Tranches de vie – Polynésie

Il était difficile pour nous de scinder nos anecdotes et nos rencontres de nos récits de voyages en Polynésie tellement ceux-ci sont étroitement liés. Reflet que plus on avance et plus les rencontres sont au cœur de notre voyage et donnent finalement toute leur coloration à nos expériences. Alors nous avons eu envie de témoigner ici d’un de nos points de surprise dans ces îles françaises où nous savons par expérience que la présence française n’est pas toujours appréciée. La Polynésie serait-elle notre exception culturelle ?

  • LE PACIFIQUE REND PACIFIQUE ?

Ce qui nous a agréablement surpris en Polynésie Française, c’est le sentiment d’une cohabitation pacifique, mais aussi l’ouverture des Polynésiens. Bien sûr, ils ont aussi des revendications et ne sont pas tous fans des vilains colons français, mais on est très loin des indépendantistes forcenés de Nouvelle-Calédonie. Nous nous sommes demandés pourquoi il y avait une telle différence ? Il y a forcément des raisons historiques car la colonisation ne s’est pas passée de la même manière, mais aussi des différences culturelles. Nous avons perçu peut-être plus d’ouverture, une volonté de partage et d’explication de leur culture, et nous avons eu de nombreux échanges avec des Polynésiens heureux d’échanger, de partager leurs traditions, de les faire connaître, et pour la plupart très fiers de leur appartenance à telle ou telle île mais aussi heureux de leur citoyenneté française. D’ailleurs la population très métissée de Polynésie est le reflet à la fois des différentes vagues de colonisation et de migration, mais aussi l’expression d’une cohabitation plutôt harmonieuse et pacifique.

  • HISTOIRE D’UNE COHABITATION HARMONIEUSE

La Polynésie est au cœur du triangle polynésien dont les trois sommets sont Hawaï, la Nouvelle-Zélande et l’île de Pâques. Nous avons vraiment apprécié notre plongée en culture polynésienne avec quasiment deux mois d’immersion entre Nouvelle-Zélande, Polynésie puis île de Pâques. Outre traditions, mythes et légendes souvent proches voire similaires, nous avons trouvé beaucoup de points communs culturels.

Comme en Nouvelle-Zélande, ce sont des peuples d’Asie du Sud-Est, les Lapitas, qui colonisèrent les îles de Polynésie Française, entre 500 av JC et 500 ap JC. Ces incroyables navigateurs arrivèrent à bord de leurs grandes pirogues chargées d’animaux et de plantes. Ils s’installèrent sur ces terres hospitalières et mirent en place une société hiérarchisée, basée assez paradoxalement à la fois sur les rivalités claniques et une unité harmonieuse des valeurs humaines.

Et puis les européens débarquèrent. D’abord le navigateur anglais Samuel Wallis en 1767, suivi de Louis Antoine de Bougainville l’année suivante. Le mythe tahitien venait de naître. En 1797, l’évangélisation commence… d’abord portée par des missionnaires anglais de la London Missionary Society, avec toutes les conséquences habituelles : acculturation, interdiction des coutumes traditionnelles (danses, tatouages, dieux et musiques traditionnelles) et traduction de la Bible en tahitien qui s’achève en 1838. A cette époque, un grand chef de clan, Pomare II, voit l’opportunité d’obtenir plus de pouvoir. Il s’allie aux colons en 1815, gagne une bataille décisive, s’impose comme « roi » et se convertit au christianisme. Les conversions vont bon train et le code Pomare (mélange de lois anglaises, de préceptes de la Bible et de coutumes tahitiennes) voit le jour, interdisant par la même occasion cultes et rites traditionnels. C’est la reine Aimata Pomare IV, descendante de Pomare II, qui signera le protectorat avec la France en 1842, avant une étape définitive en 1880 où Pomare V cèdera ses Etats en échange d’une rente viagière et du maintien de son statut de « roi » local. Ne nous mentons pas, il y a eu quelques guerres civiles qui ont émaillé cette colonisation, mais force est de constater que la cohabitation actuelle semble plutôt harmonieuse et qu’en terme d’évangélisation, comme souvent dans les îles, le catholicisme semble désormais bien plus vivant dans les atolls qu’en métropole…

En passant du temps dans cette zone Pacifique dont on nous parle finalement très peu en France, nous avons perçu pour la première fois les enjeux stratégiques et géopolitiques de cette zone. Et l’on comprend mieux pourquoi Européens, Américains ou même Chiliens ont absolument voulu garder des bases militaires dans ces îles perdues au milieu de l’océan. En effet, dès le XIXème, les îles de Polynésie deviennent des escales prisées des bateaux de toutes origines et enjeux d’affrontement politiques et économiques, et bien sûr théâtre de démonstration de force avec les tristement célèbres essais nucléaires de Mururoa. Sans vouloir atténuer la responsabilité française, c’est tout de même intéressant de comprendre que les Anglais en ont fait de même en Australie, et les Américains à Hawaï. Mais au concours de celui qui a la plus grosse… île, avec une superficie de la taille de l’Europe, c’est la Polynésie Française qui gagne.

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