Jodhpur, la ville bleue

Après un nouveau train de 6h seulement, nous arrivons tardivement à Jodhpur où nous attend heureusement un tuktuk pour nous emmener directement à notre petite pension familiale, où la famille nous attend sans même nous demander de faire le check-in, afin que nous puissions aller dormir rapidement, et eux aussi. Le genre d’arrivée qui fait du bien !

Pas de réveil pour une fois, mais tout de même réveillés par l’activité incessante de la vieille ville. Nous prenons notre temps et découvrons le toit-terrasse de la pension, juste en contrebas du fort de Mehrangarh, avec une magnifique vue sur celui-ci.

Nous savourons sûrement l’un des meilleurs petits-déjeuners que nous ayons eu jusque-là en Inde, concocté par l’une de nos hôtesses. C’est donc plein de bonnes ondes que nous partons à la découverte de Jodhpur.

·      FORTERESSE DE MEHRANGARH

Nous sommes partis à pied à l’assaut de la forteresse, qui a été construite par Rao Jodha (chef des Rathor, qui donna son nom à la ville) en 1459 sur une crète rocheuse.

La forteresse est vraiment prodigieuse : taillée directement dans le roche, elle ne fait qu’un avec le piton rocheux duquel elle domine la ville. Grâce à un super audio-guide, nous avons plongé dans l’histoire et les légendes de Merhangarh. Ses salles, transformées en musée, dévoilent des collections qui permettent de mieux comprendre le mode de vie de l’époque entre palanquins pour transporter les Maharajas et Maharanis (celles-ci ne devaient pas être vues, et leurs palanquins gardaient le mystère grâce à de magnifiques voilages qui aiguisaient la curiosité), étoffes (découverte des fameux turbans, qui peuvent être longs de plusieurs mètres), peintures dont les fameuses « miniatures » de l’école de Marwar, armes (le retour des Coutindoux) et berceaux des princes…

Comme dans chaque palais, on retrouve le quartier des hommes et le quartier des femmes, magnifiquement orné de jalis qui permettaient aux femmes de voir sans être vues, ainsi que les salles d’audiences privées et publiques. Nous nous sommes amusés de découvrir dans la salle des audiences plusieurs alcôves masquées par un rideau, qui permettaient aux épouses du Maharaja de suivre les audiences sans être vues, et qui montre le rôle que pouvaient jouer les femmes à l’époque dans la politique… Quand on dit que derrière tout homme puissant se trouve une femme brillante ; à Jodphur, on pouvait dire que derrière tout Maharaja se trouvait un rideau, derrière lequel se trouvait des femmes brillantes !

·      LA VIEILLE VILLE et Mr OMELETTE

La cité de Jodha (Jodhpur) fut ensuite construite autour de la forteresse. Jodhpur, étant à la croisée des routes marchandes entre Delhi et le Gujarat (état voisin), elle tira sa prospérité du commerce de l’opium, du bois de santal, des dattes et du cuivre. Le clan rajput des Rathor, que menait Jodha, contrôlait un très vaste territoire appelé Marwar (dont la sympathique traduction est « pays de la mort » les amateurs de science-fiction y reconnaîtront certainement un rapprochement avec le Seigneur des Anneaux et le Mordor ;)), qui s’étendait jusqu’à la frontière indo-pakistanaise à l’ouest, Udaipur ou Mewar au Sud, Jaiselmer au nord-ouest, Bikaner au nord (sur laquelle nous avons fait l’impasse) et Jaipur à l’Est. Nous avons donc fait le tour complet des limites du royaume de Marwar pendant notre découverte du Rajasthan.

Contrairement à Jaipur dont la vieille ville est organisée avec la symétrie moghole, Jodphur est un charmant labyrinthe où il est très sympathique de se perdre entre les bazars, les magnifiques havelis, les artisans, et les pensions familiales qui vantent leurs toits-terrasses « best view of the city, best view of the fort » !

Mais notre meilleure découverte, nous la devons à Jose (che, el mejor aviso del mundo !), qui nous a envoyé un whatsapp d’Espagne pour nous dire d’aller manger la meilleure tortilla du monde. Venant d’un espagnol, on a pris ça très au sérieux ! Nous avons donc découvert devant la tour de l’horloge un stand de rue, avec un sexagénaire planté sur un marche-pied devant une unique plaque de cuisson, et un millier d’œufs entassés à sa droite. Nous avons commandé la « massala potato cheese spanish omelette », et nous avons vu cet adorable monsieur casser deux œufs dans une tasse en fer, y ajouter quelques bouts de tomates et d’oignons, battre le tout, mettre à cuire sur sa plaque datant de Mathusalem, ajouter une pincée de son mélange d’épices magiques, et en fin de cuisson intégrer une sorte de sauce au fromage, qui nous a donné envie de pleurer de bonheur quand nous avons dégusté notre première bouchée.

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Comme le dit magnifiquement un article qui a été fait sur Mr Omelette dans le Delhi News, cet homme fait partie des gens qui ne font qu’une seule chose, mais le font à la perfection. Lui, a atteint l’omelette parfaite, et au lieu de continuer à proposer la classique nourriture de rue, a décidé de se consacrer à l’omelette. Pour le plus grand plaisir de nos papilles ! Muchas gracias José !

 

· PALAIS D’UMAID BHAWAN, 2 HOMMES ET DE L’INSPIRATION

Ce Palais est plutôt récent puisqu’il date de 1929, il a été commandité par le Maharaja Umaid Singh à un architecte britannique, notamment dans un but philanthropique, de fournir du travail pendant une période de terrible sécheresse. Idée plutôt efficace, car vu la taille du Palais, il a fallu 3000 ouvriers et 15 années pour édifier les 365 salles de ce palais dont l’une des curiosités est de ne pas avoir utilisé de mortier pour sa construction.

La plus grande partie du Palais a été transformé en un luxueux hôtel par la célèbre chaîne de luxe Taj Hôtels, mais l’on peut visiter une petite partie transformée en musée. Quant au reste, l’actuelle famille royale du Maharaja Gaj Singh II y vit toujours.

Ce que l’on retient, c’est surtout ces deux hommes : Umaid Singh et Gaj Singh II. Umaid Singh, par sa vision. On pourrait dire qu’il avait une certaine extravagance, mais le fait est que cela lui a permis d’accomplir des choses extraordinaires. Sa passion du polo l’a conduit a emmener sa propre équipe de polo en Angleterre, et a fait de Jodhpur une ville connue au niveau international pour son équipe et surtout pour ses tenues, la culotte Jodhpur, toujours utilisé aujourd’hui par les jockeys. Il adorait l’aviation et a fait de Jodhpur un aéroport international avant même Delhi. Le barrage qu’il a fait construire reste toujours 50 ans plus tard, la 1ère source d’eau de Jodhpur…

dscn6155Son descendant Gaj Singh II nous a également marqué. Cet homme né après la constitution de la République d’Inde et donc sans véritable pouvoir, s’est posé la question du rôle d’un Maharaja dans cette nouvelle donne. Il a décidé d’œuvrer pour sa ville et sa communauté, il a ainsi sponsorisé de nombreuses associations caritatives, et a également décidé de transformer le Fort de Mehrangarh en un musée, avec une visite guidée inclue dans le billet d’une excellente qualité. Bravo !

·      HAPPY DIVALI!

Pour finir cette journée bien remplie, nous avons rencontré dans notre pension un autre couple de français tourdumondiste : Mathieu et Clémence, qui étaient invités, comme nous, à venir célébrer Divali avec la famille.

Nous avons ainsi découvert que vivaient dans la pension : 3 frères avec bien sûr leurs parents, leurs femmes et enfants… Tout ce joyeux monde était donc rassemblé autour d’une table basse, couverte de petits pots en terre, avec chacun une bougie en leur centre. Chacun se passe ensuite un plateau comprenant 4 récipients, remplis d’eau, de sel, d’un liquide rouge, et de pétales de fleurs fraîches de couleur orange, pour saupoudrer les bougies de ces 4 éléments, et prier pour « good money », ou plus élégamment pour la richesse et la prospérité.

Les bougies rappellent les nombreuses lumières qui avaient été allumées pour célébrer le retour victorieux de Rama (cf article Mythes pour en savoir plus). Ensuite, les enfants et les grands enfants commémorent la victoire de Rama en tirant des pétards plus gros et plus sonores les uns que les autres pendant… toute la nuit. Nous avons donc dîné avec Mathieu et Clémence sur un des rares toits-terrasses acceptant de nous faire à manger, au milieu des fusées, feux d’artifice, sons de pétards, plus proches de la bombe artisanale que du pétard classique (pour ceux qui connaissent, bien plus puissant que les bisons 5)… autant dire que mener une discussion tenait de la prouesse absolue ! Happy Divali !

4 réflexions sur “Jodhpur, la ville bleue

    1. Le bleu était en fait à l’époque la couleur réservée aux brahmanes et permettait de différencier facilement les castes. Aujourd’hui, le bleu a été adopté par tous pour des raisons esthétiques. De plus, outre la lumière mystérieuse qu’apporte le bleu à la ville, cette couleur est censée repousser les insectes.

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