Varanasi – Bénarès, la ville sacrée

Après 10 jours d’attente, nous étions donc ravis de la validation de nos visas, et prêts pour plus de 20h de bus afin de rejoindre enfin l’Inde, et plus particulièrement la ville de Varanasi. Pour ne rien vous cacher, notre enthousiasme s’est rapidement atténué au bout d’1h30 d’attente dans le bus, sans avoir démarré. Et il avait complètement disparu au bout d’1h30 de trajet … Non pas que l’on soit douillet du postérieur (12h de descente des Annapurnas ne nous avaient pas fait les mêmes dégats), mais là, on a touché le fond. Le bus se voulait pourtant assez confortable : climatisation, siège légèrement inclinable, et pour une fois pas de musique indienne à fond, ni même de films bollywoodiens mais le tout gâché par les douleurs aux fesses dû à l’inconfort sans nom des assises des sièges.

Après une nuit assez moyenne (c’est-à-dire correcte pour Charlotte, la machine à dormir, et vraiment très passable pour Mathieu), nous sommes, enfin, arrivés à la frontière. Evidemment c’est une frontière terrestre, et assez artisanale, nous avons donc eu droit à la fouille de l’intégralité de nos sacs, avec l’ensemble du contenu de notre sac à dos, savamment organisé, étalé sur une table au milieu de la foule de voyageurs… Un grand moment d’intimité ! La frontière une fois traversée, on a effectué de nouvelles procédures, côté indien cette fois-ci, et la médaille du jour revient au policier indien qui a mis un tampon de sortie au lieu d’un tampon d’entrée sur le visa de Mathieu. On vous rassure, erreur détectée et donc corrigée avant de repartir…

Quant à la suite de trajet, nous n’épiloguerons pas sur les arrêts « pipi » inexistants, ou du moins, seulement pour les hommes (à savoir arrêt au bord de la route)… Certes, nous n’étions que trois femmes dans le bus, mais a priori avec les mêmes besoins réguliers…

Après un trajet d’anthologie donc, nous sommes tout de même arrivés à Varanasi (ou Bénarès) et là, ne tergiversons pas, nous avons adoré ! Notre pension était au calme, et au sein d’une famille indienne, dont la fille de 16 ans gérait l’affaire de main de maître.

Nous avons découvert Bénarès d’abord en barque au lever du soleil (merci Jeanne & William pour le précieux conseil), et nous avons plongé, non pas dans le Gange, mais dans l’ambiance extraordinaire de cette cité sacrée, qui fait partie des 7 villes saintes de l’hindouisme. Nous avons pris le temps de regarder le soleil se lever sur la ville et éclairer d’une belle lumière rosée les anciens bâtiments et temples qui bordent le Gange, et de découvrir les rituels matinaux qui ont lieu sur les différents ghats (gradin ou escalier) : offrandes, ablutions pour se laver des péchés (ou se laver tout court), lessive, méditation ou yoga face au fleuve, consultations de brahmanes, mais aussi crémations… Nous avons été impressionnés par la ferveur, l’horaire matinal et l’ambiance fortement mystique qui s’en dégage.

Après ce moment paisible et très pieux, l’agitation reprend ses droits et la ville se réveille. Nous avons décidé de nous en faire une autre idée en parcourant le bord du fleuve et les ghats à pied. Chaque ghat a son ou ses temples, dans lequel les fidèles font leurs offrandes après leur bain avant de reprendre leurs occupations journalières. Certains ghats sont plus grands et plus animés, ou plus côtoyés par des sadhus, des brahmanes, des femmes (plutôt entre elles pour les bains), ou même par les buffles que les propriétaires viennent faire baigner…

Ce n’était pas les hordes de fidèles telles qu’on peut les voir dans certains films, vu que ce n’était pas un moment de fête. En revanche, comme dans notre imagination, le Gange est extrêmement pollué, et nous avons été impressionnés de voir des gens y nager ou même boire de son eau. Pris par cette ferveur, nous avons tout de même trempés nos mains dans le Gange, c’était quand même une occasion unique, et… elles ne sont pas tombées !

Nous avons prolongé notre promenade jusqu’à l’un des principaux ghats de crémation. Les cérémonies sont tout à fait semblables à celles que nous avons pu voir à Pashupatinath au Népal (cf article Népal – Vallée de Kathmandu), mais il y en a beaucoup plus… Il faut dire que mourir à Varanasi permettrait d’atteindre le moksha (libération du cycle des réincarnations), ce qui draine énormément de fidèles. En revanche, nous avons été surpris de ne voir aucune femme assister aux crémations, alors qu’elles étaient bien présentes au Népal. Il semble y avoir deux raisons à cela : une version « officielle » serait que les femmes sont trop sensibles pour assister à ces crémations, et une version plus plausible selon nous qui serait d’éviter que les femmes ne perpétuent ou ne se voient poussées à perpétuer la tradition de la Sati (qui voulait que la veuve « éplorée » suive son mari dans la mort, en se jetant dans le bûcher). Il faut savoir qu’au Népal, cela n’est interdit que depuis 1934 mais que, pour autant, les femmes assistent aux crémations… Pour en savoir plus sur le mythe de la Sati, voir notre article Mythes Indiens.

Nous avons également visité le Fort de Ramnagar qui nous a valu les courses les plus incroyables jamais faites : la 1ère en rickshaw (vélo tractant une carriole) avec un indien adorable qui nous a promené à coup de pédales dans la fournaise indienne et qui s’est rendu compte qu’il n’arriverait pas à nous amener à destination, le pont flottant ayant été détruit par la crue suite à la dernière mousson, et la 2ème en auto-rickshaw (triporteur motorisé) avec un conducteur « légèrement » surexcité, ce qui lui a valu de prendre un coup de poing dans l’épaule de la part d’un policier. Vraiment choquant !

Ce Fort nous a également offert l’un de nos plus gros fous rires devant la qualité affligeante du musée : anciennes voitures délabrées et couvertes de poussière, anciens costumes princiers tombés de leurs suspensions… Une belle vue, mais un intérêt assez limité !

Ce n’est donc pas le Fort, ni même les monuments, mais bien l’ambiance très particulière de Varanasi que nous retiendrons, entre lever de soleil surréaliste sur la ville, rituels des fidèles dans le Gange à toute heure de la journée, bûchers de crémation en cycle continu, et cérémonie de fin de journée mêlant danses, chants et musiques sur l’un des ghats principaux.

3 réflexions sur “Varanasi – Bénarès, la ville sacrée

  1. Tout l’intérêt de Ramnagar se trouve dans son Ramlila de 30 jours (en gros à cheval sur septembre et octobre) auquel avait assisté en son temps Alexandra David Néel, et qui attire toujours des milliers d’Indiens (chaque soir pendant un mois!) qui se prosternent devant les jeunes acteurs devenus des dieux pour l’occasion. Le Maharaja vient certains soirs sur son éléphant avec des invités de marque, eux aussi sur leur éléphant. Ça vaut vraiment le détour !

    Sinon, sympas ces articles. Très positifs. Ça change de certains qui ne voient que les mauvais côtés de l’Inde 😉

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