Tibet – Découverte de Lhassa

On peut dire qu’arriver jusqu’au Tibet n’a pas été sans difficulté : entre l’obtention de permis, la nécessité d’être encadré par une agence de voyage, le prix résolument prohibitif du moindre séjour et enfin la non-disponibilité de la moindre place de train, nous avons vraiment eu beaucoup de bonheur à arriver à Lhassa.

Bonheur décuplé par le fait de quitter le train, après 23h de voyage… Pas de regret cependant, nous avons pu voir des paysages magnifiques, et nous acclimater un peu plus tranquillement à l’altitude que si nous avions pris l’avion. En effet, il faut savoir que ce parcours en train est le plus haut du monde en terme d’altitude, avec la majorité du trajet autour de 4000m et quelques passages au-dessus de 5000m. Cela donne lieu à une décharge que tous les passagers doivent signer en montant à bord, et également à des consignes de sécurité (ne nous emballons, ce n’est pas non plus Air France) expliquant que des sources d’oxygène sont disponibles, ce qui vaut un spectacle assez cocasse de chinois branchés sur l’oxygène pendant le parcours. Cela étant, on préfère cela, plutôt que des chinoises qui se rendent compte un peu tard qu’elles ont le mal de l’altitude et qui n’arrivent pas à atteindre les toilettes à temps…

De notre côté, pas de symptômes majeurs, mais on doit avouer que pour un trajet aussi long, le plan « upper bed » ou couchettes du haut, dans les wagons « hard sleeper » n’est certainement pas le meilleur. Pour la nuit, cela ne pose aucun problème, mais pour le temps de trajet de jour, il faut imaginer les options suivantes :

  • Etre super réactif, prendre d’assaut les 2 uniques strapontins (pour 6) et ne plus les quitter pendant les 12h suivantes
  • S’assoir sur les couchettes du bas, mais en l’occurrence les occupants ont eu un malin plaisir à rester couchés dessus pour bien nous faire comprendre qu’il n’était pas question de s’y poser, comme le font les chinois dans tous les autres compartiments
  • Rester coucher dans sa couchette du haut pendant 23h : nous n’étions pas encore assez fatigués pour cette option
  • Rester debout dans le couloir, mais 12h debout, c’est long…

Comme on est vraiment sympa, on va donc vous confier le vrai bon plan. Idéalement choisir les couchettes du bas donc… Mais à défaut, les wagons « hard seat » ou dirons-nous « les sièges » en français, sont en fait totalement vides, et peuvent donc être tout à fait utilisés pendant la journée : calme (ou presque, quand la musique chinoise n’est pas mise à fond), air conditionné (car on ne vous a pas parlé de la moiteur du wagon hard sleep, d’ailleurs le besoin d’oxygène des chinois ne vient, à notre avis, pas de l’altitude mais de la non ventilation du wagon…) et vue magnifique et des deux côtés sur les hauts plateaux tibétains. La preuve en images.

Bref, c’est après ce périple unique, à des altitudes que nous n’avions encore jamais atteintes que nous sommes arrivés à Lhassa. Découvrir le Tibet était pour nous un rêve, et nous nous sommes sentis très privilégiés de vivre cette expérience tibétaine, en n’ayant pas complètement anticipé ce que signifiait ici la présence chinoise. Mais nous n’épiloguerons pas sur ce point, et nous avons plutôt décidé de vous livrer quelques impressions, anecdotes et bien sûr photos.

Vivre le Tibet implique forcément une imprégnation dans le bouddhisme tibétain. La spiritualité imprègne toutes les facettes de la vie quotidienne : accumuler du mérite, envoyer les enfants au monastère, leur enseigner les différentes divinités et les emmener faire les offrandes, entreprendre un pèlerinage ou même modestement faire son tour de kora journalier, honorer les divinités, et reconnaître le caractère sacré de sites naturels, sont des actes communs pour les Tibétains.

·      Palais du potala – demeure du dalai lama

C’est sûrement l’un des seuls monuments que nous avions déjà vus en photo ou dans des films. Il trône sur Lhassa de toute sa hauteur, mais bien ancré sur son socle rocheux. Ce lieu a d’abord été le site du palais du roi Songtsen Gampo vers 637 (le roi à connaître, puisque c’est lui, qui, via ses deux épouses népalaise et chinoise, a introduit le bouddhisme au Tibet), et c’est ensuite le 5ème dalai-lama (là encore, c’est sûrement l’un des plus fameux dalai-lama) qui décida en 1645 de déplacer le siège de son gouvernement du monastère de Drepung (cf ci-dessous) à ce palais.

Nous avons été bien sûr impressionnés par la grandeur, la hauteur, mais aussi la foule de pèlerins qui effectuent leur circumambulation (ou tour dans le sens des aiguilles d’une montre) tout autour du palais, sur ce que les tibétains appellent un kora (ou chemin de pèlerinage qui entoure quasiment tous les temples, monastères ou lieux sacrés).

Nous avons donc d’abord effectué le kora avec la foule de pèlerins, avons renoncé à faire tourner les milliers de moulins de prière qui bordent le kora, malgré un vrai enthousiasme au début, et nous avons ensuite pénétré dans l’enceinte du Palais, sous les conseils avisés de notre guide : « montez très doucement, car vous êtes déjà à 3600m».

Le Palais du Potala est avant tout la demeure du dalaï-lama, il compte plus de 1000 pièces et 2 bâtiments majeurs : le Palais Blanc siège de la politique et lieu de résidence des dalaï-lama, et le Palais rouge siège de la spiritualité. Ce que nous avons donc énormément ressenti en ce lieu, c’est à la fois une présence et une grande absence. Présence de par l’ensemble des objets sacrés qui ont été conservés, mais aussi les mausolées des précédents dalaï-lama (les chortens), les bureaux dont celui du XIVème dalaï-lama qui a été laissé en l’état depuis son départ en 1959, salles de réception ou d’audience, chambres, salles de méditation… mais aussi cette absence saisissante, car manifestement il manque quelqu’un, et cela ressemble désormais plus à un musée figé dans le temps, qu’à la demeure du chef spirituel du Tibet.

Nous avons particulièrement adoré la salle d’assemblée qui accueillait notamment les cérémonies d’intronisation des dalaï-lama. Comme les photos sont interdites dans le Palais, on ne peut que vous dire que cela ressemble vraiment à la reconstitution faite dans le film Sept Ans au Tibet : la salle est immense, baignée par des rais de lumière qui arrivent du plafond, et chargée d’une ambiance à la fois mystique et mystérieuse entre les fumées d’encens, les thangka colorés qui ornent les piliers et les tissus colorés qui pendent au plafond, les tintements de cymbales et les psalmodies des moines… Cela plonge immédiatement dans un état de recueillement et de contemplation.

On vous fera grâce des policiers chinois qui jouent sur leurs smartphones au milieu de la salle d’assemblée…

·      TEMPLE JOKHANG – BAKHOR STREET

Après la découverte du Potala, nous avons ensuite mis le cap sur le temple le plus vénéré du Tibet. Il fut construit en 639 et 647 par le roi Songtsen Gampo (toujours le même). Ce fameux roi oeuvra pour l’unification du Tibet mais fut également un vrai conquérant, et mis en difficulté la Chine et l’Inde Nord, qui, en signe de conciliation et d’alliance, lui offrirent 2 épouses, respectivement népalaise (princesse Bhrikuti) et chinoise (princesse Wencheng). Toutes deux jouèrent un rôle très important dans la propagation du bouddhisme au Tibet, étant elles-même bouddhistes.

Ces deux princesses arrivèrent au Tibet avec chacune d’imposantes statues de bouddha, que le Roi décida d’abriter dans 2 temples : le temple de Ramoche fut construit pour abriter la statue du jeune bouddha Sakyamuni (12 ans), apporté par la princesse chinoise Wencheng, et celui du Jokhang pour le bouddha de la sagesse, apporté par la princesse népalaise Bhrikuti.

Ce qui nous a marqués dans ce temple, c’est bien sûr l’intérieur aux poutres maculées de suie dégagée par lampes à beure de yak et d’encens se consumant pendant des siècles, les innombrables petites chapelles mettant en scène les multiples représentations de Bouddha et autres boddhisattvas et les anciennes portes en bois, l’ancien trône du Dalaï-Lama, qui confèrent à l’ensemble une ambiance chargée.

Mais ce qui nous a particulièrement fascinés, ce sont les hordes de pèlerins qui effectuent le kora (plusieurs centaines de mètres) autour de ce temple, en se prosternant à chaque pas, dans une sorte de salutation au soleil très ritualisé, et qui continuent leurs prosternations devant l’entrée du temple. Cette ferveur que nous n’avions clairement jamais rencontrée jusqu’alors, nous a vraiment interpellé et questionné sur le sens, la fréquence, et la régularité de ces prosternations, qui peuvent vraiment être très physiques, et pratiquées par des personnes de tous les âges.

·      MONASTERE DE DREPUNG

A 8km de Lhassa, ce site était l’une des grandes cités monastiques du Tibet et une université bouddhique réputée. Il a été fondé en 1416 par Jamyang Chöje, un disciple charismatique de Tsongkhapa (le fondateur de l’école Gelupga, ou école des bonnets jaunes). Ils sont tous les deux régulièrement représentés dans tous les monastères. Ce site accueillait 2000 moines dès 1417, et 7700 avant la « libération » du Tibet en 1959. Il en compte aujourd’hui 450.

Ce que nous en retenons, c’est la grandeur de ce site à flan de collines, et la découverte plus en profondeur de la vie monastique, dont les cuisines, l’organisation des repas, la méditation guidée des moines dans la cour centrale, ainsi que leurs prières et lectures à l’intérieur de la salle d’assemblée.

Comme pour les autres lieux vus précédemment, un magnifique kora (chemin de pèlerinage) entoure le monastère au milieu des montagnes himalayennes. Sur de gros rocs à flanc de colline, est peint l’un des mantras les plus connus des tibétains : Om mani padme hum, que l’on pourrait traduite littéralement par « hommage au joyau dans le lotus » (traduction contestée par certains), mais cela reste une traduction simpliste qui ne permet pas d’accéder à toute la dimension de ce mantra, dont le sens est plus abstrait et mystique. Si vous souhaitez explorer la complexité de ce mantra, n’hésitez pas à fouiller sur internet.

·      MONASTERE DE SERA

A environ 5 km au nord de Lhassa, ce site était le 2ème monastère gelugpa de Lhassa, après le Drepung. Alors si vous avez bien suivi, gelugpa, c’est l’école des bonnets jaunes, et comme le Drepung, il a été fondé en 1419 par le même disciple de Tsongkhapa.

Il comptait 3 collèges d’enseignement : le Sera Me, spécialisé dans les préceptes fondamentaux du bouddhisme ; le Sera Je, pour les moines itinérants ne venant pas du Tibet central ; et le Sera Ngagpa, dédié aux études tantriques. C’est à nouveau un lieu très sacré, où les tibétains peuvent venir faire bénir leur « enfant », ce qui se témoigne notamment par une marque noire posée sur leur nez, et qui est censé leur apporter protection et réussite.

La chapelle la plus sacrée est dédiée à Tamdrin, incarnation courroucée de Chenrezig (boddhisatva de la compassion), dont le nom signifie « à tête de cheval ». C’est dans cette chapelle qu’attend la longue file de fidèles pour poser leur front et surtout celui de leurs enfants sur les pieds de Tamdrin, en faisant une génuflexion pour passer sous la tête de cheval. Tout un cérémonial ! Il faut préciser que l’accès à tous les monastères est gratuit pour les tibétains, mais donne lieu, selon la sacralisation du site, à une file d’attente souvent impressionnante. De manière étonnante, un moine, qui s’occupait de la bénédiction ce jour-là, a appelé deux personnes de notre groupe, dont Charlotte, et les a bénis. Un moment étonnant dans ce monastère bondé, où nous nous sommes sentis à la fois un peu oppressés mais aussi certains d’être sur un lieu authentique, hautement fréquenté par les tibétains.

Ce qui est passionnant à observer dans ce monastère, ce sont les débats entre moines, qui ont lieu tous les après-midi entre 15h et 17h. Le niveau sonore est inattendu pour un monastère, et cela se passe dans une ambiance à la fois enjouée et relativement passionnée.

Un moine se tient d’abord debout et joue le rôle « d’entraîneur ». Il pose une question au moine assis par terre et écoute sa réponse. Si la réponse ne lui convient pas, il claque dans ses mains, et explique comment il aurait répondu et pourquoi il n’est pas d’accord. Les deux moines peuvent ensuite échanger leur place.

2 réflexions sur “Tibet – Découverte de Lhassa

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