble tout droit sortie de nulle part, qui inspirerait assez facilement David Lynch pour l’un de ses films, les rails continuent en ligne droite à perte de vue, reliant Uyuni à la frontière avec le Chili et l’Argentine. Et pour combler notre journée, nous atterrissons dans un hôtel fait 100% en sel, murs, tables, chaises, lit… dans un confort très sommaire mais amusant, où les uns et les autres se proposent pour « goûter » (ou plutôt lécher) les murs, mais personne ne s’y risquera bien évidemment.

· LEVER DE SOLEIL SUR LE SALAR D’UYUNI

Après une soirée, finalement très courte car nous avions prévu d’arriver au salar avant le lever de soleil, nous nous levons à 3h45, packons nos affaires, chargeons le 4×4 et partons à la fraîche pour le salar. Nous roulons assez longtemps sur les pistes du salar avant de rejoindre l’île d’Incahuasi. Il s’agit bien d’une île, une île corallienne qui est apparue lors de l’évaporation des eaux de cette immense mer intérieure de plus de 12 000km2. C’est comme cela d’ailleurs que s’est formé le Salar d’Uyuni, après la formation des cordillères des Andes et Occidentale, la mer s’est retrouvée isolée des océans et à de très hautes altitudes et après des millénaires, l’évaporation a concentré cette étendue d’eau résiduelle jusqu’à ne laisser que le sel qui s’est déposé sur les anciens fonds océaniques et ont formé le salar d’Uyuni. Celui-ci peut atteindre parfois jusqu’à 120 mètres de profondeur. L’estimation de ce gisement de sel est de 64 milliards de tonnes, l’homme en exploite aujourd’hui près de 25 000 tonnes par an et s’intéresse aussi de très près à ses réserves de lithium, car le salar d’Uyuni, recèlerait environ 5,5 millions de tonnes exploitable de ce minerai, soit près de la moitié des réserves mondiales, 20% étant aussi détenu par l’Argentine dans le salar del Humbre Muerto et le salar d’Atacama au Chili.

Nous aurons juste le temps de grimper en haut de cette « île » et cracher nos poumons (nous sommes tout de même à 3658m d’altitude) pour assister au lever du soleil qui laisse apparaître au fur et à mesure les étendues de sel, mais aussi les couleurs des nombreux cactus qui recouvrent l’île et ses roches coralliennes qui prouvent bien que cet endroit était jadis au fond des océans.

Le temps de laisser le soleil se lever tranquillement, faire le tour de l’île et découvrir ses grottes, son arche corallienne, nous redescendons prendre le petit déjeuner, qui laissera vite place aux nombreuses séances photos où toutes les idées sont bonnes à prendre, sur fond blanc, on peut facilement faire des photos concepts originales, amusantes ou de plus ou moins bon goût…

Nous visitons ensuite le musée de sel, qui mise à part son architecture tout en sel n’a pas réellement de grand intérêt puis la fameuse statue du Dakar, tout en sel elle aussi.

Le tour s’achèvera au cimetière des trains d’Uyuni où les locomotives d’un temps ancien s’entassent et rouillent au gré de l’humidité (assez rare) et surtout de la corrosion du sel du salar. L’arrivée à la ville d’Uyuni nous a donné une envie pressante de la quitter car très peu d’intérêt, assez sale et pas particulièrement bien famée. Le temps de dire au revoir au chauffeur et à nos copains de voyages et hop direct dans un bus pour Potosi à quelques 4h de trajet de là, au travers de l’altiplano et de paysages majestueux.

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