Tranches de vie – Calédonie

Nous avons pris le temps de vivre en Nouvelle-Calédonie et ça nous a fait du bien. Nous profitons de cet article pour faire une spéciale dédicace à Armelle, Marcel, Téa et Margaux (superbe chienne très bien éduquée, croisement entre un doberman et un pitbull, le résultat est splendide), qui nous ont accueilli avec toute leur générosité et leur simplicité, des hôtes extraordinaires qui nous ont donné un précieux sentiment de « chez nous » à l’autre bout du monde. Des simples moments d’échange, aux repas sains et délicieux entre poisson frais, riz (dont la cuisson si parfaite de Marcel reste un peu mystérieuse) et découverte de légumes locaux, des nombreux conseils pour nous aider à découvrir au mieux leur Caillou, des moments de convivialité avec leurs amis et des activités faites ensemble, il nous a été difficile de repartir… Un grand merci à la famille Baudy-Durand pour cette parenthèse enchantée !

· ENTRE PAELLA & SANTEO

Dans les hasards amusants de la vie, il se trouve qu’une ancienne nageuse du TOEC (ancien club de natation de Charlotte) vit à Nouméa avec sa famille. Passer à Nouméa sans les voir n’était évidemment pas possible. Nous avons donc passé une excellente soirée autour d’une paella, accompagné d’un délicieux vin chilien chez Arnaud et Solenne. On remercie vraiment les parents de Solenne qui ont ramené le kit à paella, car Arnaud est désormais passé maître dans l’art de la paella, et ce plat espagnol au bout du monde nous a vraiment réjoui.

Il faut aussi préciser que Solenne est kiné du sport, et qu’elle vient de monter un centre d’optimisation de la forme et du bien-être par des professionnels de santé pour particulers et professionnels à Nouméa, SANTEO.

(http://santeo.nc)

Nous avons ainsi eu la chance découvrir le centre, très moderne, super bien pensé et décoré, et avons profité de l’occasion pour une séance de check-up et réajustement bienvenue après quelques 7 mois de vadrouille sac au dos. On passe souvent sous silence ces aspects moins sympathiques du voyage, mais le port des sacs et autres bouteilles de plongée, une petite chute sur un bateau ou autres balades un peu rapides dans les rochers peuvent abimer de manière un peu plus rapide que dans le quotidien. Bref, les doigts de fée de Solenne nous ont permis de nous recaler et également de bénéficier de ses précieux conseils pour prévenir ou soulager ces petits maux, pas forcément handicapant, mais usant à la longue. Merci Solenne et bonne chance pour SANTEO, le concept est génial !

· KAVA AU NAKAMAL

Impossible de passer en Nouvelle-Calédonie sans goûter l’intrigante boisson locale dont tout le monde parle, le Kava, et qui se déguste de préférence dans un Nakamal. Mais c’est quoi tout ça ?

A l’origine, le nakamal était un espace communautaire réservé aux hommes au Vanuatu, où il a une dimension symbolique importante, notamment pour y boire le Kava, dont la consommation est ritualisée par la coutume. Le partager est un signe d’amitié. Le proverbe dit : « on ne peut tuer tout de suite quelqu’un avec qui on vient de boire le kava » ! Les racines de kava sont utilisées dans de nombreuses cérémonies. Comme plusieurs Ni-Vanuatu (habitants de Vanuatu) se sont installés en Nouvelle-Calédonie, le concept s’est développé, et de manière plus démocratisée et moins tribale. Les nakamals à Nouméa et sur le Caillou, sont donc des lieux de consommation du fameux Kava ou d’autres boissons non-alcooliques uniquement, mais aussi des lieux de sociabilité tout simplement, où l’on se retrouve pour discuter tranquillement autour d’un Kava. Ils sont ouverts tôt, ne sont pas toujours faciles à trouver (parfois une petite lueur rouge en indique l’entrée), se connaissent par bouche à oreille, et sont apparemment très appréciés de nombreux professionnels de santé métropolitains installés en Nouvelle-Calédonie…

Vous l’aurez compris le Kava n’a rien à voir avec un pétillant espagnol ou une eau de vie de pomme locale. C’est une boisson non-alcoolisée, faite à partir d’une plante proche du poivre (Piper methysticum), aux nombreuses vertus : anesthésiantes, relaxantes, euphorisantes et même anti-dépresseur… Plein de bonnes raisons d’en consommer. A savoir tout de même qu’une consommation à haute dose n’est pas très bonne pour le foie. Cependant, ce n’est ni une drogue, ni de l’alcool, et cela ne pose aucun problème en cas de contrôle de police !

La préparation traditionnelle fait rêver : la racine est mâchée, puis recrachée sur une feuille de bananier et laissée au soleil. La pâte ainsi obtenue est ensuite filtrée avec un peu d’eau et consommée immédiatement. Mais la modernité est passée par là : dans les nakamals nouméens, on ne mâche plus la racine, on l’achète toute prête en poudre. Il ne reste plus qu’à ajouter de l’eau et à filtrer (ou pas, c’est selon !).

Nous avons donc été guidés par Sophie et Anita dans l’un des très nombreux nakamals de Nouméa. Selon leurs propres dires, celui-ci était idéal pour « débuter » car il est propre, bien tenu, et que l’on est sûr de ce qu’on boit… Nous voilà rassurés.  Nous avons été chercher notre shell (prononcé sel) de Kava (les habitués, comme Anita, viennent avec leur propre shell, en général une moitié de noix de coco évidée et décorée) et s’ensuit un petit rituel : on lève son shell, on prononce un mot local, puis on avale d’un coup, apparemment surtout parce que c’est assez mauvais, et enfin on se rince la bouche et on crache dans le lavabo (pour chasser l’amertume). Conclusion : il y a toujours un lavabo dans un nakamal, et plein de gens autour pour pouvoir mener ce petit rituel.

Pour notre part, on n’a pas trouvé ça aussi mauvais que ce que tout le monde nous disait. Clairement c’est amer, et selon les goûteurs, cela laisse un goût de terre ou pour Charlotte une sensation de thé trop infusé (genre maté) et dont le sachet se serait percé. Côté effets, on s’est senti détendu, mais on ne pouvait pas vraiment dire qu’on était tendu avant. Et lorsqu’on le goûte lentement, cela a un léger effet anesthésiant sur la langue. Nous nous sommes contentés de 2 shells, alors on ne peut pas dire qu’on ait été « kavaté » (c’est le mot utilisé, si, si). Pour résumer, on a beaucoup aimé l’ambiance du lieu et partager ce moment et cette tradition : on reviendra avec plaisir au nakamal, quant au kava, on lui préfère son homologue espagnol !

· LA COUTUME

En Nouvelle-Calédonie, la coutume est présente partout. Même si des touristes comme nous, n’avons pas vraiment eu le temps d’en découvrir les arcanes, nous y avons tout de même été confrontés, étant en permanence sur des terres coutumières ou tout simplement parce que tout le monde en parle. Armelle nous a même montré un énorme projet de plus de 100 pages, tentative de formalisation écrite du droit coutumier qui a toujours court sur le Caillou. Et même si ce n’est pas très politiquement correct, nous oserons dire qu’il y a dans les tribus des zones de non droit, ou plutôt des zones de droit coutumier, où le droit français passe au deuxième plan.

Nous avions donc envie de partager quelques-unes de ces coutumes kanaks (oups mélanésiennes), parce qu’ici le politiquement correct fait rage : on ne dit pas kanak mais mélanésien (peuple indigène, qui habitait le Caillou lors de l’arrivée des Européens), on ne dit pas caldoche mais calédonien (européens présents depuis plusieurs générations), on ne dit pas zoreille mais métro ou européens. De temps en temps on s’y perd, mais heureusement Armelle et son incroyable culture du Pacifique se charge de parfaire nos connaissances.

La coutume correspond donc à des façons de faire propres à chaque tribu, c’est un ensemble de droits et de règles, mais aussi des garanties sociales et des gestes coutumiers comme l’offrande de l’igname et du taro. Voici les gestes, qui nous ont paru clés, issus du site www.pwerabi.com.

LA COUTUME DU NOM ou « YADE’ KÂBE » pour une place et une fonction au sein du clan

Juste à la naissance de l’enfant, une coutume est organisée en son honneur, afin de l’introduire officiellement dans le clan. Le nom, donné par le clan, après accord du chef de clan et de l’ensemble de membres présents, permet à l’enfant de devenir officiellement un membre reconnu de ce clan. Ce nom lui indique dans le même temps sa position et son rôle dans le clan vis à vis des autres. C’est une identité, mais aussi un rôle social qu’on lui confère.

Par ce nom, l’enfant rejoint normalement une position existante dans le clan, et se range parmi d’autres plus anciens, afin de faire perdurer le nom, et le rôle (sa fonction sociale coutumière et vitale), au service des fonctions et devoirs du (grand) Clan.

Ce nom sera toujours unique dans le clan : personne d’autre ne pourra porter ce nom.

o   LA COUTUME DU MARIAGE ou « YADE’ MÂÂTEREMONIÔ » pour créer un lien et ouvrir le chemin entre 2 clans

Le mariage kanak ou coutumier, est un acte de mise en relation, au-delà du lien entre l’homme et la femme : en effet, ce geste coutumier lie, de manière solennelle et officielle, et de façon irréversible, la fille et l’ensemble des membres de son clan, au garçon et à tout son clan. Ce mariage culturel et social entre 2 clans établit un lien inter-clanique : c’est la naissance d’un nouveau chemin coutumier.

Le clan du garçon devient, de fait, un allié objectif du clan de la femme, et vice-versa. Par ce nouveau chemin coutumier, les 2 clans s’allient pour travailler à diverses tâches coutumières, construire sa maison, préparer un événement coutumier ou également faire la guerre (du temps des anciens !). Dorénavant chacun des 2 côtés de ce chemin pourra à sa guise présenter une coutume de doléances (geste coutumier) de demande d’aide et de participation à divers travaux.

Le Mariage Coutumier est d’abord une obligation coutumière pour le garçon afin de légitimer l’ensemble de ses intérêts à avoir une FEMME (la procréatrice, l’éducatrice, la nourricière, la compagne, la conseillère aux affaires féminines, …), mais aussi et surtout légitimer la présence de cette nouvelle femme dans son clan, et lui valider tout un ensemble de comportements, gestes et paroles de la femme dans sa nouvelle tribu : bref, lui donner la place et le respect qu’elle doit mériter, au regard de son rôle.

La Femme est toujours un « Don du ciel » pour le clan : elle donne de la valeur à leur fils, et lui procure sa descendance et celui du clan. Elle devient à son tour une nouvelle maman dans le clan, titre qu’elle détiendra jusqu’à sa mort, vis à vis de son clan d’accueil, dans la relation coutumière avec son clan d’origine : les gestes de coutume de ses enfants (naissance, vie, mort), présentés à chaque fois aux oncles utérins, seront l’expression matérielle et symbolique de cette relation, instituée grâce à la nouvelle maman lors de la coutume du mariage, le « YADE’ MÂÂTEREMÔNIÔ ».

o   LA COUTUME DU DEUIL OU « MÂÂXIM » : la fin d’un actif dans sa fonction sociale

La coutume du DEUIL, est le geste coutumier qui s’établit lors du décès d’un membre du clan (homme ou femme). Le clan du membre décédé, maître pour l’occasion des cérémonies, donne une coutume, le « JAAWE » (le tabac, qui peut correspondre à une monnaie kanak) au clan des oncles utérins (clan des Tontons de la maman) pour signaler l’événement. Les clans alliés très proches seront également informés par un geste coutumier (Bajaar) pour aider à l’organisation des cérémonies.

L’ensemble des clans alliés s’achemine tous dans la tribu du défunt et présente chacun à leur tour un geste coutumier d’aide et de participation, leur AYAGE, avant l’arrivée des Tontons !

Pour la cérémonie coutumière de deuil, le clan « Maître des cérémonies » KAVUNPALIIC ou KAVUREPALIIC avec ses alliés, prépare et présente le MÂÂXIM, coutume du défunt, au clan de la Mère et des ONCLES maternels du défunt, le clan WANIRI (les Tontons).

Dans la symbolique, cette coutume est le geste de signalement de la mort : l’arrêt d’activité chez les vivants, et la préparation pour le départ dans le monde des esprits. On confie le corps (les cheveux, le sang, les mains, les pieds, la tête, …) à ses oncles maternels, propriétaires culturels de la dépouille. Seuls ces derniers devront l’enterrer, ayant les droits exclusifs d’accès à la dépouille mortelle (bien matériel et corporel obtenu de la mère, symbolisé par le sang dans les veines d’un individu kanak).

En accompagnement du geste du MÂÂXIM, des petites coutumes sont opérées pour lever les interdits : BA-WELI’GU (donne droit au clan du défunt à entretenir sa tombe), BA-MWEJU (donne droit à travailler dans le laps de temps séparant la date de décès et du lever de deuil, et le BA-PU’MWÂ (donne droit à faire ou refaire une case, ou une maison quelconque)

Le lever de deuil (BA-PANUÂ’KEER), lié également au MÂÂXIM deuil du défunt, est un autre événement (à 1 an) où on se retrouve pour décréter la fin du deuil. Le clan remet les affaires du défunt (symbolisées par 1 valise avec son dernier linge, ses outils de travail, et autres …) aux Tontons. : le délai est donc de 1 an, en pays MWÂLEBENG. C’est l’événement qui acte la fin de son existence du monde des vivants, et du départ vers le monde invisible des esprits et des anciens.

Le nom kanak (yat), le rôle social (pep), et la place occupée (mân coor) par cet actif seront de nouveau disponibles pour le clan et ses membres (anciens ou nouveaux nés).

2 réflexions sur “Tranches de vie – Calédonie

  1. chantal

    Super tes explications , je comprends maintenant le temps que vous passiez à travailler dessus lors de votre séjour à Moorea .
    Vous me révélez une tonne de choses que je ne connaissais pas sur la Calédonie, alors que j’y ai passé 4 ans.
    Pour les plongées , je m’y suis revue , un délice .

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