Patagonie, un air de bout du monde

Le Chili, c’est surtout un casse-tête d’organisation pour le voyageur, il y a tant de lieux splendides à visiter qui s’étendent sur 4300km du Pérou au Cap Horn. Alors pour profiter au maximum des 2 semaines en famille, nous avons mis tout de suite le cap sur la ville la plus australe du Chili, Punta Arenas, porte d’accès la plus simple pour la Patagonie chilienne et même argentine.

· DE PUNTA ARENAS A PUERTO NATALES

La ville de Punta Arenas, malgré son caractère extrême, coincée au bord du détroit de Magellan, sur la fameuse terre de feu, fait preuve d’un certain charme. Sûrement parce que les conditions extrêmes justement rendent la population particulièrement solidaire et chaleureuse. Pas de grandes découvertes culturelles à y faire, mais juste se laisser imprégner par cette vie forcément différente, entre les vents du Pacifique, les embruns du détroit de Magellan, et la lumière si particulière de la Patagonie, on a en effet l’impression d’avoir un lever ou coucher de soleil permanent.

Pour notre part, nous avons apprécié cette escale, que nous avons particulièrement optimisée, le temps de faire une étude de marché poussée sur la location automobile et de trouver notre perle pour nos cinq jours en Patagonie. En effet, à deux, le bus reste le moyen de transport le plus approprié mais à quatre, la location de voiture est une alternative parfaite pour profiter au mieux, ne pas perdre de temps, s’arrêter où on le souhaite dans ces paysages magiques, et surtout option particulièrement appropriée quand on est déjà fin avril, c’est-à-dire à la fin de la saison de Torres del Paine et que les moyens de transports ainsi que les hébergements ferment…

Plein effectué, courses faites chez Unimarc, nous voilà en route pour le parc mythique de Torres del Paine. Premières découvertes des routes patagoniennes plutôt en très bon état jusqu’à Puerto Natales à quelques 250km et 3h de route. Il s’agit d’ailleurs de routes en béton et non asphaltées comme on en a l’habitude et avec des joints de dilatation tous les 10m certainement prévus pour les aléas climatiques. Les paysages balayés par les vents laissent subsister seulement de nombreuses touffes d’herbes et à de rares endroits un peu abrités des arbres robustes qui résistent au vent glacial et puissant de la Patagonie. En effet il est assez fréquent d’avoir des vents supérieurs à 100km/h qui s’enfilent entre les montagnes et ne rencontrent ensuite que très peu d’obstacles dans les plaines patagonniennes. Nous nous arrêtons seulement quelques minutes à Puerto Natales, le temps de refaire le plein (dernière station essence, mieux vaut anticiper) et de prendre quelques photos de l’océan pacifique qui s’insinue jusqu’ici à plus de 200km des côtes et de la fameuse statue du Milodon (animal mythique dont les restes auraient été retrouvées dans une grotte non loin de là).

On reprend la route, ou plutôt rapidement les pistes vers l’entrée du parc de Torres del Paine pour rejoindre notre « cabaña » (chalet avec salle de bain, cuisine, salon et souvent poêle à bois) du soir et même faire une petite balade et approcher nos premiers icebergs à la tombée du jour. Trouver la cabaña de nuit, même avec notre super appli maps.me n’a pas été chose facile. Et après tours et détours au milieu de la seule zone hotelière de Torres del Paine encore ouverte, nous avons enfin pu décharger, sous une pluie battante, qui ne laissait rien présager de bon pour la suite.

· PARC TORRES DEL PAINE : AUTOUR DES TOURS

Après une nuit de déluge ne laissant que peu d’espoir sur la météo, nous avons eu la chance de nous réveiller avec un temps toujours pluvieux mais beaucoup plus clair. Le temps de nous rendre au début de la randonnée des fameuses Torres et la pluie s’était arrêtée pour laisser place à une belle journée prometteuse. Comme quoi, ne pas se laisser décourager !

Au fur et à mesure de notre ascension, les nuages laissaient apparaître les premiers rayons de soleil. Cette randonnée est un superbe plaisir pour les amoureux de la montagne et de la nature, de par sa diversité et les magnifiques points de vue que l’on a tout du long. En effet le chemin est rythmé d’abord par des prairies et quelques arbres aux couleurs automnales (un vrai festival), puis par des vues sur les lacs à quelques kilomètres de là et les monts enneigés. Le chemin continue ensuite le long d’une vallée encaissée où coule une rivière, alimentée par de nombreuses cascades provenant des glaciers sur les hauteurs, plusieurs ponts plus ou moins en bon état pour passer au-dessus de torrents, des forêts dont les arbres sont recouverts de « barbe de viejo », sorte de mousse verdâtre qui recouvre le côté nord des arbres et enfin, la montée finale à travers un enchevêtrement de pierres et rochers plus ou moins imposants et nécessitant une marche un peu plus physique pour finir les quelques 800m de dénivelé positif et arriver au lac devant les 3 Torres. La chance souriant aux audacieux, nous avons le plaisir d’apercevoir les 3 magnifiques tours qui culminent au-dessus d’un lac vert émeraude. Petite pause casse-croûte très rafraichissante pour ne pas dire glaçante. Et même si les gars ont tenté de faire sécher leurs affaires le temps du repas, ils sont repartis relativement humides, le soleil étant tout de même timide. Cela étant, on a aussi rencontré des gens qui n’ont pas pu apercevoir les tours, alors on se sent quand même privilégié.

Nous avons aussi profité de cette pause pour observer quelques « Zorro », renards peu farouches habitués aux visiteurs qui les nourrissent et les rendent nettement moins fuyants à la vue de l’homme et nous nous sommes laissés subjugués par le spectacle des tours qui apparaissaient tour à tour au travers des brumes nuageuses poussées par le vent glacial. Quel panorama ! Ce sont ensuite 3h de descente qui nous attendait pour regagner le parking et repartir à notre « cabaña », le tout sans une goutte de pluie et le sourire jusqu’aux oreilles. Chapeau bas aux parents qui sont certes particulièrement entrainés à la marche, mais qui ont particulièrement assuré sur cette rando qui se fait normalement en deux jours pour ceux qui effectuent le célèbre W de Torres del Paine !

· LA TITANIC ATTITUDE AU PARC DES GLACIERS

Après une journée de transition, où nous avons quitté le parc Torres del Paine en continuant à profiter des paysages, et où nous avons traversé la frontière chilo-argentine, nous voici à El Calafate, point de départ idéal pour la découverte du parc des glaciers. Un moment émouvant pour Charlotte, de retour en Argentine 14 ans après son échange universitaire à Buenos Aires, et ravie de faire découvrir le parc des glaciers à sa belle-famille, après l’avoir découvert pour la première fois avec sa propre famille. Retour en terre connue et tellement appréciée, au pays de l’asado, du vino tinto, du mate, et de la bueno onda ! Che boludo, estoy de vuelta !

Nous arrivons tranquillement le matin pour embarquer sur le bateau censé nous emmener à la découverte du « lago Argentino » et de deux glaciers. Mais l’agence ayant oublié de nous dire qu’il faudrait payer en supplément l’accès au parc, nous voilà sans pesos argentinos (puisque nous ne devions passer que 2 jours en Argentine, nous avions décidé d’essayer de faire sans pesos argentinos) à l’embarcadère. C’est donc un salarié très sympa qui nous a proposé de nous faire du change sur nos quelques dollars restants (un tout petit peu moins que le montant nécessaire) et nous avons finalement pu embarquer !

Naviguer sur le lago Argentino permet à peine de réaliser l’étendue de ce lac, qui est la plus grande étendue d’eau du pays avec ses 1600 km2, mais qui est surtout un témoin de la période glaciaire, puisqu’il était, autrefois, entièrement recouvert par un immense glacier. Les parois qui entourent le lac sont ainsi très à pic, avec la forme typique en U, signe d’une vallée glaciaire, où la glace a rogné les parois, emportant avec elle, des énormes quantités de roche.

Puis ce sont les premiers icebergs qui apparaissent. Spectacle vraiment fascinant de par la palette de couleurs et l’intensité des bleus. L’approche d’un énorme iceberg venant du glacier Upsala nous a particulièrement fascinés. Entre deux crachins, nous avons tenté d’enlever nos capuches pour prendre quelques photos, et nous étions très contents de nous être bien couverts pour profiter au mieux de l’extérieur du bateau et du spectacle « glaçant ».

Le glacier Upsala, premier que nous ayons aperçu, est le plus grand des glaciers argentins, avec une surface de 870 km2 (60km de long, 2 fronts de 4km de large et 70m de haut). A cet endroit le lago Argentino est particulièrement profond, jusqu’à 700m car il ne faut pas oublier que l’on ne voit que la partie émergée soit 1/10ème, et les 9/10ème restants sont sous l’eau…

Comme toujours, la minute de Jamy : mais comment ça se forme un glacier ? Un glacier se forme par le tassement des couches de neige qui s’accumulent, s’écrasent, expulsent l’air qu’elles contiennent pour se transformer en une masse compacte de glace. Sous l’effet de la gravité et de la pression de la masse en amont, le glacier glisse lentement sur sa pente, entre les parois rocheuses et peut atteindre des proportions gigantesques comme les glaciers Perito Moreno, Upsala ou Vidma.

La couleur bleue intense surprend et fascine. Mais d’où cela vient-il ? Plus la glace est compactée, moins la lumière blanche peut s’infiltrer, seuls les rayons de longueur d’onde courte peuvent passer, donnant cette couleur bleue très particulière.

Après cette première découverte du glacier Upsala que l’on n’aperçoit que de loin, nous nous sommes rendus vers le glacier Spegazzini, que l’on peut vraiment approcher, et qui est, lui, connu pour la hauteur de ses murs, qui mesurent jusqu’à 135m, de quoi se sentir tout petit sur le bateau.

· AUX PORTES DU PERITO MORENO

Le glacier le plus connu doit sa renommée au fait qu’il soit facilement accessible (en bus ou en voiture), qu’il fasse partie des trois plus grands (front de 5km et 60m de hauteur), et enfin pour le spectacle prodigieux qu’il propose de temps en temps.

A savoir que tous les glaciers du parc reculent, et plutôt de manière dramatique. Le réchauffement climatique est en cause, mais pas que… Vaste débat au sein des spécialistes mais le constat est là. Le Perito Moreno est le seul dont le front avance. Pour autant, ne nous emballons pas, sa hauteur diminue, ce qui signifie que sa masse diminue malgré tout.

Cela étant, c’est bien grâce à ce phénomène d’avancée que le front vient buter sur la pointe de la péninsule de Magellan. Il coupe, à ce moment-là, le lac en deux, entraînant une montée des eaux seulement d’un côté. L’énorme pression des eaux sur le glacier finit par produire des infiltrations et par le fracturer : une énorme masse de glace s’en détache alors pour s’effondrer dans le lac, provoquant un raz de marée. Ce phénomène naturel incroyable se produit sans réelle régularité, et il est possible de voir quelques vidéos impressionnantes sur le web.

Pour notre part, nous n’avons pas assisté à ce spectacle, mais nous avons été vraiment fascinés par ce glacier à la taille colossale, ses multiples formes et couleurs, et les bruits de la glace qui cède et vient se fracasser quelques dizaines de mètres plus bas dans les eaux turquoise du lac. Et paraît-il aussi que nous sommes particulièrement chanceux, non seulement nous étions en plein automne, ce qui apporte au site une palette de couleurs à rendre jaloux les plus grands peintres mais aussi et surtout, une absence presque totale de vent, donnant à notre pérégrination sur les différentes plates-formes d’observation un vrai moment privilégié que nous avons su apprécier à sa juste valeur.

Mais le temps est passé trop vite, et le départ sonnait déjà. Un dernier repas argentin accompagné d’un délicieux vin de la région de Cafayate pour changer, après la parillada de la veille, arrosée d’un Malbec de Mendoza. Nous reprenons la route pour Punta Arenas où notre avion nous attend, et nous passons une dernière fois la frontière, dans une ville minière, et sous la neige! Jamais nous n’avons passé une frontière dans ces conditions : l’entrée d’aliments frais étant interdite au Chili, nous avons demandé à la douanière si nous pouvions faire notre pique-nique dans le bureau de douane. Elle a non seulement accepté de bon coeur, mais nous a en plus mis une petite musique d’ambiance. Un grand moment!

Argentina, Argentina, nous reviendrons, muy bonita si bonita he !!!

8 réflexions sur “Patagonie, un air de bout du monde

  1. Bidault Odile, Philippe

    Je viens d’avoir votre blog par Alain et Claudie que vous avez rencontré dans le Pacifique. Vous vous souvenez certainement de nous lors d’un réveillon chez nous en Martinique. Votre blog sur l’Amérique du Sud va intéresser notre fils Mathieu et Camille qui partent vers le Chili le 10 octobre, merci, c’est fabuleux ce que vous avez fait, bises à vous deux Odile et Philippe

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    1. Génial de vous lire et de voir que les infos traversent le monde.
      Dites à Mathieu et Camille de ne pas hésiter à nous contacter si besoin. Nous avons gardé 2 très bons contacts au Chili.
      Au plaisir de voir revoir un de ces jours…

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  2. Hugues Magalie Raphaël

    Waouh génial : on y était il y a 5 mois, avec tes conseils Charlotte. Que buena onda ! Cette nature qui alterne rudesse extrême et douceur d’une lumière si unique. Et puis l Asado : mythique barbecue 🍴 Bonne poursuite de voyage 😉

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  3. Mireille Vignoles

    J’ai repris les photos d’il y a 14 ans… Je confirme, il a reculé et/ou diminué! C’était au printemps et le verrou était fermé… Un peu de nostalgie mais, on reviendra, si!

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