A la découverte du « Caillou »

· A L’OUEST : DE NOUMEA A POE

Pour le 1er jour, cap sur le nord-ouest vers Bourail où dans notre volonté de nous laisser porter, nous avions décidé de suivre à la lettre le programme d’Audrey. Une 1ère étape nous a ainsi conduit au sentier des 3 baies, une charmante balade au-dessus de la passe, et qui permet de passer de baie en baie. Malgré la baie des tortues sur notre route, pas une seule tortue n’a daigné se montrer ce jour-là, mais nous avons pu apercevoir furtivement un dugong (une sorte de vache de mer).

Nous avons ensuite rejoint le camping de la plage de Poé où nous avons monté la tente gentiment prêtée par Armelle et Marcel. Etant en pleine marée basse, le lagon ne permettait qu’un bain de pied, et cela nous a permis pour une fois de nous poser et de nous livrer à une délicieuse sieste sur la plage déserte de Poé. Nous insistons bien sur le mot désert ! Difficile d’imaginer que cette plage est devenue la sortie du week-end de tous les nouméens, et que celle-ci est alors prise d’assaut. Nous avons assisté, pendant la marée montante, à un ballet de petits poissons sautant au-dessus de l’eau, et après un dîner face au lagon, nous nous sommes couchés dès la tombée de la nuit, face à l’assaut de ces bêtes minuscules mais extrêmement agaçantes, les moustiques !

· LA TRAVERSEE : DE BOURAIL A HIENGHENE

Au petit matin, le ciel s’était plutôt bien dégagé et nous en avons profité pour faire un petit-déjeuner de Robinson sur la plage. Calme, solitude et sérénité… ça donne envie de faire une petite méditation. Nous nous sommes ensuite tranquillement mis en route pour l’étape du jour et la traversée de « la chaîne » pour se rendre sur l’autre côte. Contrairement aux Antilles ou à la Réunion, la Nouvelle-Calédonie n’est pas une petite île dont on fait le tour en une journée. C’est un morceau de caillou qui était auparavant rattaché à la Nouvelle-Zélande et à l’Australie dans le super continent du Gondwana (c’est pour voir si vous avez lu nos articles sur l’Australie). La Nouvelle-Calédonie fait d’ailleurs toujours partie d’un continent appelé Zealandia, à 93% submergé. Ce continent se serait affaissé après le détachement de l’Australie (60 à 85 millions d’années) et de l’Antarctique (de 85 à 130 millions d’années) et comprend en terre émergée la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie.

C’est pourquoi on trouve certaines similarités géologiques avec l’Australie ou la Nouvelle-Zélande et qui explique aussi la forme étrange de ce caillou, tout étiré sur 400km de long et entre 50 et 70km de large et dont la ligne médiane est constituée d’une grande chaîne de montagnes, dont le mont Panié culmine à 1629m. Autant dire que même si elle n’est encore que peu développée, la rando en Calédonie pourrait venir concurrencer celle de la Réunion.

Nous avons donc traversé le Caillou par la traverse censée être la plus roulante, dans un magnifique paysage qui évolue en terme de végétation, passant de la savane de l’ouest avec ses nombreux niaoulis (arbres endémiques de la famille de l’eucalyptus) aux forêts sèches puis humides, et dévoilant quelques pans de montagnes rongés par des hommes à la recherche de nickel. Ah oui, parce que pendant tous les mouvements tectoniques, des roches chargées de minéraux sont remontées à la surface : fer, cobalt, chrome, manganèse, magnésium et bien sûr du nickel, constituant ainsi entre 20 et 40% des réserves mondiales de nickel et 9% de la production mondiale, arrivant ainsi au 5ème rang des producteurs mondiaux… Ces mines étant à ciel ouvert, cela a façonné de manière étrange le paysage du Caillou, mais les entreprises sont désormais obligées de travailler de manière plus durable. Pour autant, de nombreuses montagnes ont été rabotées et cela crée un paysage particulièrement atypique.

Après une très jolie route entre Bourail et Houaïlou, et un pique-nique en bord de mer, nous avons enfin fini par rejoindre Hienghène, tout en découvrant cette côte ouest plus verte, et aux falaises plus abruptes. Nous avons profité d’une séance de kayak sur un bras de mer intérieur, au pied de magnifiques rochers karstiques (un petit air de Hanoi), que nous avons rejoints après un périlleux passage dans les rouleaux sur le récif corallien. Après ces quelques émotions, nous sommes allés admirer la fameuse « poule » de Hienghène, amas de rochers, qui, on vous en laissera juge, a tout d’une superbe poulette ! Et nous avons terminé la journée en rejoignant notre nouveau camping à Touho.

· TOUHO : A LA RECHERCHE DES MANTAS

Dans nos diverses expériences de plongée, nous avons toujours eu des ratés concernant les raies mantas. Pas la bonne saison, pas les bonnes conditions, pas le bon moment… bref pas de mantas. Les mantas, ça ne se commande pas. Mais Armelle nous avait quand même dit que « LE » site de Nouvelle-Calédonie où nous avions le plus de chance de voir des mantas, était à Touho. Alors autant dire qu’on était carrément motivé !

Après une nuit revigorante à Touho, nous étions dans les starting blocks pour aller voir les mantas. Mais comme on est toujours aussi chanceux, les conditions n’étaient pas au top. Il faut savoir que depuis le début de notre périple en Nouvelle-Calédonie, nous passions entre les gouttes, et la météo annonçait pour toute la semaine des rafales importantes qui provoquaient une houle, pas forcément propice à la plongée, ni aux mantas. Bref, Sandro, le moniteur, étant seul avec nous, et ayant à cœur de débusquer les raies, nous a fait patienter sur le bateau jusqu’à ce que le courant se calme (du moins le courant de fond) et que nous puissions nous mettre à l’eau. Et là, nous n’avons pas été déçus du voyage. Pas pour les mantas, mais parce que le courant attire le « gros », sous-entendu dans le jargon de la plongée des requins, des thons, des bonites, des barracudas, des bans entiers de dawas et fusilliers… un régal pour les yeux. Nous sommes ensuite partis en quête de ces fameuses mantas, et c’est Charlotte en se retournant qui l’a aperçue, tranquillement en train de nous passer dans le dos, comme si elle nous faisait une bonne blague. Et là, l’émerveillement : la majesté, la beauté, la sérénité. Extraordinaire rencontre où nous avons pu admirer ce superbe spécimen d’environ 5m pendant presque 5 minutes !

Vaguement remis de notre magnifique expérience, nous avons décidé de tenter la route traversante plus au Sud, à la fois pour continuer à découvrir de nouveaux paysages, mais aussi pour rejoindre Farino et le parc des grandes fougères, espérant, si la météo nous le permettait pouvoir y effectuer une randonnée le lendemain.

Sur le papier, l’idée semblait top ! Sur Mapsme aussi, la route semblait tout à fait faisable. Mais dans la réalité, on a cru qu’on allait y passer la nuit ! Donc c’est officiel, la route de Kouaoua à la Foa est, certes, magnifique, mais il faut prévoir du temps, beaucoup de temps et se préparer aux 360 virages et quelques 3h pour à peine 80 km! Mathieu au volant a pu être aidé par Charlotte qui s’est transformée pour quelques heures en copilote de rallye, se servant de Mapsme pour annoncer à Mathieu : « virage à gauche 90° à 120m, épingle droite à 240° avant chicane puis grande ligne droite d’au moins 100m… ». Bon on était loin de la conduite de Sébastien Loeb à bord de notre Twingo publicitaire (la moins chère à la location) obligés de rétrograder en seconde à la moindre petite montée et nos soucis récurrents de buée intérieure et extérieur dû à l’humidité ambiante. Autant dire que nous sommes arrivés un peu tard à Farino, que nous avons monté la tente dans la nuit, sous une légère bruine, et que nous avons rapidement avalé un petit dîner avant de sombrer, et de rêver de mantas !

· FARINO ET LE PARC DES GRANDES FOUGERES

Au réveil, nous avons effectué une opération séchage de tente suite à une légère pluie et à une énorme humidité matinale. Mais face au soleil qui avait osé montrer quelques rayons, nous avons saisi l’opportunité pour rapidement nous mettre en route vers la cascade. Charmante randonnée le long d’un petit torrent, au milieu des fougères géantes, et accompagnés par la chienne du refuge, un gentil pitbull qui nous avait accueilli la veille en pleine nuit en aboyant et provoqué à Mathieu sa 12ème crise cardiaque du voyage et qui avait manifestement l’habitude d’ouvrir le chemin des randonneurs de passage.

Mathieu dégoulinant face à l’humidité ambiante, sa chevelure et barbe bien trop hirsutes et subjugué par la beauté des lieux a décidé de «se rafraîchir ». Un petit coup de tondeuse à 3mm, Charlotte s’est aussi improvisée coiffeuse pour fignoler la nuque, les contours d’oreilles et quelques touffes ratées (sans glace c’est pas évident ;))

Nous avons ensuite profité de la fin de matinée pour découvrir un peu plus la côte ouest et la jolie vue vers la Naia, avant de rentrer sur Nouméa et d’effectuer une opération commando : courses, nettoyage de la voiture, restitution de la voiture…

Nous avons fini ce périple dans la brousse conquis par le côté sauvage, le dépaysement et surtout le nombre extrêmement limité de touristes et de personnes en général. Un sentiment régulier d’être un peu seul au monde. Ce qui est troublant avec les différentes tribus disséminées dans cette brousse, c’est qu’on ne les voit pas. Les cases sont dissimulées dans la végétation, souvent éloignées des routes principales. Il faut emprunter une piste pour rejoindre telle ou telle tribu, et parfois on traverse les tribus sans même les voir. Mais eux nous voient. Seuls quelques panneaux discrets ou totems locaux indiquent parfois la direction d’une tribu. On aperçoit parfois la grande case kanak, lieu de pouvoir du chef de clan. L’architecture de la case est hautement symbolique et rappelle l’organisation sociale de la tribu : la porte de la case, de dimension basse (1m50), oblige les visiteurs à être vus et à s’incliner avant d’entrer, elle est soutenue par le poteau central qui représente le ministre chargé du maintien des rites, la flèche faitière représente le « frère aînée », et les chambranles les esprits protecteurs, les poteaux extérieurs représentent les lignées du clan, et se réunissent au faîtage autour du poteau central qui représente, lui, le chef de clan. La case est de forme ronde pour favoriser la discussion. Ce décor entre jungle, cases entre-aperçues au milieu de la végétation ou juste imaginées au bout d’une piste, et totems sculptés ici et là confère à la brousse une ambiance particulièrement mystérieuse et intrigante.

On se sent parfois observé, pas toujours invité, mais toujours salué. En brousse, on croise tellement peu de monde, que l’on se salue. Il n’est pas rare d’apercevoir tout à coup un mélanésien en train de marcher sur la route, comme sorti de nulle part, qui ne manquera jamais de faire un petit signe de main et sa machette dans l’autre. Nous avons adoré cette ambiance conviviale, comme si on se connaissait tous. Pour autant, cette culture tribale est relativement impénétrable. Bien sûr, on peut camper dans des tribus et essayer de vivre une expérience tribale, mais cela reste limité et nos échanges avec des métros vivant parfois depuis bien longtemps en Nouvelle-Calédonie nous ont confirmé qu’il y avait malheureusement peu de mixité dans les relations.

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