L’île du Nord : au coeur des volcans

· DE WELLINGTON AU PARC DES VOLCANS

Après une traversée assez agitée entre Picton et Wellington et un peu de retard accumulé, nous voilà en route pour le seul freecamp de Wellington qui se trouve au niveau de la marina. Nous découvrons sans grande conviction mais sans alternative un parking bondé, sous une pluie battante, avec des toilettes mais à quelques centaines de mètres, avec un vent puissant à affronter pour s’y rendre. A la guerre comme à la guerre ! Seule réjouissance au tableau, un allemand insolite, vivant dans sa caravane, sur la place à côté de notre campervan, et nous gratifiant d’une ballade accompagnée de sa guitare. Improbable !

Au réveil, la pluie est toujours là et le ciel bien plombé, mais il paraît que c’est normal à Welly la Windy. Peu importe, nous sommes restés à Wellington pour visiter le célèbre musée Te Papa, qui, outre sa renommée, est également gratuit ; tout cela sur les très bons conseils de Laetitia dont nous parlerons plus longuement dans notre article Tranches de vie. Nous y entrons à l’ouverture à 10h00 tapantes, très enthousiastes à l’idée de découvrir notre premier musée de Nouvelle-Zélande et d’en apprendre un peu plus sur ce pays. Nous ne serons pas déçus. De l’exceptionnelle histoire géologique de la Nouvelle-Zélande, en passant par sa faune et sa flore uniques, à sa richesse culturelle maori, Te Papa nous en met plein la vue.

Quelques courses plus tard, nous revoilà sur les routes. Objectif ambitieux : avaler les kilomètres qui nous séparent du Tongariro pour pouvoir se lancer à l’assaut des volcans dès le lendemain matin. Mathieu nous conduit le long de la côte Ouest, savourant les premières routes dignes de ce nom, c’est-à-dire asphaltées, avec moins d’un virage tous les 5 kilomètres, et la possibilité de rouler, enfin, aux limitations annoncées.

Nous choisissons une variante, suggérée par Marielle et David, pour atteindre le parc des Volcans. Aucun regret, la vallée de Whanganui nous régale, ainsi que son charmant village de Jérusalem (nous qui ne sommes toujours pas allés en Israël), et surtout son sublime coucher de soleil.

· AU CŒUR DES VOLCANS, LE PARC DU TONGARIRO

Après une nuit en camping sauvage (un freecamp conseillé par Wikicamp mais où nous découvrons des panneaux « interdit de camper » à l’entrée du chemin), nous nous levons très tôt pour éviter des rencontres avec les patrouilles (que nous n’avons jamais vues, mais que tous les autres touristes semblent avoir déjà croisées), mais aussi pour démarrer tôt notre journée de randonnée, la Tongariro Alpine Crossing, remixée par Charlotte et Mat. En effet, au lieu de faire la traversée de 17km, puis de prendre une navette pour la modique somme de 30$ par personne pour revenir au parking de départ, nous décidons d’effectuer un aller-retour jusqu’à lac bleu, ce qui devrait nous permettre de voir les sites majeurs (le cratère Sud, le cratère Rouge, les lacs d’Emeraude et le lac bleu), et d’effectuer 22km tout en économisant le retour en navette, et surtout en n’ayant pas de contraintes d’horaire.

Il faut savoir que cette rando est la plus célèbre et donc aussi la plus courue ou du moins arpentée de Nouvelle-Zélande. Pas question de la rater. Arrivés sur le parking du départ, nous restons un peu dubitatifs devant les énormes nuages coincés sur les volcans vers lesquels nous sommes censés aller. Mais nous voyons d’autres personnes se lancer, et nous n’avons pas vraiment d’alternative, alors on sort nos gore-tex, on prépare notre sac, et munis de nos bâtons de marche, nous nous lançons.

Le deuxième kilomètre annonce la couleur. Une pluie version crachin avant de devenir une véritable douche (d’ailleurs ils disent « shower » et non pas « rain » pour la pluie) nous trempe jusqu’à la moelle, ou pour Mathieu selon son expression favorite « jusqu’au fond du slip ». Le moral est dans les chaussettes (qui, elles aussi, commencent à prendre l’eau), Mathieu se pose la question de faire demi-tour, mais Charlotte, dégoulinante, se dit que foutu pour foutu autant continuer. Nous finissons de traverser un champ de lave au milieu de la brume et de la pluie quand nous arrivons face à un panneau qui rappelle que la Tongariro Alpine Crossing demande de l’entrainement, de la préparation, un bon équipement, et une adéquation entre ses capacités et la météo qui peut être extrêmement changeante. Comme nous commençons à avoir l’habitude du temps kiwi capricieux et de randonner, notre sac est bien rempli : 2 polaires pour avoir du sec pour les pauses, de l’eau en quantité, un casse-croute, des barres de céréales pour les fringales, une couverture de survie et bien sûr nos goretex pour affronter la pluie.

Nous nous lançons donc dans l’ascension vers le cratère Sud, que nous ne distinguons quasiment pas. Arrivés sur un replat, sans savoir que nous sommes déjà dans le cratère, nous croisons un régiment de la marine française, coincé à Auckland pour cause de panne, et qui est venu s’entraîner et profiter sur l’Alpine Crossing. Ils descendent dépités, n’ayant absolument rien vu pour cause de nuages. Un peu affectés par cette dernière nouvelle, nous nous remettons en marche. Après tout, la pluie s’est calmée, et nous bénissons nos pantalons techniques, qui sont déjà quasiment secs.

En même temps que nous achevons notre ascension vers le deuxième cratère que nous ne distinguons toujours pas, le vent violent qui souffle depuis le début et particulièrement dans cette zone, finit par pousser ces vilains nuages gâcheurs de vue, et nous assistons, d’un coup, à un lever de rideau magistral ! Le spectacle nous stoppe net. Nous nous situons en fait sur l’arête du cratère rouge, une immense et profonde bouche rouge et noire, qui explulsa toute cette lave il y a quelques millions d’années. Les parois sont verticales, quelques cheminées sont encore visibles, les alternances de noir et rouge sont saisissantes. The Red Crater, extraordinaire ! En-dessous du cratère, se trouve une immense plaine désertique, digne de paysages lunaires, où se découpent trois petits lacs d’émeraude, aussi fascinant que fumant. De-ci, de-là, quelques fumerolles aux odeurs sulfureuses finissent de parachever ce décor volcanique et tellement hors norme. C’est comme si la Terre nous laissait voir d’un coup ce qu’elle est capable de créer, et nous donnait à voir un petit aperçu de ses entrailles. Grandiose !

Surexcités par ce moment suspendu, nous descendons, dans le sable noir, « à la ramasse » le pan du cratère vers les lacs d’émeraude, que nous ne nous laçons pas d’admirer, et qui ne sont pas sans nous rappeler un certain Kawa Ijen… Nous traversons ensuite la plaine désertique pour atteindre le bout de notre randonnée, le lac bleu. Nous en profitons pour nous sécher (en bénissant Mat d’avoir insisté pour prendre une deuxième polaire qui est restée bien au sec, ou presque, dans le sac à dos), et déjeuner dans ce site époustouflant. Mais la Terre-Mère et le Ciel-Père, comme diraient les Maoris, nous en ont déjà trop donné. Les nuages reviennent, et la pluie ne tarde pas. Nous profitons d’un ultime répit entre quelques nuages pour admirer une dernière fois ce paysage fantastique et nous disons adieu au Red Crater qui re-disparait derrière les nuages et afin de redescendre ce pan là avant qu’il ne devienne trop glissant avec la pluie. Mission accomplie, mais le cratère Sud aura cependant raison de notre grande activité séchage du déjeuner. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, nous revoilà trempés jusqu’à l’os. Mais le moral est là. Nous avons vu et nous nous sentions privilégiés. La pluie n’aura pas le dessus sur notre enthousiasme et une fois passée le cratère Sud, la pluie cesse enfin son combat avec nous, nous donnant ainsi l’opportunité de découvrir le paysage constellé de coulées de laves que nous n’avons pas pu voir à l’aller. Nous rentrons dans le campervan mouillés, mais le sourire jusqu’aux oreilles. C’est la plus belle rando que nous ayons faite depuis notre arrivée chez les Kiwis. Le Tangariro, c’est du top niveau !

· DE TAUPO A ROTORUA, AU CŒUR DES SOURCES

Après un très léger délai pour rejoindre Taupo, 1h30 à attendre qu’une remorqueuse vienne débloquer un camping-car bloqué en travers de la piste menant au parc des volcans, puis un détour d’1h par l’autre rive du lac suite à la chute d’un semi-remorque dans le lac, nous avons fini par rejoindre ce village dont la renommée est surtout liée à son immense lac, qui n’est autre qu’une caldera.

En effet, le lac a été créé par une éruption phénoménale, l’éruption Oruanui, il y a 26 000 ans, probablement la plus forte dans l’histoire « récente » (dans les 70 000 dernières années) de notre planète. Cette éruption massive entraîna l’effondrement du cratère, laissant ainsi place à une caldera. Le lac est donc venu combler le cratère d’un immense volcan, qui constitue le réservoir d’un magma extrêmement visqueux, qui n’explose qu’avec une pression extrême. La partie centrale de l’île du Nord fut recouverte d’une couche de 200 mètres de débris. Si on avait étalé cette couche sur toute l’île du Nord, elle aurait quand même fait 10 mètres d’épaisseur ! On a retrouvé des couches de 18 cm de cendres dans les îles Chatham, à plus de 800 kilomètres de Taupo. Ce volcan est actif depuis environ 300 000 ans, et il y aurait eu 28 éruptions depuis celle qui entraîna la création du lac. La dernière eu lieu en 1800 et fut l’une des 2 plus violentes dans les 5000 dernières années.

 « Mais Jamy, pourquoi y-a-t-il autant d’activité volcanique à Taupo ? ».  En fait, à cet endroit la croute terrestre est particulièrement fine car elle est étirée par 2 phénomènes inverses : au nord de Taupo, la plaque Australienne passe au-dessus de la plaque Pacifique, alors qu’au Sud de Taupo, c’est la plaque Pacifique qui passe au-dessus de la plaque Australienne. La Nouvelle-Zélande a donc été créé par la forte activité liée à la tectonique des plaques, et Taupo se trouve, de surcroit, au niveau où les phénomènes de subduction s’inversent, ce qui crée une activité volcanique encore plus forte.  Mais cela n’inquiète aucunement les Kiwis qui sont 26 000 à y vivre…

Nous avons ensuite suivi les vapeurs et les fumerolles pour remonter jusqu’à Rotorua, en nous attardant un peu vers Waipou et Waikite. La région est un immense réseau souterrain de tunnels de vapeurs, gaz et boue chaude… On pourrait se croire dans nos volcans d’Auvergne, tant la région est parsemée de cônes verdoyants, à la différence qu’on aperçoit un peu partout des fumerolles, et parfois un geyser, ou une piscine de boue. Non, ce n’est pas un ring pour un combat de femmes sexy en maillot de bain, mais plutôt une zone où remonte à la surface un amalgame de vapeur d’eau, de gaz et des particules, qu’ils appellent plus simplement « boue », sauf que cette boue n’a rien des sympathiques flaques de notre enfance où l’on aimait sauter puisque l’amalgame outre le fait d’être brûlant est très acide et ses vapeurs sont toxiques à haute dose. L’idée d’aller se rouler dans la boue n’est donc pas vraiment d’actualité, en revanche nous nous sommes régalés à regarder ces mini-geysers de boue percer à la surface. Plus qu’ailleurs, la Terre-Mère semble vivante en Nouvelle-Zélande.

Outre l’utilisation géothermique pour le chauffage, une grosse partie de l’exploitation se fait autour de bains dans les sources d’eau chaude, de la version ultra-naturelle, comme à Kerosene Creek (un bon plan plutôt connu par les locaux, où l’on peut se poser gratuitement dans des trous de rivière où l’eau a déjà un peu refroidie, ce qui donne un très agréable bain autour de 30°C), aux versions luxueuses de spa haut de gamme proposant les bains et toute une gamme de soins enrichis en minéraux volcaniques, censés vous donner la beauté éternelle bien sûr. Pour notre part, nous avons testé les trous « naturels » de Kerosene Creek et un super camping où les bains à 40°C sont inclus avec l’emplacement et où nous avons barboté jusqu’à la tombée de la nuit, après avoir bien sûr admiré la source, c’est-à-dire un espèce d’immense jacuzzi d’eau à 95°C sortant de terre, à gros bouillon, au milieu d’un petit court d’eau, le tout dans une vapeur de hammam.

Revigorés par ces bains de jouvence, nous nous sommes arrêtés à Rotorua pour une petite rando dans les forêts de séquoias géants, où quelques odeurs d’œufs pourris nous rappellent à nouveau l’incroyable activité volcanique de cette région dont on sent une énergie bien particulière.

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