Râpa-Nui : 7 jours et 7 nuits

En préparant notre tour du monde, nous nous étions dit qu’à être dans le Pacifique, nous allions en profiter pour faire plusieurs escales, et c’est ainsi que l’île de Pâques s’est tout simplement invitée dans notre voyage. Curieux du mystère qui plane sur cette île isolée, nous avions envie d’y prendre le temps, de sentir les lieux et de nous en imprégner. Alors au lieu de la potentielle halte de 2 jours, nous avons opté pour une semaine. C’est ainsi que nous avons passé sept jours et sept nuits à Rapa-nui, le nom pascuan de l’île de Pâques !

Premier sentiment : l’isolement ! Difficile de se sentir connectés au Chili à plus de 3700km à l’est. Hormis l’espagnol et les hordes de touristes chiliens qui arrivent par avion, désormais régulier, pas vraiment le sentiment de se trouver en territoire chilien. Et lorsqu’on demande aux Rapa-Nui, ils n’hésitent pas à nous dire qu’ils se sentent plus proches des Polynésiens, et notamment de ceux des Marquises, que des Chiliens. C’est pourquoi nous avons maintenu l’île de Pâques dans notre menu du blog au sein du Pacifique. Cette île est l’un des sommets du triangle polynésien avec Hawaï et la Nouvelle-Zélande, et cela ne nous viendrait pas à l’esprit de placer la Guadeloupe en Europe sous prétexte que c’est un territoire français.

· HANGA ROA POUR UNIQUE VILLAGE

Pour comprendre la géographie de l’île de Pâques, rien de plus simple. C’est un triangle isocèle, avec sur chaque sommet un volcan, et un unique village, nommé Hanga Roa. Le plus long côté mesure un peu plus de 24 km, et les petits côtés environ 12km… autant dire qu’il semble difficile de se perdre et qu’on s’est même demandé ce qu’on allait faire pendant une semaine sur une aussi petite île.

D’emblée nous avons été sous le charme d’Hanga Roa. Un petit village paisible en bord de mer, d’où se dégage une ambiance tranquille et conviviale, et où l’on sent bien que tout le monde se connaît. Les Moaïs sont partout : grands, petits, en bois, en pierre, en pendentif, en porte-clé, en immense statue, des vrais, des faux, des nouveaux… Dès notre arrivée, nous avons eu le nôtre autour du cou, qui remplace ici le collier à fleurs polynésien.

Quant au village, on s’y perd un peu au début, le temps de comprendre où est la mer, le restaurant pour déguster de très bonnes empanadas ou un ceviche bien frais, le port avec ses tortues, et la petite piscine naturelle créée pour que les personnes moins agiles puissent profiter de l’océan pacifique qui peut être facilement déchainé selon les conditions climatiques. Ensuite, on a pris nos habitudes, optant soit pour le chemin océanique avec option coucher de soleil sur les Moaïs, soit pour le chemin rapide quand la faim nous tenaille. Même si nous devons dire que pour une fois, nous avions opté pour une petite pension familiale un peu en dehors du village, gérée par l’incroyable Tita, qui nous concoctait tous les soirs un petit plat maison à déguster tranquillement sur sa terrasse en bois.

Tita, comme elle le dit fièrement, est rapa-nui, et s’est mariée à 17 ans avec Lionel, un français, en service en Polynésie Française. Ils ont eu trois enfants, mais, comme en Polynésie, il n’y a pas de différences entre famille nucléaire et famille élargie, elle a plus d’enfants. En effet, Tita au grand cœur, a adopté récemment un garçon de 16 ans, dont s’occupait auparavant sa tente, et elle offre aussi le gîte à un copain de son fils qui préfère vivre avec eux que dans sa propre famille… Le décor est planté, et ça bouscule notre conception parfois étriquée de la famille. Tita parle de « ses fils » sans distinction, et c’est bien parce que nous avons posé beaucoup de questions, que nous avons fini par comprendre qui était qui. Comme quoi, cela semblait avoir plus d’importance pour nous que pour elle ! Nouveau coup de pied dans les préjugés.

Les circonstances de la vie ne l’ont pas épargnée, et nous n’avons pas eu l’occasion de rencontrer Lionel qui est actuellement en France. Mais elle tient avec courage et détermination la pension de famille qu’ils ont construite de leurs mains, et elle nous a chouchoutés, guidés dans son île et sur les différents sites historiques, nous a conseillés les meilleures randonnées, nous a organisés une soirée « empanadas » dans le restaurant de sa maman, et nous a même diffusé le film Rapa-Nui. Une halte « comme à la maison » !

Seule ombre au tableau pour Charlotte : « les copains cafards ». Il faut se le dire, à Hanga Roa, ils sont partout. Si ce n’est pas dans la chambre, c’est dans le jardin, dans la rue, dans la forêt… Bref, une belle occasion de surmonter cette phobie légèrement handicapante en voyage et de s’essayer à la capture de cafard avec les boîtes (à masque de plongée) pour les sortir de la chambre. Défi relevé !

Cet endroit nous a aussi donné l’occasion de faire une superbe rencontre, Didier, l’homme au grand coeur avec qui nous avons pris énormément de plaisir à partager de très bons moments (anecdotes, réflexions, repas et visites). Une personne de plus qu’on sera ravis de revoir un jour!

· RANDONNEE SAUVAGE : TEREVAKA ET PUIS S’EN VA 

Tita nous avait suggéré de partir à la journée pour faire le tour de l’un des trois volcans, le Teravaka (sommet du triangle isocèle !), en longeant la côte, de Tahai jusqu’à Anakena. Nous sommes donc partis un peu sceptiques face aux nuages coincés sur le sommet du volcan. Mais comme nous avions déjà découvert que le temps était très changeant à l’île de Pâques, nous avons décidé de tenter notre chance.

Tahai est le site archéologique le plus proche du village et juste en-dessous de notre pension. Nous avons donc salué les immenses statues avant de nous mettre en route. C’est là que nous avons retrouvé les meilleurs amis de l’homme, les chiens. Oui, les chiens errants sont à l’île de Pâques, ce que le fromage est à la France. Nous avons donc commencé notre randonnée avec 1 puis 2 puis 3 puis 4 puis 5 chiens. Nous pensions les lasser. On partait quand même pour une rando de 6 heures mais quelques chiliens nous ont avertis qu’ils allaient nous suivre pendant toute la journée. Sur le principe, rien de vraiment gênant. Sauf que l’île de Pâques est couverte d’animaux, vaches et chevaux, et que les chiens ne trouvaient rien de mieux que de nous prouver leurs talents de chiens de bergers en regroupant les troupeaux vers nous. Il a donc fallu prendre des mesures pour les tenir à une distance respectable pour nous donner le temps d’aviser si un troupeau se mettait à courir dans notre direction.

Avec toutes ces aventures animalesques, nous en aurions presque oublié les paysages, mais on vous rassure, c’est tellement grandiose et sauvage qu’on est vite repris par la beauté des lieux. Et surtout, hormis les animaux, nous n’avons pas croisé âme qui vive. Nous avons donc profité en totale exclusivité des superbes vues sur la côte découpée et sauvage, des falaises à pic, des formations rocheuses chaotiques, des pentes parfois verticales du Terevaka, et bien sûr des ruines d’anciens sites Rapa-Nui qui constellent la côte, tout cela sans une goutte de pluie malgré nos pronostics matinaux. C’est ainsi que nous étions ravis d’avoir pris nos maillots de bain pour aller nous rafraichir en arrivant sur la seule plage de sable de l’île, Anakena. Contre toute attente, une eau avec une agréable température de 25°C et juste ce qu’il faut de rayon de soleil pour se sécher à la sortie, avant de faire du stop pour rentrer à Hanga-Roa.

· A TRAVERS LA PENINSULA POIKE 

Nous avions décidé de louer un scooter pour aller voir le lever de soleil sur les Moaïs du Tongariki, avant de partir randonner sur une autre pointe du triangle, le Poike. Mais à l’île de Pâques, pas de scooter sans permis moto. Une bonne occasion de nous louer pour quasiment deux fois le prix un 4×4 branlant… Ainsi soit-il ! Nous voilà donc partis de nuit vers le Tongariki pour admirer le lever de soleil avec notre petit-déjeuner « portatif » que Tita nous avait préparé.

Même si nous n’étions pas les seuls à avoir eu cette idée et qu’une armée de 4×4 usés nous attendait à l’entrée du site, la magie était là, et nous avons été sous le charme des couleurs rouges de l’aurore derrière les Moaïs.

Nous avons ensuite cherché l’endroit conseillé par Tita pour nous garer et débuter notre rando. Il faut comprendre que rien n’est prévu à l’île de Pâques pour ce type d’activité, et donc le concept de sentier balisé est… un concept qui s’est perdu au milieu du Pacifique. Quant aux explications de Tita, elles ont le mérite d’exister, mais n’ont pas complètement suffi pour cette balade-là. Il serait faux de dire que nous nous sommes perdus. En fait, on a toujours su où on était. Mais le but de la rando, en revanche, a évolué au fil de nos pas.

C’est ainsi que nous avons gravi le Poike pour profiter d’une vue sublime sur les deux côtés de l’île, avant de descendre dans les herbes folles entre vaches et chevaux, mais sans chiens. Nous avons longé la côte accidentée au Sud où le vent et les vagues ont sculpté les pentes de cet ancien volcan, avant de pique-niquer sous les eucalyptus. Encore une fois, le bonheur d’être seuls au monde, de tracer notre propre route et de se sentir libre de toute contrainte. Savoureux moments de liberté, seuls face à la nature.

6 réflexions sur “Râpa-Nui : 7 jours et 7 nuits

  1. chantal

    Bon finalement, vous vous régalez malgré une arrivée un peu anxieuse .
    C’est vrai que, personnellement une semaine sur cette île , je ne m’y voyais pas .
    Vous avez pu récupérer des troupeaux de divers animaux, sont gentils ces chiens….
    Contente de savoir que vous savourez finalement cette escale, bien éloignée ….de tout, en fait.
    Profitez bien tous les deux et bonne continuation pour de nouvelles découvertes inattendues.
    Très belles images , bravo à vous.
    Amitiés
    Chantal

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