Dans l’enfer des Khmers rouges

Nous avons séparé cet article de la visite de Phnom Penh car cela ne nous semblait pas approprié de mélanger le génocide perpétré par les Khmers Rouges à nos blagues potaches habituelles. Ce sera donc un article plus sérieux, plus inquiétant mais tout à fait fondamental pour comprendre l’histoire de ce pays, les terribles épreuves que ce peuple a traversées et dont ils sont en train de se relever. Par cet article, nous espérons contribuer modestement au devoir de mémoire.

· MUSEE – PRISON DE TUOL SLENG : S-21

Difficile de visiter Phnom Penh sans se rendre sur ce site, qui fait partie de l’histoire révoltante mais bien réelle du Cambodge. Nous y sommes allés tous ensemble mais avons vécu cette visite de manière très solitaire puisque la visite se fait avec un audio-guide, extrêmement bien fait au demeurant, mais qui propose une expérience solitaire de la découverte de ce lieu et de son histoire, tout en permettant ainsi calme et recueillement sur ce site.

Commençons par les faits avant de partager un peu plus nos perceptions.

En 1975, les forces de sécurité de Pol Pot firent du lycée Tuol Svay Prey, la prison de haute sécurité 21, ou S-21. Ce site devint très vite le plus grand centre de détention et de torture du pays. Aujourd’hui le site a été transformé en « musée » du Génocide, afin de rendre hommage aux milliers de victimes, mais aussi de constituer un témoignage afin que plus jamais une telle barbarie ne se perpétue.

Soyons clair, la visite est bouleversante. Les atrocités commises par les Khmers rouges rappellent d’autres atrocités que l’être humain perpétue de par le monde, mais loin de nous l’idée de vouloir les banaliser en se disant que le Cambodge n’est pas le seul théâtre de la barbarie humaine, au contraire cela nous met face à ce qu’il y a de plus barbare en l’homme et nous fait poser des questions sur notre propre barbarie, et sur cette part obscure qui se libère à certains moments de l’histoire et dans certaines zones géographiques…

Concernant les Khmers, on retrouve la rigueur communiste dans la tenue méticuleuse de leurs registres et leurs exactions, ce qui rend tout cela très réel, et surtout très tangible puisqu’il y a de très nombreuses preuves. Chaque prisonnier qui arrivait au S-21 était photographié sur les chaises à photo d’identité laissées par les Français, d’autres photos étaient prises avant ou après les tortures. Les murs des anciennes classes devenus cachots ou salles de tortures sont ainsi tapissés de milliers de clichés d’hommes, de femmes, mais aussi d’enfants arrivés au S-21 et dont la destination finale était le camp d’exécution.

Les questions nous assaillent ? Comment cela a-t-il été possible ? Comment les gardiens se sont-ils rendus coupables de tout cela ? Loin de les excuser, quelques éléments d’explication livrés par l’audio-guide. Les gardiens étaient recrutés de force parmi des adolescents, de préférence avec peu d’éducation. Ils étaient endoctrinés par l’Angkar, et entraînés à la torture sur des animaux, avant de passer à leurs congénères. Les tâches étaient dissociées pour qu’aucun lien ne se crée avec les prisonniers. Il leur était demandé de faire avouer par la torture, leurs crimes à ces opposants au régime. Ils ne devaient pas prendre de plaisir à la torture, assouvir colère ou haine, mais uniquement obtenir les preuves des crimes. Ils ne devaient pas les tuer pendant la torture. Tout gardien qui refusait de suivre les ordres, était considéré lui-même comme ennemi de l’Angkar et emprisonné.

D’ailleurs vers la fin du régime, la paranoïa de Pol Pot était telle que les Khmers Rouges ont commencé à s’entretuer entre eux. Des bourreaux ayant ainsi officié au S-21 furent éliminés par leurs successeurs. Quand les vietnamiens libérèrent Phnom Penh en 1979, il ne restait que 7 survivants au S-21.

La visite de ce lieu est d’autant plus éprouvante qu’il y a un contraste insupportable entre la simplicité de cet ancien lycée, l’ancienne cour de récréation parsemée de jolis frangipaniers ou manguiers, et l’horreur que l’on découvre sur les murs des anciennes classes, au travers des clichés, des différents témoignages, des vestiges d’instruments de torture, des barbelés empêchant les prisonniers de se jeter des balcons ou des cellules improvisées avec des murs en brique construit à la va-vite au milieu des salles de classe… Une plongée dans la face la plus sombre et la plus terrifiante de la nature humaine.

· CAMP D’EXECUTION DE CHOEUNG EK – MEMORIAL

Comme vous l’aurez compris, le passage par le S21 ne servait qu’à obtenir des aveux qui conduisaient forcément le prisonnier vers la mort. Entre 1975 et 1978, quelques 17 000 personnes (hommes, femmes et enfants), après avoir été détenus et torturés au S21 furent ainsi conduits au camp d’exécution de Choeung Ek, appelés aussi par le triste terme de champs de la mort, où ils furent assassinés. Nous vous épargnons les moyens utilisés pour les tuer, sachant que le camp devait demeurer secret et qu’il ne fallait pas gaspiller de précieuses munitions…  Encore une fois le contraste entre le site bordé d’un petit lac et d’arbres fruitiers et le sinistre usage qui en a été fait est stupéfiant.  Les restes de 8985 personnes ont été exhumés en 1980 des fosses creusées dans cet ancien verger de longaniers. Certains charniers ont été laissés intacts et des fragments d’ossements et de lambeaux de vêtements continuent d’apparaître au gré des moussons et des mouvements de terrain, comme si la terre n’en finissait pas de rappeler à tous ce qui s’est passé ici. Un stupa du souvenir a été érigé et sert pour les cérémonies. Il contient en son centre l’intégralité des os retrouvés, plus de 8000 crânes, qui reposent enfin en paix. En tout cas, nous l’espérons !

2 réflexions sur “Dans l’enfer des Khmers rouges

  1. Beau texte que celui que vous nous avez proposé…Rien ne peut expliquer de tels actes ici ou ailleurs.
    Toutefois, j’en retiendrais que l’information sur cette barbarie nous parvient toujours preuve qu’elle ne gagne jamais.
    L’homme sage finit toujours par avoir le dessus sur « l’homme bête »….
    Sachons analyser que notre vigilance doit être permanente pour étouffer les folies avant que leurs dégâts soient colossaux.
    Notre lâche passivité aujourd’hui peut entraîner un massacre demain, c’est à mon sens le grand message de l’HISTOIRE DES PEUPLES.

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  2. Ping : Siem Reap : Angkor et toujours – Mythe the World

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