Kathmandu

Notre trajet jusqu’à Kathmandu a été assez rock’n’roll. Au départ, nous rêvions de pouvoir prendre la route de l’Amitié en intégralité et traverser la frontière en bus. Les tremblements de terre et le contexte politique l’avaient rendu impossible. Nous nous étions donc résignés à prendre un billet d’avion pour effectuer le trajet Lhassa-Kathmandu. Jusque-là rien de bien compliqué en apparence.

Notre enregistrement s’est très bien déroulé. C’est au moment de monter dans l’avion que nous avons été surpris par la file de monde, vu la taille restreinte du coucou. Et arrivés à nous, l’hôtesse nous a dit « NO » et nous a fait mettre de côté. Ainsi que l’intégralité des gens avec lesquels nous avions voyagé au Tibet et qui étaient sur le même vol. Aucune annonce n’a évidemment été faite, ni en chinois, ni en anglais.

Nous avons fini par apprendre que les voyageurs qui venaient d’embarquer étaient les passagers de la veille et qu’un avion arrivait pour nous emmener, mais qu’il y avait un problème de surcharge de bagages. Après quelques échanges avec un tibétain qui était allé se renseigner auprès du personnel chinois, qui ne donnait toujours aucune information, nous avons été complètement rassurés : « la compagnie réfléchit à une solution ». Ainsi soit-il.

Après 2h50 d’attente (10 minutes de moins que le temps à partir duquel toute compagnie peut être amenée à dédommager ses passagers), nous avons donc embarqué. Mais quelle ne fut pas notre surprise à l’arrivée quand nous avons découvert que l’intégralité des bagages était restée au Tibet. C’est vrai qu’en terme de solution à l’excédent de bagages, c’est assez radical ! Nous avons donc volé léger, et l’ensemble des passagers a ensuite attendu les consignes toujours rassurantes pour des occidentaux : « venez demain à partir de midi… »

Dépités par cette arrivée et notre retard, nous étions donc quasiment sûrs que notre futur hôte avait dû rebrousser chemin. Nous parlons d’hôte, car nous avions décidé de nous lancer dans l’expérience de couchsurfing au Népal. Le concept, c’est une communauté de personnes, avec un intérêt commun pour les rencontres et la découverte de nouvelles cultures, et dont certaines personnes proposent un hébergement gratuit à leur domicile. Nous devions donc être attendus par un certain Chandra à l’aéroport, pour faire ensuite la route ensemble jusqu’à son domicile. Comme nous n’avions eu aucun moyen de le prévenir de nos mésaventures, nous nous préparions donc à chercher une pension pour la nuit. Mais quand nous sommes arrivés à la sortie, un peu harcelés entre rabatteurs et chauffeurs de taxi, nous avons vu un visage népalais illuminé d’un sourire, qui tenait dans ses mains une pancarte « Mathieu & Charlotte ». C’était bien notre hôte Chandra, qui nous attendait depuis bientôt trois heures, mais toujours d’excellente humeur et tellement enthousiaste.

Pour en savoir plus sur notre immersion dans la vie d’une famille népalaise, nous vous proposons d’aller voir l’article Tranches de Vie.

Nous avons opté pour partager dans cet article nos découvertes de Kathmandu, dont certaines ont été faites grâce à Chandra.

·      SWAYAMBHUNATH OU MONKEY TEMPLE

Grâce à Chandra, nous avons rejoint ce lieu classé au Patrimoine mondial de l’Unesco en transport local (tuk tuk et bus local), ce que nous n’aurions jamais réussi à faire seuls, dès le 1er jour de notre arrivée. Nous avons d’abord découvert le bas de la colline, orné de 3 énormes statues dorées de … Bouddha Sakyamuni, d’Avalokitesvara et de Guru Rinpoche. On croyait pourtant avoir quitté le Tibet !

Nous avons ensuite suivi le kora (si vous avez lu les articles sur le Tibet, vous savez donc que c’est le chemin de pèlerinage) sous le regard de nombreux macaques, pour atteindre le célèbre stupa de Swayambhunat. La légende veut que la colline ait « surgi d’elle-même », ce que signifie swayambhu.

Les 1ères activités semblent dater de 460, mais c’est le fameux roi népalais Pratap Malla qui fit construire le stupa au XVIIème siècle. Pratap Malla est aux Népalais, ce que Louis XIV est aux Français. En quelque sorte… Ce stupa domine Kathmandu de toute sa grandeur. Un stupa ou chorten en tibétain ou chaitya en népalais est un monument funéraire : à l’origine érigé pour contenir les cendres du Bouddha historique, et désormais des reliques sacrées ou des cendres de lamas. Pour comprendre l’architecture d’un stupa, voici quelques repères clés : la base carrée figure la terre, le dôme hémisphérique l’eau, l’harmika (tour carrée) le feu, et les 13 segments du pavillon les étapes jusqu’à l’Eveil, une flèche ou une pointe verticale figurent l’air (la lumière sacrée du bouddha), un croissant de lune ou une ombrelle le ciel ou le vide qui s’étend au-delà de l’espace. Au Népal, on trouve sur la tour centrale les yeux omniscients du Bouddha, ainsi qu’un nez, qui est en fait le chiffre 1, symbole du caractère absolu du Bouddha, l’unité de toute chose.

Chandra a eu l’excellente idée de nous emmener dans ce lieu à la tombée du jour, et nous avons donc pu profiter, outre de la présence de nombreux singes, du coucher du soleil sur la ville puisque c’est un magnifique point de vue, mais aussi de l’ambiance particulière du stupa magnifiquement éclairé au milieu des volutes d’encens et des odeurs bien connues pour nous des lampes à beurre.

·      BUDHANILKANTHA

Parmi les nombreux sites touristiques de Kathmandu, celui-ci est un peu spécial, essentiellement visité par des fidèles népalais, et c’est clairement, grâce à Chandra, que nous avons eu l’occasion de le visiter.

L’élément central est une grande statue couchée de Vishnu, sous la forme de Narayan, le créateur de toute vie, allongée sur la mer cosmique. Il repose sur un lit fait des anneaux d’Ananta, le dieu-serpent à 11 têtes qui symbolise l’éternité. Un lotus sort de son nombril, d’où naquit Brahma, qui, à son tour, créa l’univers. Cette statue taillée dans un seul bloc de pierre mesure 5m et fut tractée jusque-là par les fidèles sous la période des Licchavi entre le VIIème et le VIIIème siècle. Vishnu-Narayan est censé dormir pendant les 4 mois de la mousson, et une grande fête a lieu lorsque le dieu se réveille, le 11ème jour du mois hindou kartik (octobre ou novembre selon le calendrier).

Grâce à Chandra, nous avons pu assister à différents rituels, et sonner la cloche pour avertir les dieux de notre présence. Nous avons également eu l’occasion d’échanger avec des brahmanes, ce que nous détaillons dans notre article Népal – tranches de vie.

·      LE CENTRE : THAMEL & NORD DE DURBAR SQUARE

Les 2 repères pour les touristes sont le quartier ultra-touristique de Thamel, où l’on trouve boutiques, échoppes, guesthouses, restaurants, salons de massage, laveries, agences de voyage, supermarchés… et le quartier de Durbar Square. Entre les deux se trouvent des quartiers d’habitation très authentiques, où la moindre ballade dans le lacis de ruelles peut donner lieu à de magnifiques découvertes. Nous y avons résidé après notre couchsurfing et nous avons adoré nous perdre dans ce dédale et dénicher ici ou là un stupa bouddhiste, des temples hindouistes dédiés à diverses divinités (Vishnu, Krishna, Kali, Ganesh, Annapurna, Narayan, Indra…) où se pressent les habitants du quartier pour y déposer leurs offrandes et sonner la cloche (ce qui indique au dieu leur présence), un sanctuaire fréquenté par bouddhistes et hindouistes (exemple fréquent au Népal du syncrétisme entre ces 2 religions), un temple tantrique, des sculptures ou petits sanctuaires à tous les coins de rue, des bahal (cours de monastère bouddhiste), des bahil (cours d’habitation abritant souvent un temple ou autel), des chowk (cours), les fenêtres, balcons et portes en bois sculpté et magnifiquement ouvragés, sans compter les nombreux marchés traditionnels avec leurs étals de légumes, d’épices, de textile, de perles ou d’offrandes…

Tout cela fait de Kathmandu un gigantesque musée à ciel ouvert, où l’on peut découvrir des enfants jouant au cerf-volant au milieu de statues multiséculaires. Nous avons adoré le petit côté chasse aux trésors pour découvrir toutes ces petites perles disséminées dans la ville, une fois bien sûr que l’on arrive à gérer la circulation incessante, les détritus au milieu des rues, les décombres liés au séisme, la poussière que soulèvent les scooters ou autres taxis, les chiens couchés n’importe où, et les vaches qui surgissent parfois au détour d’une rue. Bref, il faut se rôder un peu, mais ça en vaut la peine, et on finit même par s’y attacher.

Nous avons eu, pour notre part, un coup de cœur pour une de ces cours cachées, le Kichandra Bahal, l’un des plus anciens bahal de la cité (1381) dont l’entrée est marquée par un pipal (arbre) qui pousse à l’intérieur d’un stupa (ou chaitya pour les népalais). Trouver ce petit havre de paix en plein centre de Kathmandu nous a fait rêver. On a également apprécié le sanctuaire en bois dédié au dieu des Maux de dents (Bangemudha), où Mathieu s’est empressé de faire une offrande. Pour le moment, ça marche !

·      DURBAR SQUARE

On a eu un peu de mal à comprendre qu’on trouvait des Durbar Square à Kathmandu, mais aussi à Patan et Bakthapur. En fait le Durbar Square correspond à l’endroit où les rois de la cité étaient couronnés et où se dressait leur palais (durbar). On en trouve dans ces trois cités car à la mort de Yaksha Malla (souverain de la vallée de Katmandou) en 1482, le royaume fut partagé entre ses fils en trois royaumes : Bhaktapur, Kathmandu et Patan. Kathmandu devint ensuite le centre principal suite à l’unification des cités, de multiples temples sont donc venus s’y ajouter par la suite, chaque roi apportant sa touche architecturale, ainsi que tel ou tel temple pour rendre hommage à telle ou telle divinité. Les 1ères constructions datent de la période Licchavi (IV-VIIIème siècle), mais c’est surtout la dynastie Malla qui a étendu la zone au XVIIème siècle.

Ce magnifique site classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco a malheureusement été fortement abîmé lors du séisme de 2015, mais nous avons été extrêmement étonnés de la superficie, et de sa situation vraiment au cœur de la ville, puisque l’on y accède tout simplement par les ruelles du centre. Une banale ballade y conduit, et l’on s’y retrouve parfois sans même s’en être rendu compte puisque les bâtiments historiques jouxtent les immeubles d’habitation. Mais cela plonge soudainement dans une autre période et l’on ne sait plus quel temple admirer.

Une originalité népalaise, la Kumari : une fillette est choisie pour incarner la déesse de la ville jusqu’à sa puberté et elle est tenue pour un symbole vivant de la devi – le concept hindou de l’énergie spirituelle féminine. Son choix est très codifié : elle doit venir de la caste des orfèvres newar, doit avoir entre 3 ans et l’âge de la puberté, et doit présenter 32 signes distinctifs très précis, qui vont de la couleur des yeux à la forme des dents, en passant par le son de sa voix. Son horoscope doit évidemment se révéler favorable. Les candidates sont ensuite rassemblées pour assister à un spectacle assez inquiétant pour des fillettes : des hommes affublés de masques horribles viennent danser au milieu de 108 têtes de buffles sanguinolentes, ce qui ne saurait effrayer l’incarnation de Durga (représentation cruelle de la devi, plus connue pour les occidentaux sous le nom de Kali). La fillette qui garde son sang-froid ne peut être que la nouvelle Kumari, mais encore faut-il qu’elle réussisse la dernière épreuve, à savoir reconnaître les vêtements et ornements portés par celle qui l’a précédée.

Avec tout cela, vous comprenez qu’on avait très envie de la rencontrer, ce qui est possible puisqu’elle réside dans un palais sur Durbar Square et se montre entre 9h et 11H (si elle ne fait pas grève comme en 2005 !), mais on ne peut pas la prendre en photo !

2 réflexions sur “Kathmandu

  1. Ping : Vallée de Kathmandu – Mythe the World

  2. Montréjaud-Vignoles Mireille

    Le tremblement de terre a laissé beaucoup de traces… Je suis sidérée par le rafistolage! Il vaudrait mieux qu’il n’y ait pas un autre séisme! On va méditer pour eux… Super les photos, c’est vivant!

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