Siem Reap : Angkor et toujours

Même si nous aimons sortir des sentiers battus, venir au Cambodge sans visiter le site d’Angkor serait une aberration. Mais comme on aime bien l’originalité, nous avons tout de même fait une escale pré-angkorienne dans tous les sens du terme : Kompong Thom se trouve en effet sur la route entre Phnom Penh et Siam Reap (base de visite du site d’Angkor), et à côté de Sambor Prei Kuk, ensemble de monuments pré-angkoriens le plus important du Cambodge. Bon, lorsque l’on dit que l’on aime bien sortir des sentiers battus, ce n’est pas vraiment le cas au Cambodge et il vaut mieux éviter. En effet, la guerre d’Indochine a laissé de nombreuses séquelles dans ce pays, outre l’un des plus terribles génocide au monde (voir art. Dans l’enfer des Khmers rouges), le Cambodge est un pays marqué par des années de conflit. Les cicatrices les plus profondes du pays sont à seulement quelques centimètres en dessous de la surface terrestre. La première utilisation massive de mines terrestres date des années 1980, lorsque l’armée vietnamienne installa un champ de mines de 700km le long de la frontière Cambodge-Thaïlande. S’en est suivie la mise en place d’autres nombreuses mines par les autorités cambodgiennes, une fois le retrait des troupes vietnamiennes terminé, dans le but de défendre les villes, les villages, les bases militaires, les ponts, les postes frontières et les routes d’approvisionnement, mais aussi par les Khmers rouges pour protéger les régions qu’ils contrôlaient. En résulte qu’il resterait (plus de 10 ans après la fin des conflits) de 4 à 6 millions de mines disséminées dans la campagne cambodgienne. Bien que de nombreuses zones aient été sécurisées, il est encore fortement déconseillé de sortir des chemins et sentiers balisés et les mines continuent toujours de faire des dégâts sur les populations locales.

·      KOMPONG THOM

A quelques kilomètres de Kompong Thom, se trouve le site de Sambor Prei Kuk. Il s’agit de l’ensemble de monuments le plus important au Cambodge. Ce site fut la capitale du Chenla supérieur au début du VIIème siècle et demeura un important centre d’enseignement pendant la période angkorienne. Le site boisé et ombragé, offre une paisible ballade en pleine forêt à la découverte d’une centaine de temples, essentiellement en briques et regroupés en trois ensembles distincts, entourés chacun de deux murailles concentriques, rares vestiges d’un passé religieux beaucoup plus important. Ce site pourrait avoir fortement inspiré cinq siècles plus tard les architectes d’Angkor.

Le site a malheureusement subi de très nombreux bombardements au début des années 1970 par l’aviation américaine pour aider le gouvernement de l’époque dans sa lutte contre les Khmers rouges. De nombreux cratères proches des temples sont encore visibles.

· SIAM REAP : ANGKOR DES TEMPLES

En général, quand on parle du Cambodge, on pense à Angkor, encore et encore. Il y a d’ailleurs de nombreux touristes en circuits organisés en Thaïlande ou au Vietnam qui ne font une incursion au Cambodge que pour les temples d’Angkor. Bien sûr, on avait entendu dire que le site était magnifique, on savait qu’il était classé au patrimoine mondial de l’Unesco, et donc on se méfiait un peu… Un peu comme pour le Taj Mahal… Plus on en entend parler, plus on a peur d’être déçus.

Mais comme pour le Taj Mahal, pas de déception au programme, au contraire. Le site est encore plus incroyable que ce que l’on avait pu imaginer. Même si l’on a lu qu’Angkor représente le plus grand édifice religieux de la planète, et qu’il incarne de manière sublime la créativité khmère et la dévotion spirituelle, le voir, s’y promener et prendre peu à peu conscience de l’étendue du site est une expérience unique. Et si nous étions un peu inquiets au départ de le faire deux fois lors des 2 passages familiaux successifs, nous avons finalement été enchantés de pouvoir visiter le site une deuxième fois et étendre nos découvertes.

Angkor un peu d’histoire

Ce n’est pas pour refaire l’histoire d’Angkor mais juste comprendre et prendre la mesure de ce qu’a été l’Empire khmer, à savoir une grande puissance du sud-est asiatique, de 802 à 1432, avec quelques périodes entrecoupées de déclin et de guerres contre les puissances rivales du Vietnam, du Siam (Thaïlande) et du Myanmar (Birmanie). Angkor était alors la capitale de cet Empire khmer puissant, conquérant, et très étendu (bien plus large que l’actuel Cambodge). C’est pendant ces 6 siècles que furent construits des centaines de temples, qui ne constituent que les vestiges religieux de l’Empire, car Angkor était également un centre politique et social et comptait alors plus de 800 000 habitants ! (Londres n’en dénombrait que 50 000 à la même époque). Les maisons, bâtiments publics, et même les palais ont cependant disparu depuis longtemps, car la brique et la pierre n’étaient réservées qu’aux édifices sacrés.

On croyait voir trois temples, en faire éventuellement le tour en vélo comme à Sukhothai (Thaïlande), avant de réaliser que le « petit » circuit qui comprend la visite de 4-5 temples dont Angkor Wat prend une bonne journée et s’étend sur 17km et le « grand circuit » plus de 20km d’est en ouest. En effet, les vestiges restant des sites d’Angkor se répartissent aujourd’hui sur une superficie de 400km2, (l’équivalent de la ville de Toulouse) et à l’époque sur plus de 3000km2, à faire pâlir aujourd’hui encore les plus grandes capitales européennes.

De nombreux rois se sont succédés à Angkor, voulant tous surpasser leur prédécesseur par la construction de temples plus grands et plus magnifiques. Mais pourquoi cette course à l’échalote ? En fait, Jayavarman II (802-850) qui marqua le début de l’ère angkorienne, se proclama devaraja, dieu-roi, c’est-à-dire le représentant terrestre du dieu hindou Shiva, et c’est ainsi qu’il fit construire un temple, symbole du mont Meru, la demeure de Shiva et le centre de l’univers. Après un temple dédié à leur dieu tutélaire, les dieux-rois devaient bien sûr édifier un temple pour leurs ancêtres, père, mère et grands-parents, et hop, six temples de plus à prévoir !

A cette période, c’est l’hindouisme qui prédominait. Il semblerait que Suryavarman Ier (1002-1049) ait maintenu le culte hindou du dieu-roi, mais s’il était issu d’un milieu bouddhiste, et qu’il aurait ainsi favorisé le développement du bouddhisme au Cambodge. Les visages dans les temples sont toujours dédiés à Shiva ou Vishnou mais ressemblent étrangement à des bouddhas. Suryavarman II, lui, était à fond sur Vishnou. C’était finalement assez consensuel, mais c’était surtout un grand conquérant qui unifia le pays et étendit son influence jusqu’en Malaisie et en Birmanie. En tout cas, on ne peut que le remercier pour la construction du célébrissime Angkor Vat.

L’autre roi majeur pour Angkor est Jayavarman VII. Il opta, en effet, pour le bouddhisme, se plaçant sous les auspices d’Avalokiteshvara, le bodhisattva de la Compassion. Il avait besoin d’insuffler un nouvel élan religieux et le bouddhisme était largement répandu. On lui doit une multitude de temples au sein de la cité royale d’Angkor Thom, incroyable cité ceinte de douves, et dans laquelle on peut découvrir le célèbre Bayon avec ses 52 tours, chacune représentant 4 visages de Bouddha dans les 4 directions cardinales, ou encore le Ta Prohm, rendu célèbre par le film Tomb Raider.

On ne peut qu’imaginer la fascination de l’explorateur français Henri Mouhot, lorsqu’il re-découvrit la cité dans les années 1860. Alors certes les Français ont fortement œuvré à la re-découverte, la protection, la conversation et la restauration d’Angkor, mais certains ont aussi contribué au pillage comme un certain André Malraux et son épouse Clara…

Quant aux différents sites, impossible de faire un classement tant nous avons été émerveillés par les quelques temples que nous avons pu visiter. Nous avons été effarés par l’étendue du site, le gigantisme des temples, la beauté et le nombre de sculptures et de bas-reliefs, l’atmosphère qui se dégage, et nous avons adoré jouer nous aussi aux explorateurs ou à Lara Croft dans les temples qui ont été un peu laissés aux mains de la nature.

Et quels que soient les obstacles, la chaleur pour Christian et Charlotte, un serpent tombé d’un arbre devant Mat, l’ascension pour Danielle, la durée parfois pour Maitena, les pierres irrégulières pour l’entorse de Mireille, ils ont été facilement surmontés, à croire que ce site catalyse une énergie capable de galvaniser l’intégralité de la troupe pour profiter au maximum de cet incroyable site. Angkor merci !

7 réflexions sur “Siem Reap : Angkor et toujours

  1. Le Machu Picchu c’est l’émotion à l’état brut, surtout quand on a fait 4 jours de marche pour y accéder et qu’il se détache finalement de la brume. Point de vue architecture et taille, Angkor est sans rival, mais pour le reste… vous verrez dans quelques mois 😉

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  2. Montréjaud-Vignoles Mireille

    Il sourde de ce site une puissance extraordinaire…Le fromager qui prend racine et bien ancré s’élance vers le ciel en est toute l’image! Quel symbole…

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    1. Petite précision en parlant du fromager, Ces arbres devraient leur nom au fait que leur bois était utilisé dans la fabrication de boîtes pour les fromages. L’origine du nom pourrait aussi être expliquée par la déformation de l’expression « forme âgée » inspirée par les reliefs du tronc évoquant des rides. Certains l’appellent encore Piroguier, pour son utilisation fréquente dans la construction de pirogues.

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  3. Incroyablement immense, fantastiquement contemporain, diablement attachant, « bouddhistement » bienveillant, ANGKOR est tout cela et bien plus encore….Rare monument à l’échelle planétaire, il est un trait d’union entre le réel et le céleste, vrai passage de l’homme à la divinité, il exprime la force de l’union des hommes dés lors qu’est fixé un objectif commun, il démontre que rien n’est impossible ni extravagant dés lors qu’il y a eu dés l’origine une pensée directrice et une action coordonnée. ANGKOR est une extraordinaire vision positive pour le futur de notre planète et de ses habitants, il suffit d’arrêter d’avoir peur et de croire que rien ne peut nous faire dévier de ce que nous voulons VRAIMENT. Peut-il y avoir de meilleur message d’espoir et d’amour?

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