Mythes chiliens

La mythologie chilienne est issue d’un mélange entre les mythes des peuples indigènes qui étaient là avant la colonisation espagnole, et les mythes d’origine européenne. Ainsi on trouve un savant mélange, qui est aussi accru par la diversité des zones géographiques (avec des coutumes indigènes différentes). Les mythes chiliens seraient ainsi catégorisés entre ceux de la zone nord, ceux de la zone centrale, ceux de Chiloe et ceux de la zone australe. Chaque tribu ou région a ainsi ses propres légendes et mythes de la création. Pour trouver un mythe de la création qui fasse l’unité, il faut attendre la période post-coloniale…

« Au début, les dieux créèrent toutes les merveilles du monde, mais à la fin, ils se rendirent compte que c’était un peu désorganisé. Il y avait des fleuves, des vallées, des glaciers, des déserts, des montagnes, des forêts, des prairies et des collines. Afin que ces merveilles ne se perdent pas, les dieux décidèrent de toutes les mettre dans un endroit très reculé de la Terre. Dans le silencieux nord, les dieux assignèrent la protection du sel, du cuivre, des minéraux, et des ancêtres dans les hauts sommets. Dans le centre, les dieux mirent les vallées riches et généreuses, sources de vie. Et dans le centre, les grandes réserves d’eau. Et c’est ainsi que le Chili fut créé, comme un grand jardin d’éden, entouré par la mer et la cordillère, colonne vertébrale de notre pays. »

· MYTHES DE LA ZONE NORD

Les mythes et légendes de la zone Nord présentent en général des personnages et des histoires liés au désert, à la religion et à l’activité minière. Ils témoignent d’une profonde influence inca, même s’ils ont adopté des caractéristiques profondément basées sur l’influence espagnole.

Quelques mythes de la zone particulièrement connus sont : el Alicanto, la Lola, el Yastay, los Achaches, el Umpillay, el Quilpana y el Carbunclo… entre autres.

Voici l’un d’entre eux : la Lola

Il était une fois une femme magnifique qui s’appelait Dolores et qui était désirée par tous les hommes, qui l’appelaient « Lola ». Son père montait la garde et éloignait les hommes, tout en espérant que viendrait enfin un homme parfait pour elle. Cependant, un jour, elle tomba éperdument amoureuse d’un jeune et pauvre mineur. Et comme elle savait que son père ne l’accepterait pas, elle décida de s’enfuir pour se marier avec le mineur.

Après un certain temps, ils se joignirent à un groupe de mineurs qui étaient à la recherche d’un filon d’or ou d’argent, et c’est ainsi que le couple rencontra la richesse. Il semblait que tout ne serait que bonheur dans leur vie, mais il se révéla que le mineur n’était pas vraiment amoureux de « Lola », et il se mit à utiliser ses nouvelles richesses pour conquérir d’autres femmes.

Ayant découvert son infidélité, elle l’attendit et le tua avec un poignard. Mais prise de repentance, elle partit dans les montagnes, criant et pleurant. Lorsqu’elle revint au village où elle vivait, elle était devenue folle, ne sachant plus que rire et murmurer qu’on avait assassiner son mari.

Affolée, elle alla chercher le cadavre de son mari qui était dans un cercueil noir, et l’emmena dans les montagnes, essayant de trouver son assassin, qui n’était autre qu’elle-même. C’est ainsi qu’elle commença à errer sur les sommets de la cordillère, affamée, pieds nus et échevelée, toujours avec son désir de vengeance, jusqu’à la fin de ses jours.

Mais comme il était impossible de trouver l’assassin, au lieu de mourir dans les montagnes, son âme ne put trouver le repos, et depuis lors, son esprit parcourt les montagnes et les mines, et connaît ainsi tous les lieux où l’on peut trouver des métaux précieux.

Pour les mineurs qui cherchent un filon, « La Lola » transforme sa vengeance en pitié et annonce aux chercheurs la proximité du trésor, mais pas pour le leur donner, plutôt pour les éloigner, car on dit que lorsqu’ils trouvent le filon de cette manière-là, c’est la mort qui s’approche en même temps du mineur. Il se dit aussi que les mineurs qui trouvent la mort dans des galeries obscures sont morts de terreur face à la présence fantasmagorique de « La Loca ». Avis aux chercheurs d’or !

· MYTHES DE LA ZONE CENTRALE

La zone centrale du Chili, la plus peuplée et la première à avoir subi la colonisation, a produit une mythologie dont la plupart des personnages proviennent du peuple mapuche (l’un des rares peuples indigènes à ne pas avoir été totalement décimé par les Espagnols).

Quelques mythes de la zone particulièrement connus sont : Pedro Urdemales, la Calchona, la Llorona, el Culebron, el Chonchon y el Piuchen.

Voici l’un d’entre eux : la Calchona

On dit que la Calchona était une sorcière qui avait un mari et deux petit enfants. Cependant, sa famille ne savait pas qu’elle pratiquait la magie. Dans sa maison, elle cachait des potions qui permettaient de transformer des humains en animaux. Elle utilisait ses pouvoirs seulement la nuit pour ne pas être vue par sa famille, et elle avait l’habitude de se transformer en une grande brebis et parait se promener dans les champs jusqu’au petit matin, avant de reprendre sa forme humaine grâce à ses potions.

Un jour, elle oublia de lancer le sort qui faisait dormir sa famille, et ses enfants la virent se transformer. En la voyant faire, ils eurent envie de l’imiter, s’appliquèrent des potions, et se transformèrent en renard. Mais une fois la transformation faite, ils se rendirent compte qu’ils ne savaient pas comment se retransformer en enfant, et ils se mirent à pleurer. Les pleurs réveillèrent le père qui ne trouve personne, si ce n’est ces petits animaux.

Plein d’amour pour ses enfants et ayant souvent entendu des histoires de sorcière, il imagina que les flacons pouvaient contenir des potions, et que les renards étaient peut-être ses enfants. Il essaya les potions sur les renards, qui se transformèrent aussitôt en enfants. Ils racontèrent à leur père que leur mère était à l’origine de ses onguents. Effrayé, le père prit les potions et les jeta dans la rivière afin que cela ne puisse pas se reproduire.

Plus tard, lorsque la Colchona, sous sa forme de brebis, rentra, elle ne trouve plus ses potions. Elle trouva seulement quelques flacons quasiment vides. Elle essaya quand même de les utiliser, mais cela ne fonctionna que pour ses mains, son viasage et ses cheveux. C’est ainsi qu’elle resta pour toujours sous la forme de cet être mythologique, mi-femme, mi-brebis.

· MYTHES DE CHILOE

La zone de Chiloe est célèbre pour la richesse de sa mythologie dont on voit de nombreuses expressions dans le quotidien des habitants. Ils ont même un parc plein d’humour où ils mettent en avant de manière artistique et drôle quelques personnages de leur mythologie. En raison de la pluie battante, nous n’avons malheureusement pas pu le visiter…

Mais nous savons que certains personnages mythiques sont clés dans le quotidien des habitants et nous en avons vu pour certains quelques représentations : el Trauco, la Pincoya, el Camahueto, los Invunches, ou le mythe de Ten-ten Vilu y Cai-cai Vilu.

Ces figures font vraiment partie du quotidien chilote :

  • Brujos : ce sont des guerriers qui ont des pouvoirs venant de la magie noire. Ils cherchent à corrompre et à nuire.
  • El Caleuche : c’est un vaisseau fantôme par les Brujos. Ils chantent et dansent et attirent ainsi les embarcations dans leur piège. Mieux vaut l’éviter…
  • Fiura : une petite sorcière, toujours affamée de sexe, qui vit dans la forêt. Son souffle provoque la sciatique…
  • Invunche : il garde l’entrée de la grotte des Brujos. C’est, en fait, un humain que les Brujos ont enlevé et transformé en monstre : sa tête est tournée à l’envers, il a une jambe dans le dos, et un des bras cousu sous la peau. Depuis, il mange de la chair humaine et du lait de chatte. Il est très dangereux.
  • La Pincoya : très belle femme qui incarne la fertilité humaine et marine. Elle est très importante pour les pêcheurs car elle se rapproche d’une déesse de la mer qui dit si la pêche sera bonne ou si les conditions seront favorables.
  • El Trauco : c’est un gnome effrayant et très puissant qui peut tuer d’un regard. Les jeunes vierges seraient incapables de lui résister. Il serait parfois même le père de mystérieux enfants nés hors mariage.
  • La Viuda : c’est une veuve, une femme de l’ombre qui séduit les hommes qui passent et les emmènent en des lieux solitaires, où elle les abandonnent le lendemain !(Un nouveau concept pour expliquer l’infidélité de ces messieurs)

Et voici un mythe chilote : Ten-ten Vilu et Cai-Cai Vilu

Au début étaient les esprits. Antu, le plus puissant d’entre eux, était le soleil, et il décida de prendre Kuyen, la lune, pour épouse. Les autres esprits furent très jaloux de cette union, et notamment Peripillan. Les enfants de ces premiers « esprits » eurent envie de prendre le pouvoir et Antu punit le fils de Peripillan et son propre fils, en les transformant en gigantesques serpents, Cai-Cai et Ten-Ten. Les deux serpents étaient ennemis, comme l’étaient leurs propres pères.

Cai-Cai vivait dans la mer qu’il devait protéger, et Ten-Ten sur la terre afin de s’en occuper, ainsi que des hommes. On dit que lorsque Cai-Cai se réveilla d’un long sommeil de plusieurs années, et qu’il découvrit l’ingratitude des hommes envers la mer, il entra en fureur et utilisa sa queue en forme de poisson pour frapper la mer, ce qui entraîna un immense cataclysme et le début d’un déluge, inondant tout le territoire. Il avait, en effet, l’intention de punir les hommes et inonda toutes les vallées et les montagnes, ce qui entraîna tous les habitants au fond de la mer.

Voyant cela, Ten-Ten, qui devait pourvoir sagesse et protection, décida d’aider les humains. Elle les aida à échapper en les transportant en haut des montagnes, ou en les transformant en oiseaux afin qu’ils puissent s’échapper en volant, ou en poissons ou en mammifères marins. Mais comme la mer continuait à monter, Ten-Ten augmenta la hauteur des montagnes afin de contrer Cai-Cai. Enervé, Cai-Cai commença à se battre contre Ten-Ten, dans une bataille titanesque, qui dura très longtemps, jusqu’à ce que les deux serpents se fatiguent, ce qui permit que toute la Terre ne soit pas inondée, mais l’eau ne retrouva jamais son niveau initial, et ce qui donna au Chili sa géographie actuelle : en effet, Cai-Cai avait enseveli assez de terre sous les eaux pour que Chiloe soit à jamais séparée du continent chilien.

Plus tard, Ten-Ten se mit lui aussi en colère à cause de l’attitude des hommes, et il fit entrer en éruption tous les volcans, de telle sorte que toute la population dut déménager dans des endroits plus sûrs. Depuis ce moment, Ten-Tren continue à se manifester à travers les tremblements de terre et les éruptions volcaniques tandis que Cai-Cai, lui, se manifeste à travers les tsunamis et les inondations quand on le réveille au milieu de son sommeil…

· MYTHES DE LA ZONE AUSTRALE

La zone australe du Chili a fondé sa mythologie sur les peuples les plus austraux du pays (les Aonikenk, Kawesqar, Selknam et Vagan), avec des mythes comme el Gualicho, Ayayema, Temaukel, Watauinewa, Habschi, El-lal ou le mythe d’origine de la plante de Calafate ou des géants de Patagonie.

Voici l’un d’entre eux : Calafate

La mythologie tehuelche raconte l’histoire de Calafate, la fille du chef de la tribu, et aussi sa préférée. Calafate était une magnifique jeune fille aux yeux dorés. Mais les choses changèrent lorsque le clan de Calafate reçut un jeune homme d’origine selknam, afin qu’il fasse ses preuves parmi eux en remplissant un rituel d’initiation qui devait en faire un homme.

Les deux jeunes tombèrent amoureux et planifièrent de s’échapper ensemble car selon la tradition des tehuelches, les selknam n’étaient pas à la hauteur et ils avaient l’habitude de les rabaisser. Le chef et père de Calafate allait donc forcément s’opposer à leur union.

Comme cette union était impossible, le père de Calafate se tourna vers le chaman de la tribu, qui répondit qu’il ne pouvait pas mettre fin à leur amour, mais qu’il pouvait les maintenir séparer pour toujours.

Après l’intervention du chaman, Calafate fut transformée en une plante épineuse, aux fleurs dorées comme ses yeux, et que l’on avait jamais sur ces terres auparavant.

Pendant plusieurs mois, le jeune homme ne cessa de chercher sa bienaimée, et son amour était si fort, que les esprits décidèrent de lui venir en aide, le transformant en un petit et rapide oiseau qui pouvait parcourir les étendues patagoniennes très vite.

L’hiver puis le printemps passèrent, jusqu’à ce qu’un jour d’été, l’oiseau se posa sur un arbuste qu’il n’avait jamais vu auparavant et en goutant ses fruits, il se rendit compte qu’ils étaient aussi doux que le cœur de Calafate. C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent.

En Patagonie, on dit que le charme de Calafate est toujours dans les fruits, et que ceux qui en mangent une fois, reviendront toujours à cet endroit. « El que come Calafate, siempre vuelve por mas », ce que l’on pourrait traduire par « Celui qui mange un fruit de Calafate, reviendra toujours en chercher plus ».

On ne sait pas si c’est à cause du fruit, mais, en tout cas, nous, on veut bien revenir !

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