Tranches de vie – Népal

Un mois passé au Népal nous a donné l’occasion de vivre de nombreuses anecdotes, encore une fois difficiles à résumer. Voici quelques morceaux choisis.

·  IMMERSION DANS LA VIE D’UNE FAMILLE NEPALAISE

Nous rêvions au cours de notre voyage de pouvoir partager et vivre comme une famille locale, le couchsurfing au Népal nous l’a vraiment permis. C’est dans un quartier du Nord bien plus calme que le centre de Thamel que nous avons été reçu comme des amis chez nos hôtes. Une grande maison construite intégralement par le père de famille (Chandra, 41 ans), sur 3 niveaux, le premier accueillant une famille de locataires, le second, les chambres et la salle de bain de la famille, le troisième la grande chambre nous étant réservée avec douche et toilettes à l’occidentale ainsi que la cuisine : plaque de cuisson au gaz, grand évier en pierre mais sans eau courante, frigo servant uniquement de garde-manger (en raison des nombreuses coupures d’électricité), table et 4 chaises. Et enfin, un toit terrasse offrant une très belle vue sur la ville, un espace idéal pour étendre le linge et un four solaire pour faire bouillir l’eau et la rendre potable. C’est de tradition népalaise de s’acheter un terrain quand on le peut et de construire petit à petit sa propre maison. Chandra a pensé sa maison et l’a bâti de manière simple, avec pragmatisme et astuce.

Pour revenir un peu sur les coupures d’électricité, il faut imaginer l’organisation nécessaire pour vivre sans électricité, cela signifie, pas de lumière, pas de four, frigo, congélateur, gaz obligatoire pour faire à manger et pas de Wi-Fi, ni Internet (que ce soit pour les individuels ou les sociétés à moins de disposer d’un générateur). Le Népal ne produisant pas suffisamment d’énergie, les villes coupent l’électricité par quartier à des heures définies et tournantes, cela va au mieux de 8h par jour en été à maximum 16h en plein hiver, soit seulement 4 heures d’électricité par jour.

Nos hôtes ne disposent pas de moyen de locomotion, étant donné l’importance des taxes sur les véhicules importés (le Népal ne produisant pas de voiture ni de moto) il faut compter pour une toute petite Suzuki style Fiat Cinquecento (ancien modèle) près de 15 000€ ! C’est donc par les moyens de transports locaux (plus ou moins publics) que Chandra nous a fait découvrir sa ville et notamment un temple où il nous a proposer de servir d’interprète avec les Brahmanes. Ce fut une occasion de mieux comprendre le fonctionnement des castes et notamment celle des brahmanes (la plus haute).

Nos hôtes ont aussi voulu nous faire partager leurs coutumes et nous avons pu profiter d’une soirée chants et danse, les chants racontant des histoires d’amour locales (dont nous avons eu le droit à la traduction en direct) et danses traditionnelles. Quelle belle soirée !

Nous avons eu beaucoup de discussions et de partage qu’il nous est difficile de résumer ici, mais qui nous ont permis de mieux appréhender la vie népalaise, fortement patriarcale et ressortons vraiment ravis de cette expérience d’immersion.

·   LE FESTIVAL DU DARSHAIN VECU DE l’INTERIEUR

La plus grande fête du Népal, Darshain, célèbre pendant 15 jours la victoire de la déesse Durga sur les forces du mal, incarnées par le buffle-démon Mahisasura. Des milliers d’animaux sont abattus en l’honneur de Durga, le 8ème jour marque le début des sacrifices et l’on peut donc voir des roues de voitures ou de scooter aspergées de sang… Il faut savoir que tous ces animaux sont mangés. Et la chèvre figure à de nombreux menus. Nous avons pour notre part vu les troupeaux rassemblés dans les nombreux villages que nous avons traversés. Au début de la quinzaine, des graines sont mises à germer, et chaque jour, les familles déposent des offrandes dont quelques germes, souvent d’orge ou de blé.

Mais qui est Durga, à qui on rend tant d’hommages ? Commençons par Parvati, qui est l’épouse ou pendant féminin de Shiva (le Grand Dieu) et que l’on appelle parfois Mahadevi ou juste Devi (la Grande Déesse). Comme toujours dans l’hindouisme, elle adopte de nombreuses formes : Parvati en est une forme pacifique, et Kali ou Durga une forme beaucoup plus cruelle. Cette déesse noire brandit souvent des armes, arbore une guirlande de crânes et chevauche un lion ou un tigre. Elle est souvent représentée en train d’affronter des démons, dont elle protège les humains par la même occasion.

Le 10ème jour de Darshain que nous avons célébré avec la famille de Chandra prend un caractère plus familial. Au réveil, nous avons rejoint Chandra et Radha pour assister d’abord à la bénédiction de la maison. Un tika rouge (point de pâte) est déposé au-dessus de chaque porte, accompagné de quelques germes : ce sont des symboles de protection et de prospérité.

Pour l’occasion, nos hôtes étaient magnifiquement habillés : Chandra et Bishal en costume traditionnel népalais le Daura Suruwal (longue chemise portée sur un pantalon tubulaire) avec leurs topis (calotte en toile), et Radha dans un magnifique sari rouge, brodé de perles dorées (ce sont les couleurs traditionnelles du mariage et des femmes mariées).

Ensuite est venu l’heure du tika pour chaque personne du foyer. L’homme le plus âgé (Chandra, en l’occurrence) officie. Le tika rouge est préparé avec des grains de riz, du sucre, du yaourt, et du sindur (mélange de poudre rouge et d’huile de moutarde), tandis que le tika blanc, réservé aux veuves, est fait de riz, yaourt, sucre et bananes. Le tika représente le troisième œil qui voit tout, ainsi qu’un important point d’énergie, celui du 6ème chakra. Cette bénédiction au tika constitue une reconnaissance de la présence divine en chacun et un signe de protection.

Un petit autel est organisé au sein du foyer, avec des offrandes pour les dieux. C’est d’abord Radha, qui a été bénie par son mari : le tika rouge est d’abord envoyé aux dieux en jetant un peu de pâte en l’air, puis il est apposé sur le front, des germes sont posés de chaque côté des oreilles pour les hommes ou intégrés dans la coiffure pour les femmes, et un billet symbolique est remis pour la richesse. Bishal, leur fils, a ensuite été béni par ses deux parents, puis ce fut le tour de la sœur de Chandra, qui a, elle, reçu un tika blanc, et enfin la nièce de Chandra. Nous avons, nous aussi, été bénis par Chandra, puis Chandra s’est apposé lui-même son propre tika.

Nous sommes très reconnaissants à Chandra de nous avoir ouvert les portes de ce moment familial comme si nous faisions vraiment partie du cercle. Nous avons suivi tout cela avec beaucoup d’intérêt et une légère inquiétude pour Mathieu de se voir complètement tâché par le tika jeté aux dieux… Mais on vous rassure, ça part facilement au lavage !

Ensuite nous avons pris le petit-déjeuner tous ensemble. C’est un repas particulier pour le 10ème jour, que nous avons vraiment beaucoup apprécié : selroti (sorte de beignets en forme de doughnut, faits à partir de semoule, sucre et eau), des pois chiches au curry, du yaourt sucré, des haricots rouges avec une sauce aigre-douce, des achards de légumes au curry, et des flocons de riz. Comme toujours, c’est servi à profusion, et la nièce de Chandra a resservi plusieurs fois Mathieu, le trouvant trop mince !

Nous avons ensuite appris un nouveau jeu de cartes. Puisqu’il est également d’usage de jouer en famille, et de parier… y compris pour les enfants. La chance habituelle de Mathieu les a un peu désarçonnés, et après nous avoir fait changer de place pour s’assurer que l’on ne trichait pas, ils ont dû constater que la chance du débutant avait bien cours au Népal.

Un grand merci à Chandra et toute sa famille pour ce magnifique moment de partage, qui restera gravé dans nos cœurs.

·  LES TRANSPORTS NEPALAIS : LA LOI DU PLUS FORT

Comme dans les autres pays asiatiques, le Népal n’échappe pas à la loi du plus fort sur la route, mais on avoue que cela a pris encore de nouvelles proportions par rapport à la Chine. Au centre de Kathmandu, c’est un flot de circulation incessant, et relativement incompréhensible. La loi du plus fort fait rage avec du plus faible au plus fort : les rickshaws (sorte de triporteurs pour touristes), les tuk-tuk (version motorisée du rickshaws que tous les népalais utilisent de par son prix ultra-attractif), les mini-taxis Suzuki qui ont l’avantage de pouvoir se faufiler dans les ruelles étriquées du centre et portent souvent des citations à l’arrière comme « Jesus loves you » (notre préférée), les minibus « publics » qui sont en fait des entreprises privées et qui racolent les piétons pour en faire monter le plus possible (et quand on vous dit le plus possible, il faut vraiment entendre qu’il n’y a pas de limites : Mathieu s’est retrouvé avec un népalais sur ses genoux pendant un court trajet !), les bus locaux plus grands et tout aussi bondés, les bus locaux longue-distance complètement défoncés et diffusant sans arrêt et le plus fort possible des films bollywoodiens, les bus touristiques un peu plus modernes mais dont les chauffeurs jouent tout autant du klaxon, les camions Tata ultra-colorées qui sillonnent tout le Népal avec des chargements plus étonnants les uns que les autres, et surtout une dizaine de places derrière le chauffeur pour faire monter un piéton égaré prêt à payer, et bien sûr aux abords de la montagne les jeeps usées par la route, qui se font un plaisir de charger un maximum de gringos, moyennant finance, et de finaliser le tout en faisant encore grimper quelques locaux ou touristes téméraires sur le plateau arrière avec le chargement… Zen, restons zen !

· LA RELIGION, PARTIE INTEGRANTE DU QUOTIDIEN NEPALAIS

La religion joue un rôle capital dans le quotidien népalais et se perçoit partout. Le syncrétisme (mix de plusieurs courants) est assez étonnant : dominance forte de l’hindouisme, arrosée de pas mal de bouddhisme, un peu d’animisme, et un soupçon de tantrisme, cela fait une belle cuisine spirituelle.

Au quotidien, les trois aspects majeurs où la religion s’exprime de manière visible pour nos yeux de voyageurs sont les pujas, la crémation des morts, et les règles régissant le système des castes.

Tous les matins, on peut voir des femmes hindoues porter friandises, fleurs, riz, yaourt, fruits, bonbons et autres petits cadeaux sur un plateau de cuivre au temple. Elles se livrent au rituel de puja, qui consiste à apporter une offrande au dieu du temple local. Les offrandes sont déposées, et les cloches sonnées pour prévenir la divinité. Une fois l’offrande faite, elle devient sacrée, et une petite portion est restituée au donateur en tant que bénédiction.  Comme chaque quartier possède son temple et que l’on trouve de petits sanctuaires à chaque coin de rue, le rituel des puja est vraiment présent au quotidien.

La crémation des morts peut paraître moins quotidienne mais nous avons eu l’occasion d’y assister à Pashupatinath (cf article Vallée de Kathmandu).

Enfin concernant le système des castes, les principales dont nous a parlé Chandra sont les brahmanes (prêtres), les chhetri (guerriers et gouvernants), les vaisya (marchands et agriculteurs) et les sudra (artisans et serviteurs). Mais les professions liées à ces castes ne sont plus vraiment respectées de nos jours, si ce n’est concernant les brahmanes qui sont les seuls à pouvoir devenir « prêtres ». Tout en bas de l’échelle, on trouve les harijan ou intouchables, qui exercent les tâches subalternes les moins valorisantes. On se marie au sein de sa propre caste, et le seul moyen de changer de caste, est donc la réincarnation pour peu que l’on ait avancé sur le chemin de l’Eveil. De nos échanges avec Chandra, nous avons perçu que ce système était complètement intégré à leur vision de la vie, et même si les choses évoluent, la tradition pèse encore lourdement.

Enfin difficile de parler de la religion au quotidien sans parler des sadhus. Les véritables sadhus sont des ascètes hindous qui ont tout quitté pour mener une quête spirituelle. Ils se promènent en général en habit très simple comme un pagne orange, sont couverts de poussière, avec les cheveux emmêlés (tendance dreadlocks) et avec un bol d’aumône pour unique bagage. A Thamel, certains sadhus plus excentriques ont trouvé un moyen « déguisé » d’obtenir un peu d’argent moyennant une bénédiction au tika ou photo souvenir. Cela donne en tout cas une dimension folklorique très divertissante.

· KATHMANDU ENTRE ANIMATION ET AGITATION

On a eu le temps d’apprécier Kathmandu, entre le plus paisible quartier de Chandra à Basbari, et l’agité Thamel. On s’y promène finalement sans aucun sentiment d’insécurité (hormis la circulation) au bout de quelques jours d’acclimatation, même si les coupures d’électricité qui laissent parfois des quartiers entiers dans le noir ne sont pas toujours agréables pour les retours à l’hôtel.

Cela étant, une fois que l’on a surmonté la poussière environnante soulevée par la circulation incessante, que l’on a assimilé les décombres liées au séisme et qu’on enjambe bien les briques ou les chantiers, que l’on a compris que le piéton n’était rien, que l’on arrive à éviter les fils électriques qui peuvent pendouiller à des endroits surprenants, que l’on ne prête attention aux coups de klaxon que de manière sélective, et que l’on ne s’étonne plus de croiser des illuminés qui sillonnent les rues (entre Hare Krishna, fumeurs de hasch, faux saddhus, intouchables, et cour des miracles), Kathmandu est une ville très agréable, où il fait bon vivre. Malgré le nombre d’échoppes, on est très loin du harcèlement du souk de Marrakech, les Népalais sont particulièrement serviables, amicaux et souriants et hormis la négociation de rigueur pour les achats ou courses en taxi, vraiment honnêtes. Nous avons passé un magnifique mois au Népal et véritablement apprécié ces 10 jours imprévus à Kathmandu.

3 réflexions sur “Tranches de vie – Népal

  1. Hugues, Mag, Rapha

    J’ai adorė votre tranche de vie, qui suscite tellement les 5 sens, sans oublier un brin de sens de l’humour 😊
    « Cela étant, une fois que l’on a surmonté la poussière environnante soulevée par la circulation incessante, que l’on a assimilé les décombres liées au séisme et qu’on enjambe bien les briques ou les chantiers, que l’on a compris que le piéton n’était rien, que l’on arrive à éviter les fils électriques qui peuvent pendouiller à des endroits surprenants, que l’on ne prête attention aux coups de klaxon que de manière sélective, et que l’on ne s’étonne plus de croiser des illuminés qui sillonnent les rues (entre Hare Krishna, fumeurs de hasch, faux saddhus, intouchables, et cour des miracles), Kathmandu est une ville très agréable, où il fait bon vivre »
    Bonne éclate !

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Vallée de Kathmandu – Mythe the World

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