Tranches de vie – Inde

En six semaines en Inde, autant dire que les anecdotes ont coulé à flot. Voici un florilège de nos surprises, anecdotes, découvertes : des vaches aux indiens roux, de séance chez le dentiste au changement de monnaie au milieu de notre séjour. Morceaux choisis.

· ENTRE EFFLUVES DE JASMIN ET DE BOUSES DE VACHES

Qui dit Inde, dit vache. On sait tous qu’elle est sacrée en Inde, et qu’elle a donc le droit de vivre sa vie comme bon lui semble, c’est-à-dire de déambuler dans les rues, sur les trottoirs, au cœur de la ville, sur les marchés (un de leur endroit favori), sur les plages, et bien sûr de faire irruption dans une maison.

Ce que nous n’avions pas forcément réalisé, c’est que qui dit vache, dit bouse. Et là, ça devient un véritable défi de marcher dans certaines villes. Nous n’avons pas vraiment percé le mystère de la présence insolite de vaches absolument partout dans certaines villes, mais pas dans d’autres… En tout cas, quand il y en a, on le sait, et il n’est plus question de regarder les jolis bâtiments. Les yeux sont rivés au sol, et on laisse les tongs dans le sac, pour préférer des chaussures fermées.

Réussir à marcher tient parfois du miracle. Mais on prend finalement vite l’habitude de slalomer entre les vaches sacrées, les sacrées bouses, les détritus, et les vaches qui mangent au milieu des détritus quand ce ne sont pas les enfants qui jouent au milieu…

Au pays des épices, l’odorat est soumis à rude épreuve. On passe en un rien de temps d’une douce odeur de jasmin ou de rose, aux appétissantes effluves d’un curry en train de mijoter, aux odeurs nauséabondes des détritus qu’aucun système politique ne semble à-même de gérer, pour retrouver les fumées odorantes d’un « chai » (thé aux épices) en train de bouillir et d’où s’échappe un agréable fumet de cardamome, cannelle, girofle ou gingembre, avant de laisser la place surtout vers 18h à la fumée âcre des feux que les habitants ont tous pris l’habitude d’allumer pour venir à bout des déchets (notamment plastiques)… Ce problème est devenu tellement dramatique en terme de pollution que certains états ont promulgué des lois pour interdire ces feux, mais sans réellement proposer d’alternative. On en vient à vénérer nos chers éboueurs et notre système de ramassage de poubelles. Nous ne savons pas bien le lien mais toujours est-il que même en bord de mer, nous n’avons jamais réussi à voir le soleil sur l’horizon, même avec un ciel parfaitement dénué de tout nuage, le soleil disparait dans le ciel une bonne demi-heure avant l’heure normale du coucher.

Autant dire que dans le 2ème pays le plus peuplé du monde, le problème des détritus n’est pas un sujet à mettre aux ordures.

· NOUS AVONS TESTE POUR VOUS

 4 MOIS SANS UN GESTE TENDRE EN PUBLIC

Comme dans de nombreux pays, les gestes affectueux entre homme et femme ne se font pas en public. Nous avions déjà été dans des pays de ce type, où nous nous efforçons de respecter ces us et coutumes. Mais là, nous en étions à bientôt 4 mois de pays « pudiques » et le caractère latin de Charlotte commençait à la rattraper…

Quant à Mathieu, il était toujours perplexe devant tous ces hommes se tenant par la main, par les épaules, et n’hésitant pas à témoigner de leur affection à tout âge. Heureusement, Chandra nous avait préparés à cela au Népal, en nous expliquant qu’il était de coutume que des hommes très amis se promènent main dans la main. Mais à nouveau avec notre vision occidentale, cela peut paraître surprenant, surtout quand le moindre geste entre homme et femme semble proscrit.

Bien sûr, cela dépend des Etats et des générations. Mais nous avons fait face à de nombreux exemples : hommes et femmes marchant séparément, jeunes couples se « cachant » à la plage juste pour ne pas être vus, mais surtout nous n’avons en 6 semaines assisté à aucun contact corporel entre homme et femme. Cela va assez loin puisque même à l’aéroport, on trouve des queues séparées pour les hommes et les femmes.

Sans vouloir juger, nous souhaitions juste témoigner que lorsque l’on a plus cette liberté, on se rend compte à quel point cela manque : pouvoir se tenir la main dans la rue, se serrer l’un contre l’autre quand on en a envie ou pour se rassurer au milieu d’une galère, pouvoir se témoigner simplement son amour sans exagération ni exhibitionnisme mais sans contrainte non plus… C’est cela aussi le voyage, ça permet de prendre conscience de ces petites choses simples, dont on ne se rend plus compte, mais qui manquent tellement !

LE DENTISTE EN INDE

Pour ceux qui ont suivi, Mathieu a eu des soucis de dents au Tibet avec l’altitude, une énorme rage de dents qui l’a fait énormément souffrir sur « le toit du monde ». Bien que les cachets aient fait effet au bout de quelques jours, le problème n’en était pas moins réglé. C’est pourquoi nous avons pris RDV pour traiter la cause et non le symptôme, en Inde. Vous me direz, vous êtes fou ? Non, loin de là, on vous assure que venant du Népal, l’Inde semblait idéale pour régler le problème. Après avoir pris conseil auprès de nos hôtes à peine arrivés à notre retraite de yoga, nous avons pris RDV avec Dr. Anil, semble-t-il, « THE » dentiste !

Avec, on vous avoue de l’appréhension, nous avons rencontré le docteur en question… Le problème venait du fait que le nerf d’une des dents du bas de Mathieu était totalement nécrosé et que non contente d’avoir bien attaqué les racines de celle-ci, l’infection commençait à traverser la gencive, bref on vous passera les détails, mais 4 RDV ont été nécessaires pour dévitaliser la dent, nettoyer le nerf de la dent (on sait désormais qu’on dit « root canal » en anglais), reboucher, et même réaliser un détartrage et une gouttière pour éviter le bruxisme. Charlotte de son côté en a profité pour se faire faire aussi un petit détartrage, le tout pour à peine 150€ (pas le détartrage, l’intégralité des soins) ! Eh bien, pas étonnant que bon nombre d’Européens viennent se faire soigner les dents en Inde, non seulement ils sont vraiment compétents, mais en plus vraiment très bien équipés et avec du matériel 100% stérilisé, mais aussi à des prix défiants toute concurrence. Se faire poser une ou plusieurs couronnes ou bridge permet pour le même prix de passer 2 semaines en bord de mer dans un pays chaud, j’avoue que ça fait réfléchir !

Pour notre part, un grand merci à ce dentiste d’une extrême gentillesse et vraiment compétent, si vous avez besoin de vacances et de vous payer des soins dentaires non remboursés par la sécu ou votre mutuelle, n’hésitez pas à le contacter : http://www.dentistanildasilva.com

· OSERONS-NOUS ENCORE PARLER DES TRANSPORTS ?

Bien qu’habitués au trafic en Asie, la circulation en Inde, à la fois par le nombre d’habitants et la densité, est complètement démente, les gens roulent n’importe comment, la loi du plus fort fait rage, et tout cela sans signalisation ou presque, et avec comme obstacle supplémentaire les vaches (qui vont même jusqu’à traverser les autoroutes), mais aussi chiens errants, cochons, poulets, singes et autres animaux incongrus. L’individualisme atteint son paroxysme et la négociation ardue avec les tuktuks ou autres rickshaws est la face émergée des nombreuses arnaques que les chauffeurs sont prêts à faire pour gagner quelques roupies, comme nous avons eu le cas à Udaipur lorsque l’on nous a certifiés que l’hôtel que nous avions réservé la veille sur un site officiel, était fermé et qu’il fallait qu’on aille dans un autre…

Mais on ne peut pas se plaindre de tout (même si l’on est français). Nous avons été très agréablement surpris par le réseau ferroviaire, et contrairement à plusieurs voyageurs nous n’avons pas connu un seul retard. Vu le nombre de trains pris, il paraît que c’est un exploit ! Cela étant, nous ne pouvons que témoigner de cette efficacité, et d’un réseau ferroviaire ultra-pratique qui dessert de très nombreuses villes, avec des classes qui permettent à chacun de trouver chaussure à son pied. Pour notre part, les trains de nuit en 3AC nous ont largement comblés, et permettent au passage d’économiser une nuit d’hôtel et de voyager à très bas coût. Malheureusement, certaines lignes sont vétustes et ont notamment occasionné le déraillement d’un train dans le Nord de l’Inde pendant notre périple a fait de nombreux morts.

En revanche, nous avons moins été séduits par les gares. Âmes sensibles s’abstenir. Dès que l’on arrive dans des grandes villes, les gares sont prises d’assaut. Il y règne une atmosphère… « authentique » entre passagers attendant vraiment un train mais assis par terre avec bagages et enfants, des sans-abris qui dorment et vivent sur place, des vendeurs ambulants, des mendiants… Tout cela, au milieu d’une odeur variant subtilement entre samoussas et latrines !

Bref une véritable cour des miracles qui ne se limite malheureusement pas qu’aux gares : il est monnaie courante de croiser quelqu’un en train de dormir sur un trottoir et les quartiers de jolies maisons sont souvent bordés de ce que nous nommerions des bidonvilles en France. On côtoie donc la misère en permanence, mais ce qui est le plus angoissant, c’est qu’on s’y habitue.

· UN PAYS CAPABLE DE CHANGER DE MONNAIE EN UNE NUIT ?

Voici un bel exemple que nous avons vécu en direct, d’une intention politique tout à fait louable mais dont la réalisation, s’est avérée apocalyptique !

 Pour essayer de vous faire vivre un peu ce qu’il s’est passé, imaginez un pays où les transactions dématérialisées sont quasi inexistantes (- de 14%) et que du jour au lendemain les billets de 10 et 20€ ne sont plus acceptés nulle part, qu’aucune banque n’a été prévenue, que les nouveaux billets ne sont pas encore en circulation et que la limite d’échange des anciens billets de 10 et 20€ est limitée à 80€ par personne et par semaine sur présentation de la carte d’identité ou passeport et muni d’une photocopie et que les retraits sont possibles au fur et à mesure de l’approvisionnement des distributeurs automatiques, dans la limite de 40€ par jour et par personne après une queue en plein soleil de 1h à 2h. Sachant que la plupart des indiens sont payés en cash à la journée, imaginez la paralysie du pays. Voilà la réalité de ce que l’Inde a vécu dans ce changement de monnaie, qui avait pour but initial de limiter le marché noir et favoriser les paiements par carte ou e-paiements. Toute cette opération a été secrètement menée, à tel point que les banques, n’ayant pas mis de mesure en place pour palier à cette situation ont dû fermer pendant 2 jours afin de s’organiser ou de se désorganiser car 2 semaines après l’annonce, les nouveaux billets n’étaient toujours pas en circulation…et les queues devant les banques étaient encore nombreuses.

· PETITS FAITS SURPRENANTS D’UN QUOTIDIEN INDIEN

MAIS QUE SIGNIFIE LE DODELINEMENT DE LA TETE ?

A moins d’avoir voyagé en Inde ou suivi la série « Outsourced » (que nous vous recommandons chaudement, pleine d’humour et de situations cocasses d’un expatrié  américain découvrant l’Inde), il y a peu de chances que vous ayez été confronté à un Indien, qui, lorsque vous lui posez une question répond par un dodelinement de la tête, mix entre les mouvements de la tête que nous autres occidentaux faisons pour dire oui ET non. La signification de ce dodelinement est en fait assez proche de l’expression belge « ça va » pour dire « oui, ok, d’accord » et que Charlotte utilise maintenant à la perfection dans les pays qui ne la comprennent pas, ce qui donne lieu à de bons fou-rire.

POURQUOI LES HOMMES INDIENS SE TEIGNENT-ILS EN ROUX ?

Nous avons été surpris de croiser de nombreux indiens teints en roux aussi bien dans l’Est, le Nord que le Sud de l’Inde et nous nous interrogions sur la signification de cette étrange coutume. Eh bien, désolé de vous décevoir, mais après recherche, il semblerait que la seule raison de cette couleur soit le fait que certains indiens n’assument pas leur vieillissement (comme pas mal de français d’ailleurs) et pour palier à leurs cheveux blancs, ils se les teignent en utilisant du henné, donnant cette couleur rousse à leurs cheveux !

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Promis il ne s’agit pas d’un adepte de Donald Trump!

LAVER LE LINGE ET SE LAVER

Avec seulement 47% des Indiens ayant accès à des toilettes et 36% n’ayant pas accès à l’eau courante, il est donc tout à fait normal que les cours d’eau, lacs, rivières et toutes sources d’eau soient utilisés pour l’hygiène personnelle comme laver le linge et se laver. Malheureusement, la plupart du temps, l’eau utilisée est fortement polluée et cela n’améliore pas la qualité de l’eau bien entendu. Par exemple, à Varanasi, le linge est lavé à grande eau du Gange (fleuve le plus pollué au monde) et séché à même les parois poussiéreuses de celui-ci, voire sur le sol directement dans la rue. Il en est de même partout dans le pays et cela nous rappelle le luxe dans lequel nous vivons en Europe, où non seulement la plupart des gens ont accès à l’eau courante, mais en plus celle-ci est potable, ce qui change vraiment la donne et le tout à l’égout qui pour nous est un basique semble tellement loin finalement pour une bonne partie de la population mondiale.

Autant dire qu’avec tout ça, nous avons privilégié de faire notre propre lessive ou nous nous sommes bien renseignés avant de confier notre linge à laver !

7 réflexions sur “Tranches de vie – Inde

  1. Annie et Philippe Maliver

    Danielle nous a transmis enfin…..l’url de votre blog que nous suivons, désormais attentivement.
    Enrichissant, bien documenté et aussi bien écrit, nous suivons vos « péripéties culturelles » et découvertes partagées, merci à vous de nous faire, ainsi, voyager et découvrir …. confortablement installés…
    Pour nous dans quelques jours l’Afrique du Sud….un autre monde.
    Gros bisous à vous deux et prenez bien soin de vous.
    Annie et Philippe

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  2. Pour info, les hommes qui se teignent les cheveux, voire la barbe, en roux (on devrait dire orange 😂) sont la plupart du temps des musulmans. Ils utilisent du henné suivant en cela un ordre de leur prophète d’après des traditions (hadiths) disant en gros : « les Juifs et les chrétiens ne se teignent pas les cheveux, faites le contraire ». Ils peuvent aussi utiliser le safran. Avec 800 ans de présence musulmane, des hindous et chrétiens font parfois pareil mais c’est beaucoup moins fréquent. Beaucoup de jeunes Indiens se teignent aussi les cheveux en noir pour cacher leurs premiers cheveux blancs.
    Et je confirme que vous avez eu beaucoup de chance d’avoir des trains ponctuels !! En fait ça dépend beaucoup des trains (certains ont toujours 5 ou 6 heures de retard…) et de la saison : l’hiver, le brouillard cause beaucoup de retards.

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