Rencontre avec Tiki

Les Tikis étaient spécialement vénérés dans l’est de la Polynésie, en Nouvelle-Zélande et à Hawaï. Dans l’archipel des Marquises, sur l’île de Raivavae (archipel des Australes) et à l’île de Pâques, leur forme monumentale témoigne de l’importance du culte dont ils faisaient l’objet.

Le terme Tiki revêt plusieurs sens, d’une part la statue représentative de la figure humaine, d’autre part, il symbolise le phallus du premier homme et la force procréatrice de la figure mythologique Tiki. L’archéologie ne permet malheureusement pas encore de dater l’avènement de ces statues. Toutefois, l’exposition qui s’est tenue début 2017 au musée de Tahiti et des îles a permis de révéler que le Tiki est apparu quelques siècles après le long mouvement de peuplement des îles polynésiennes. Il est intéressant aussi de noter que l’on retrouve des statues anthropomorphes gigantesques en Amérique du Sud, aux confins du lac Titicaca au Pérou. On sait que des contacts avaient été établis entre les polynésiens et le continent sud-américain autour de l’an 1000. Ces forts symboles des peuples pré-incas auraient-ils pu influencer les Polynésiens ?

Selon la tradition orale des Marquises, où il est le plus souvent représenté, Tiki habitait dans l’Havaï (le monde souterrain) où il aurait créé la première femme avec du sable et lui aurait donné le nom de Hiva-tu-na-one. De cette union naquit une fille, Te-papa-una avec qui il s’accoupla et un fils, Te-papa-ao. Ses enfants eurent à leur tour une descendance. Tiki fit alors émerger d’autres iles pour accueillir sa nombreuse progéniture ; d’abord Nuku Iva et Ua Pou, puis les autres îles des archipels des Marquises. Le mythe raconte que les premiers hommes le représentèrent pour conserver son souvenir, donnant ainsi forme aux premières statues de Tiki.

A la fois démiurge, mi-homme et mi-dieu, Tiki est la divinité de la virilité et de la fécondité, symbole de la création et de la fertilité et personnification du sexe masculin. Il représente la connaissance des arts et les outils civilisateurs. Espiègle et farceur, il transgresse les interdits, initie aux jeux sexuels et s’adonne à l’inceste.

Autrefois, les Tikis ne pouvaient être approchés que des chefs ou des prêtres. Quiconque s’en approchait était condamné à mort. Ces statues étaient associées à un ancêtre divinisé  – chef ou prêtre- dont le mana (esprit ou pouvoir spirituel), avait été transféré dans la statue, lui conférant un pouvoir Tapu, c’est-à-dire sacré. Le tiki était un objet suscitant méfiance et respect, il était chargé de pouvoir afin de protéger le clan, mais nuisait à ses ennemis.

La représentation de Tiki a connu une progressive évolution, d’abord la pierre dressée, puis la pierre dressée phallique. Ensuite ce sont des figures anthropomorphes phalliques, ce sont les tikis tahitiens, et puis on arrive à une sorte d’aboutissement avec le tiki marquisien, et les statues de l’île de Pâques (les Moai) avec ces figures vraiment humaines, vraiment stylisées.

A quoi reconnaît-on le Tiki ? Principalement anthropomorphe (qui se caractérise par une forme humaine) aux Marquises, le Tiki est le plus souvent représenté avec une tête surdimensionnée, de grand yeux circulaires, un large nez, une bouche occupant toute la largeur du visage, les mains posées sur le ventre et les jambes fléchies sur un corps trapu. S’il apparaît presque toujours debout, de rares tikis de pierre adoptent une position assise tandis que la représentation du Tiki couché est exceptionnelle. De nombreux tikis sculptés sont ornementés de motifs sur l’ensemble du corps, motifs inspirés du tressage et des dessins de nattes, constitués de cannelures géométriques censés symboliser le tatouage.

On sait qu’en 1910, Picasso fit l’acquisition d’un tiki marquisien qu’il garda toute sa vie. Insufflé par Picasso, le cubisme a ouvert la voie de l’abstraction dans l’art moderne, sans doute inspiré en partie des motifs ornementaux abstraits qui ornementaient le corps des tikis. Les années 1960 constituent un regain d’intérêt pour les tiki, notamment en Amérique. Par opposition au mode de vie imposée par la société moderne, les américains fantasment le paradis polynésien. Tiki devient alors une icône de la pop et le dieu du divertissement : il se décline sur de nombreux objets publicitaires et des éléments de décoration intérieure et donne son nom à de nombreux bars, hôtels, restaurants. Tiki embrasse ainsi toute l’histoire de la Polynésie et n’a cessé de nourrir l’imaginaire occidental du paradis perdu.

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