Manille

Nous commencerons par l’introduction du Lonely Planet sur Manille : « Surnommée la « Perle de l’Orient », Manille ne révèle ses attraits qu’à ceux qui prennent le temps de les découvrir ». Comme nous n’avons pas pris le temps, nous faisons donc partie de ces touristes restés un peu perplexes face à Manille, et ayant plutôt essayé de fuir au plus vite la Perle de l’Orient, qui ressemble plutôt pour nous à la Perle des Bouchons.

Cela dit, à notre arrivée, nous avons été vraiment bluffés par les gratte-ciel, la modernité ambiante, les quartiers d’affaires, les énormes malls, et les voitures qui ont toutes remplacé les deux-roues auxquelles nous étions habitués dans les autres mégalopoles asiatiques. Et nous ne remettons absolument pas en cause les attraits de Manille, mais le temps nécessaire pour aller d’un point A à un point B a eu totalement raison de la patience que nous pensions avoir développé pendant nos cinq mois en Asie. Se déplacer à Manille pour nous, c’est comme demander à un guépard de marcher à la vitesse d’un escargot.

Mais inconscients de tout cela avant de démarrer notre journée de visite, nous avons mis le cap sur Intramuros, dans un Grab (équivalent Uber), car oui l’uberisation est arrivée à Manille.

·      MAYNILAD

Manille fut colonisée par l’Espagnol Miguel Lopez de Legazpi en 1571. Ses vastes étendues de terres fertiles étaient plus attrayantes que Cebu, l’ancienne capitale. Son nom pré-hispanique Maynilad viendrait de may « il y a » et nilad, le nom d’une plante de mangrove qui pousse largement sur les rives du fleuve Pasig. A la fin du XIXe siècle, Manille était un centre de négoce prospère, point d’entrée en Chine et dans d’autres pays asiatiques. La Seconde Guerre mondiale, avec ses affrontements entre les Japonais et les Américains, mit un terme à cette période faste. L’agglomération se compose désormais d’un ensemble de communes devenues des quartiers, ce qui crée un patchwork original qui compte environ 12 millions d’habitants…

·      INTRAMUROS

C’est ici que le fameux Miguel Lopez de Legazpi installa ses quartiers en 1571. C’était donc le domaine de la classe dirigeante espagnole, entouré de bastions et de remparts, et affublé d’une forteresse. En son centre, on y trouvait bien sûr les bâtiments administratifs des colonisateurs, ainsi que églises, couvents, monastères, écoles, hôpitaux et des places.

Intramuros fut entièrement détruite au cours de la bataille de Manille pendant la Seconde Guerre mondiale et seule l’église San Agustin fut préservée.

Malgré le temps qu’il nous a fallu pour rejoindre Intramuros de Makati, et la pluie un peu menaçante ce jour-là, nous avons adoré flâné dans l’ancienne cité fortifiée. On y trouve cette ambiance coloniale et hispanophone, qui ferait presque penser à quelques cités d’Amérique du Sud. Nous avons remonté le temps en visitant la Casa Manila, sorte de maison-musée qui dévoile le mode de vie des colons espagnols au XIXe siècle. Pour vous dire l’enthousiasme des touristes à Manille, nous étions les seuls à l’intérieur du musée qui est pourtant très intéressant et qui prend peu de temps à visiter… Tant mieux, nous avons pris du plaisir à marcher seuls sur les magnifiques planchers en bois exotiques, à admirer les authentiques antiquités venues de toute l’Europe et à imaginer comment vivaient les colons à cette période. Un étage pour les affaires, un étage pour les réceptions des plus hauts dignitaires et les pièces à vivre pour le reste de la famille dont bien sûr la grande tante « vieille fille » qui avait sa chambre au sein du foyer. Nous sommes restés songeurs devant des toilettes à double assise : comprendre que l’on pouvait donc aller aux toilettes à deux et papoter pendant qu’on se soulageait… tout un programme !

Après un déjeuner philippin gras et goûtu dans une ancienne maison coloniale, nous avons bien sûr visité la cathédrale de Manille. On lui devait bien ça, elle a quand même été reconstruite 7 fois depuis 1581, et Jean-Paul II y est venu deux fois. Cela nous a permis de commencer à prendre conscience de la foi catholique philippine. Nous sommes ensuite rentrés, presque par erreur, ou du moins pour nous abriter de la pluie, dans l’église San Agustin. Et là, on est obligé de dire qu’on a adoré !

Pour tout philippin, cette église est réellement bénie de Dieu, puisque c’est le seul édifice à avoir résisté à la destruction d’Intramuros pendant la Seconde Guerre mondiale et cela en fait aussi la plus vieille église des Philippines (1587). Ensuite l’ensemble du monastère a été transformé en un immense musée qui retrace à la fois l’histoire de la découverte des Philippines par Magellan, mais aussi l’arrivée des frères Augustins et la christianisation. Le cloître qui jouxte ce monastère est immense, le musée extrêmement bien fait et très instructif. Une très belle immersion dans le passé colonial et la christianisation des Philippines.

·      MAGELLAN

Au début du XVIe, diverses communautés regroupées en baranguay co-existaient. Il n’y avait pas encore une identité culturelle philippine, c’était plutôt un patchwork de communautés et l’islam se répandait. Mais c’était sans compter sur les Espagnols et un portugais naturalisé espagnol à la tête de leur flotte, ce cher Fernand de Magellan.

Il accosta aux Philippines le 16 mars 1521 et revendiqua les îles pour la Couronne espagnole. Quand on pense que cet homme avait survécu à 19 mois de mer, et qu’il avait été le 1er à l’origine de la circumnavigation (tour du monde en bateau), on est un peu déçu de le voir mourir à peine plus d’un mois après son arrivée, dans une énième bataille contre le chef (Lapu-Lapu) de l’île de Mactan, au large de Cebu. Ensuite, 2 bateaux ont repris la mer pour rentrer en Espagne, seul « La Victoria » arrivera à bon port ayant fait le tour complet du globe avec à son bord plus que 12 hommes des 237 initiaux !

Mais la Couronne espagnole avait des ressources et des envies, et envoya une nouvelle expédition. Ruy Lopez de Villalobos à la tête de la 4ème expédition nomma ainsi l’archipel « Felipinas », du nom de l’héritier du trône espagnol, Philippe, fils de Charles Quint.

Philippe, devenu le roi Philippe II, ordonna en 1564 une nouvelle expédition et demanda à Miguel Lopez de Legazpi de quitter le Mexique pour rallier l’archipel dans le but de le coloniser et de le christianiser. Legazpi fut d’une efficacité redoutable. Il soumit la tribu locale qui avait eu raison de Magellan, signa un traité qui soumettait tout Philippin à la loi espagnole, et démarra à grand renfort de soldats et de moines augustins la colonisation avec la première cité coloniale de Cebu. Mais un traité dans cet archipel ne valait pas grand-chose car le chef local n’avait pas réellement d’autorités sur les autres communautés. Legazpi décida donc de soumettre chaque île, l’une après l’autre ! C’est sûr que pas mal de sang a coulé, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il avait des cojones. Il conquit Manille au Rajah Soliman en 1571 et y installa la nouvelle capitale. Dans le reste du pays, ce sont les moines catholiques qui détenaient le véritable pouvoir, déplaçant les populations des barangay dans les pueblos, plus grands et plus centralisés, et surtout où l’on pouvait mieux contrôler tout ce petit monde. Au sein de chaque pueblo, une église fut édifiée en son centre, et l’on comprend comment les Philippines sont aujourd’hui le 5ème pays catholique au monde.

Mais Magellan avait déjà amorcé le culte de l’enfant Jésus. En effet, lorsque l’expédition Legazpi-Urdaneta arriva à Cebu en avril 1565, un des marins trouva dans une maison modeste, l’image de l’enfant Jésus, offerte à la Reine Juana par Magellan, 44 ans plus tôt. Lorsque Legazpi fut mis au courant, il ordonna que l’image sainte soit placée dans l’église et il fit vœu avec les moines augustins que chaque année à la même date où cette image avait été retrouvée, ils célèbreraient une fête en l’honneur de Jésus ! La 1ère célébration catholique des Philippines venait d’être décrétée, le 28 avril, ce n’était que le début.

2 réflexions sur “Manille

  1. Manille, image du surdéveloppement dans un continent que vous avez vécu plus dans un respect de ses traditions, c’est bien là la trace de ces nouveaux colons issus d’Europe ou des Amériques qui depuis des bases à leur image « businessent » dans ces cités irréelles en gardant leurs nouveaux esclaves locaux au plus près de leur misère pour que leur commerce international soit le plus prospère possible.
    Cela me remet en mémoire, une plaisanterie sur l’éternité de la relation humaine, à la question « quelle est la différence entre le capitalisme et le socialisme,, la réponse est: « le capitalisme est l’exploitation de l’homme par l’homme, le socialisme c’est le contraire!! »

    Grosses bises.

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    1. C’est vrai que nous sommes souvent perplexes face aux conséquences du colonialisme, mais un point positif est à souligner : les Philippines sont sûrement le pays d’Asie où la condition féminine est aussi avancée.

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